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De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

à propos de Joan Tronto, Un monde vulnérable. Pour une politique du care et de Collectif, Multitudes, n° 37-38

par Delphine Moreau

Avec le développement des études sur le « care », sur le « soin » ou le «souci» d’autrui, c’est toute une sphère d’activités ignorée, méprisée, qui est portée à la lumière. L’ouvrage de Joan Tronto, Un Monde vulnérable, a eu ici un rôle fondateur, soulignant l’inégalité de la répartition de ces pratiques sans lesquelles il n’y aurait pas de monde vivable, et montrant en quoi elles nous contrai-gnent à remettre fondamentalement en question nos catégories morales.

Les théories du care portent l’attention sur la manière dont certains prennent soin d’autres et se soucient de leurs besoins, sur la dimension morale de ces tâches et sur le caractère injuste de leur distribution. Elles entendent tout à la fois mettre en lumière et réévaluer toute une série d’activités humaines ignorées, sous-estimées voire méprisées parce que privées, intimes, quotidiennes, banales, sans importance ou encore « sales » : soins aux enfants, aux malades, aux personnes dépendantes, mais aussi ménage, traitement des déchets, tout ce qui concourt à rendre notre monde vivable. Prises en considération, ces activités se révèlent centrales et il apparaît que leur invisibilité ou leur discrétion est aussi le lot de ceux, et surtout de celles, femmes, étrangères, travailleurs des classes pauvres, qui les effectuent. Sur le plan de la théorie morale, il s’agit de mettre en évidence la dimension bonne d’un certain type de rapport à l’autre et au monde, de montrer que la moralité ne peut pas être décrite par la seule référence à l’universalité et par une suspension des sentiments, mais qu’elle est aussi constituée par une certaine manière d’être affecté par l’autre et d’y porter attention. L’expérience de se trouver alité à l’hôpital fait vite apparaître l’importance des mille petites attentions qui font le bon soin. Cette dimension doit être mise en évidence pour rendre compte d’une manière plus adéquate, plus complète, du réel mais aussi afin de promouvoir ce rapport, et, en différents sens, de rendre justice à ceux qui le mettent en oeuvre.

Ces théories du care, qui font l’objet de nombreux débats et de différents développements aux États-Unis depuis la parution de l’ouvrage de la psychologue Carol Gilligan, A Différent Voice, en 1983, n’ont été importées en France que récemment. Arrivée progressivement, la notion de care connaît depuis peu une certaine vogue, dont on espère qu’elle n’en émoussera pas la portée critique et politique : ces dernières années se sont succédé traductions d’oeuvres et d’articles américains, articles français s’en nourrissant, et numéros spéciaux de revue ainsi que divers colloques en sociologie, philosophie, psychologie et travail social. Le livre de Carol Gilligan, qui avait rencontré une faible audience en France lors de sa première parution, a été republié en 20081. Outre le volume qui a introduit le public français aux débats et tensions autour de la notion de care : Le Souci des autres. Éthique et politique du care2, sous la direction de Sandra Laugier et Patricia Paperman, on mentionnera, entre autres, les numéros de laRevue du M.A.U.S.S. (2008, n° 32), de la Revue française de socio-économie (2008, n° 2), du magazine Sciences Humaines (janvier 2009). Cet intérêt pour le care participe en outre d’un renouveau des travaux en philosophie et en sciences sociales contemporaines sur tout un ensemble de questions liées à la médecine, au soin et à la relation d’aide, à l’interface du médical et du social (voir le numéro d’Esprit sur « les nouvelles figures du soin », janvier 2006).

C’est dans ce contexte que paraît le livre de Joan Tronto, Un Monde vulnérable, près de seize ans après sa publication aux États-Unis. Le point de départ des théories du care est la critique de conceptions morales, largement répandues et notamment développées en psychologie et en philosophie, qui tendent à faire de l’individu autonome, impartial, émancipé de ses affects et qui a accès à l’espace public le modèle de l’acteur moral, du sujet politique. Tronto montre que ces conceptions se fondent à la fois sur une ignorance (au double sens de non-connaissance et de non-reconnaissance, c’est-à-dire de déni voire de dédain) des activités qui rendent, entre autres, possible à certains d’accéder à ces places d’individus indépendants, et sur un discrédit des places et tâches assignées à ceux qui se chargent de ces activités. En mettant en lumière l’importance du care et les « frontières morales » qui empêchent de reconnaître sa centralité et sa valeur morale, Tronto entend, par-delà la promotion d’une conception relationnelle et située de la morale (par opposition à une conception centrée sur l’auteur des actes et prétendant à l’universalité), donner au care sa pleine dimension politique en le mettant au centre des préoccupations et en montrant les enjeux de pouvoir qui le maintenaient dans la marge.

Le dernier numéro de la revue Multitudes entend, à travers des articles en sociologie, psychologie, philosophie et théorie politique, à la fois prolonger les discussions théoriques sur le care(en quoi il constitue une éthique de l’attention3, comment il participe à un ensemble de théories qui pensent la vulnérabilité comme nous étant constitutive)4 et présenter des éléments issus d’études empiriques5. L’accent est mis notamment sur ce que nous dit le care du travail : du travail des femmes, qu’il soit salarié ou non, des caractéristiques du travail contemporain (éclaté, flexible, peu visible et mal reconnu)6 et de l’inégalité de la division du travail à l’échelle des sociétés, mais aussi à l’échelle mondiale (ceux, celles qui sont chargées du care étant le plus souvent des femmes, des immigrés, des pauvres).

Pourquoi « care » ?

Le terme de « care » en anglais désigne tout à la fois un souci, une attention portée à autrui (to care about) et le fait de s’occuper, de prendre soin de quelqu’un, de quelque chose (to take care of). En refusant de traduire care, Patricia Paperman et Sandra Laugier7, mais également les autres traducteurs et auteurs qui reprennent ce choix, entendent saisir ensemble ces dimensions qui se dispersent dans la multiplicité des termes français et empêcher que le care soit rabattu sur un seul de ses aspects ou sur un type d’activité : le médical avec le « soin », un sentiment, une émotion avec les notions de « souci », d’« inquiétude », de « sollicitude »8 ; il s’agit d’éviter l’accusation de verser dans un sentimentalisme « romantique » comme le qualifie Tronto mais aussi le risque d’oublier les activités réelles qui traduisent ce souci9. Pour autant, face à l’ampleur de la notion, Tronto s’attache à en distinguer les différentes dimensions, qu’elle identifie comme quatre phases : « se soucier de » (caring about), c’est-à-dire reconnaître un besoin, et, en amont, y prêter attention, être disponible à son identification, c’est-à-dire y être sensible et vigilant10 ; «prendre en charge » (taking care of), c’est-à-dire prendre les dispositions nécessaires pour que le soin soit dispensé (se procurer les ressources nécessaires, coordonner les différents intervenants…) ; « prendre soin » (care giving), c’est-à-dire donner effectivement et directement le soin ou l’aide attendue ; et enfin « recevoir le soin » (care receiving), c’est-à-dire s’assurer de la manière dont le soin est reçu, des effets qu’il produit (on notera à cette occasion que jusque dans cette phase de « care receiving », c’est le point de vue de celui qui dispense le care qui reste au centre. Nous reviendrons sur la question de la place du point de vue et de la parole de celui qui reçoit le care).

On pourrait soupçonner le choix de ne pas traduire le terme de care d’être une façon de miser sur la séduction d’un nouveau concept et sur la réserve d’ombre d’un terme étranger pour parer aux critiques potentielles en glissant d’une facette à une autre. Ce choix ne manque pourtant pas de pertinence s’il permet de mettre en évidence la singularité de ces perspectives sur le plan des théories tant morales que politiques, s’il renouvelle l’intérêt pour un ensemble de questions (les activités de soins, la répartition des tâches domestiques et du « sale boulot ») et jette une lumière inédite sur tout un ensemble de ses dimensions (l’intrication de ces activités et de l’affect par exemple : peut-on effectuer ces tâches sans s’impliquer affectivement ? Ou encore le « travail de discrétion » qui y est à l’oeuvre11 et l’oubli de ceux qui l’effectuent). Si les déplacements que permet le fait de penser ensemble dispositions et activités, description de ces activités et analyse de leur portée morale, relations singulières et répartition de ces tâches au sein d’une société, voire au niveau international, nous paraissent extrêmement féconds, on se défiera des glissements qu’autorise l’opacité d’un terme non traduit et très général. Il faudrait prendre garde à ce que cela n’occulte pas les tensions qui jouent entre les différents pôles et usages de cette notion : entre les dimensions descriptives et normatives, entre les différents types d’activités que l’on désigne sous ce terme, entre les différentes échelles où les questions sont posées12.

Centralité et invisibilité du care


À travers l’intérêt porté au care, il s’agit donc tout ensemble d’attirer l’attention sur des activités tenues pour négligeables (ignorées ou méprisées) qui se révèlent centrales et de réévaluer leur valeur morale et le caractère éthique des dispositions qui les sous-tendent. Cette double opération a pour enjeu de redéfinir le statut de ceux qui ont la charge de ces activités (femmes, immigrés, travailleurs ayant peu de marge de choix d’emploi, ayant peu accès à des activités socialement mieux considérées – et mieux rémunérées) et de poser la question de la répartition de la charge de ces activités. Tronto, après d’autres, souligne le cercle vicieux qui s’opère entre le fait que ces activités sont jugées peu importantes, triviales voire dégradantes, sont souvent mal payées et avec des conditions de travail difficiles, et le fait que ceux qui en sont chargés occupent des positions marginalisées (p. 157). On ne peut que constater que ces tâches sont inégalement distribuées : comment s’assurer qu’elles soient plus équitablement réparties et qu’elles reçoivent une reconnaissance sociale et une rétribution adéquate ? Cette question rentre à part entière dans la question de la distribution juste au sein d’une société : l’enjeu de justice n’a pas pour unique objet la distribution des biens, mais aussi la division sociale du travail et notamment la répartition des tâches ingrates, du « sale boulot»13.

Les théoriciens du care, et Tronto notamment, vont plus loin : la perspective du care met en évidence que ces activités de « soin » sont indispensables au maintien de chacun et du commun, en ce qu’elles assurent l’entretien d’un monde vivable et ce qui est nécessaire à la possibilité d’une vie indépendante14. La promotion des individus « ultra-autonomes » se fait dans le déni du care qui leur est dispensé de manière discrète et invisibilisée (par la délégation parfois implicite du traitement des repas, du linge, du ménage, de l’organisation des rendez-vous, de la résolution de problèmes matériels, etc.).

De manière générale, c’est l’ensemble du travail de care qui est invisibilisé à travers différents processus qui se complètent : encore une fois, ces tâches sont considérées 1) comme de peu d’importance, – en parler serait trivial –, et/ou suscitent le mépris ou le dégoût ; lorsque ces tâches sont valorisées, comme le soin maternel, c’est au sein d’une hiérarchie de valeurs qui persiste à définir cette activité comme inférieure, la valeur qui lui est assignée étant considérée comme l’excellence propre de personnes au statut inférieur, ce qui va de pair avec la naturalisation de ces activités (voir 3)) ; 2) ces tâches relèveraient d’une faible compétence – d’où le fait de les confier sous leur forme salariée à des personnes n’ayant pas de qualifications reconnues dans le champ de l’emploi : personnes sans diplôme ou ne pouvant faire valoir leurs compétences en un temps et un lieu donné (chômage dans leur secteur d’activité, compétences non validées par un diplôme ou diplôme étranger non reconnu dans le pays de résidence) ; 3) les dispositions qui les sous-tendent ainsi que leur distribution sont décrites comme naturelles (les « qualités domestiques » des femmes, le « sentiment maternel », voire l’attribution raciste de compétences ou d’incompétences selon les origines) ; 4) le « bon » care doit être discret, voire invisible : il se dispense en partie sous la forme du don, qui pour être réussi, doit s’effacer comme don15 – car s’il se présentait comme tel, il appellerait reconnaissance, gratitude et dette, il s’inscrirait dans la forme de l’échange qui le ferait disparaître dans sa gratuité. L’enjeu de « gratuité » apparaît particulièrement dans la sphère domestique pour les tâches non salariées : pourquoi attendre reconnaissance et rétribution (matérielle ou symbolique) s’il est naturel que cela soit fait, plus encore s’il est blâmable et honteux que cela ne soit pas fait ? Quelle mère serait celle qui néglige ses enfants ? Mais cette invisibilité du care n’est pas due seulement à sa dimension de «don» : la discrétion de ces tâches est d’autant plus cruciale qu’elles opèrent au coeur même de l’intime et de la vulnérabilité de chacun, là où les défaillances se révèlent – l’intervention doit effacer son caractère intrusif, le rendre aussi discret que possible et taire ce qui a été aperçu de la vie de l’autre, de ses travers intimes, de sa dépendance propre16.

Par ailleurs, cette invisibilité est rendue possible par la division même du travail de care. L’intérêt de la distinction en phases proposée par Tronto est de souligner que, si leur intégration est nécessaire pour réaliser un « bon care », ces phases sont souvent distribuées entre différents acteurs, ce qui est source de conflits mais aussi d’un éloignement de la perception juste des besoins et de la responsabilité qui y est associée : celui qui alloue les moyens peut n’être pas celui qui embauche les personnes qui vont effectivement donner les soins, et n’être pas en contact direct avec celui qui reçoit les soins, etc. Plus encore, cet éclatement fait le lit de ce que Tronto nomme «l’irresponsabilité des privilégiés », qui peuvent ignorer en partie à quelles conditions leurs besoins sont satisfaits et la manière dont ceux des autres le sont, ou ne le sont pas, à commencer par ceux de leurs propres « pourvoyeurs de care ». Dans les bureaux, le ménage est ainsi souvent fait à des heures tardives ou tôt le matin. Ceux qui travaillent le jour dans ces bureaux peuvent tout à fait ne jamais rencontrer ceux qui y travaillent aux frontières de la nuit, vident leurs poubelles et nettoient leurs espaces de travail ; ils peuvent méconnaître leurs conditions de travail et littéralement n’avoir pas à s’en soucier. Le privilège lié au déséquilibre des rôles et des obligations de soin dans nos sociétés « garantissent la possibilité d’ignorer certaines formes d’épreuves auxquelles [les privilégiés] ne sont pas confrontés » (p. 166).

C’est la tension qu’explore Pascale Molinier dans son article sur des féministes employant des femmes de ménages, c’est-à-dire construisant « leur autonomie sur la délégation d’une partie du travail domestique à une autre femme » et confrontées à leur désir d’« irresponsabilité de priviligiées». Jusqu’où peuvent-elles réduire la relation de subordination existant de fait entre leurs femmes de ménage et elles ? En reconnaissant leur compétence, en les « traitant bien », en évitant de leur donner des consignes, en évitant une « asymétrie » trop visible ? Cette dernière stratégie conduisant par là même à l’évitement problématique d’employer des femmes trop peu ou trop qualifiées, qui renvoient trop à ce qu’elles se représentent comme des femmes soumises à un ordre patriarcal – comme une « femme voilée » –, ou qui paraissent trop proches d’elles, mais qui n’ont pas les moyens de choisir leurs priorités, prises dans des contraintes nationales et économiques leur imposant ce travail – par exemple, une femme enseignante dans son pays d’origine et ne pouvant l’exercer là où elle réside. Étrangement, la question du paiement des salaires et des conditions sociales du travail est écartée en une phrase au début de l’article (« Si l’on s’en tient à quelques données objectives, tel le paiement des salaires ou des prestations, et en dépit de quelques bémols sur le calcul des retraites, les participantes du groupe sont plutôt de bonnes employeuses ») sans que soit explicité ce que signifie selon ces critères être une « bonne patronne » : déclarer le travail, payer selon les tarifs « habituels », voire un peu plus ? À ce titre, le discours du compagnon de l’employeuse d’une nounou, décrit dans l’article de Caroline Ibos, qui justifie le salaire de celle-ci par le respect du droit du travail, des normes salariales en usage, du consentement de celle-ci voire par un discours la figurant dans une détresse telle qu’accepter ce travail lui est presque un bienfait, révèle toute son insuffisance – quoiqu’on voie bien, avec ce dernier « argument », l’importance du droit, qui permet de garantir un minimum face à ce que le discours de la charité pourrait recouvrir (face à la misère, un rien n’est-il pas toujours « mieux » ?)

Prendre en compte le travail de care et ceux qui le réalisent signifie-t-il seulement, même si ça n’est pas un souci superflu, éviter l’humiliation, reconnaître la pénibilité du travail, sa qualité et les compétences qu’il exige, et mettre en oeuvre des «stratégies de réciprocité ritualisées » (prendre des nouvelles, partager un café, échanger des cadeaux) ? Le désir « d’irresponsabilité des privilégiés » ne consiste pas seulement à souhaiter un « savoir-faire discret », voire « transparent » : que le ménage soit fait sans que l’intervention ne menace l’intégrité du chez-soi (toute marque d’une préférence personnelle de l’employée dans l’arrangement des objets représentant potentiellement une menace d’intrusion), il réside aussi dans la tentative de dénégation de l’inégalité inhérente à la relation employeur-employé, indissociable de l’inégalité des conditions de vie de chacun, qui a conduit au nouage de ce rapport. Il nous semble que la question du salaire et des conditions de travail doit rester au coeur du care et des problématiques de la reconnaissance, sous peine de ne faire qu’alimenter la mauvaise foi17 ou la mauvaise conscience des «progressistes».

Une vulnérabilité
et une dépendance au care commune ?


La perspective du care repose sur un postulat central : notre commune dépendance au soin dispensé par autrui. Elle s’inscrit pleinement dans ce qu’Estelle Ferrarese décrit comme la « résurgence du thème de la vulnérabilité » considérée comme « constitutive » chez un certain nombre d’auteurs contemporains (Honneth, Butler, Agamben…). Cependant, il y a là une tension produite par l’oscillation entre l’affirmation que nous dépendons tous du care d’autrui et l’identification de situations de « dépendance saillante», comme les nomment Patricia Paperman et Aurélie Damamme18. Si nous sommes tous vulnérables et dépendants du care, comment rendre compte de ces situations où certains dépendent de manière plus « vitale » ou plus centrale du soin ou de l’aide dispensés par d’autres ? Devons-nous y être attentifs parce que ça pourrait/ça pourra être nous, que l’altérisation dont « ils » sont frappés n’est que le déni de notre propre potentialité à nous trouver dans « leur » situation ? Ou parce que nous sommes nous-mêmes toujours déjà dépendants d’une dépendance que nous voulons ignorer ? Certes, nous avons été dépendants enfants et « nous » ne sommes pas à l’abri de dépendances futures, voire la plupart d’entre nous y sommes voués à terme, ce qui peut survenir plus tôt que prévu à la « faveur » d’une maladie ou d’un accident – mais Tronto va plus loin que ce point de vue longitudinal qui impliquerait une forme de « solidarité » ou d’égalité au nom de nos dépendances passées ou à venir. Il s’agit d’attirer l’attention sur le déni d’un certain nombre de formes de care quotidien dont nous faisons l’objet, et qui nous facilitent voire nous rendent possible les tâches que nous menons et la place que nous occupons actuellement au sein de cette société – que ce care soit dispensé au sein de la famille, du couple, par des amis, des collègues ou des professionnels – le déni de nos propres dépendances, qui maintiennent notre monde possible, vivable.

D’une certaine façon, dans le sort des plus « dépendants » se lit une certaine vérité de notre condition, qui est déniée. Actuellement, certaines vulnérabilités sont « altérisées », c’est-à-dire qu’elles sont prises pour base de différenciations qui réduisent l’accès à la parole légitime (difficulté de certains « dépendants » à faire entendre leur voix: personnes âgées, handicapées, malades, comme on le voit avec les résistances que ces derniers rencontrent lorsqu’ils cherchent à participer pleinement aux décisions qui les concernent). Les théories du care misent sur le fait que la conscience de la vulnérabilité de tous produise des effets politiques de remise en cause de ces formes d’altérisation.

Mais là n’est pas le seul enjeu de la démonstration de la centralité du care : celle-ci conduit à un déplacement du centre de gravité de la réflexion, qui passe de la distinction entre dépendants et indépendants à celle entre ceux qui ne peuvent pas se procurer eux-mêmes le care dont ils ont besoin et ceux qui le peuvent ; ces derniers peuvent faire prévaloir leurs besoins comme importants, tandis que les besoins des autres, y compris ceux de leurs « pourvoyeurs/pourvoyeuses de care» se trouvent marginalisés.

Le care et les voix minoritaires

Tronto souligne que les conceptions morales dominantes sont partiales, au sens où elles font valoir les points de vue de ceux qui peuvent se procurer le care dont ils ont besoin et tendent à invisibiliser ou à délégitimer d’autres points de vue, et notamment ceux des personnes qui leur prodiguent ce care. Elle entend cependant se démarquer de l’identification du care à une « morale des femmes ». Certaines théories du care pourraient être accusées d’essentialiser des dispositions associées aux femmes (l’attention aux autres, le soin affectueux, etc.). Tronto souligne notamment l’effet pervers de la notion de « moralité des femmes » qui se réfère souvent implicitement aux femmes privilégiées : cela conduit à exclure nombre de femmes de la catégorie de « femmes », en raison de leur mode de vie ou de préjugés de classe et de race. Sans véritablement contester l’idée qu’il existerait une expérience morale propre aux femmes, mais mettant en garde contre toute forme d’essentialisation, elle met en évidence le fait que le cercle de ceux qui sont concernés par les activités du care n’est pas dessiné uniquement par le genre. Elle a ainsi le mérite de prendre en compte les analyses qui s’attachent à décrire comment différentes appartenances et frontières, de genre, de classe, de race, d’origine, jouent entre elles, s’articulent ou entrent en conflit, analyses notamment développées par le féminisme africain-américain19. Elle ne prolonge pas pour autant ces analyses ni ne précise plus avant le statut de ses références répétées à des groupes spécifiques (par exemple, p. 156 : « les femmes, les membres de la classe ouvrière, et, dans la plupart des pays occidentaux, les personnes de couleur »). Elle se contente de répéter le constat d’une répartition inégale de la charge du care, qui tend à se reporter sur ces groupes. Ce constat la garde cependant de gommer le lien entre le care et ces perspectives spécifiques. Elle ne se contente donc pas d’en appeler à la prise en compte démocratique du care et ne cherche pas, comme il est si fréquent en France, à dénier ces spécificités pour en revenir au strict registre des droits communs « à tous ». Car le care est bien mis en oeuvre dans des expériences qui, pour être singulières, sont cependant communes à des groupes de personnes qui partagent des traits propres, par les caractères qu’on leur prête, les attentes auxquelles elles sont confrontées, leur position sociale, les opportunités auxquelles elles ont accès ou non, les torts auxquels elles sont exposées.

Prêter attention à toutes les voix

À travers la mise en exergue de la notion de « care » se lit donc un programme descriptif et normatif de mise en lumière d’une série d’activités maintenues dans l’ombre, pourtant toutes nécessaires à la préservation d’un monde vivable, et dont nous sommes tous dépendants, quoiqu’à des échelles différentes, pour tenir notre place dans ce monde. Il s’agit de les prendre en considération, au double sens du terme, et ce avec un double enjeu : sur le plan de la réflexion morale, saisir la dimension morale propre qui s’y déploie, une dimension relationnelle, contextuelle, attentive au singulier ; et, sur le plan politique, mettre en évidence la manière dont ces activités sont inégalement réparties, avec cette particularité que ceux qui en ont le plus souvent la charge sont aussi ceux qui peuvent en bénéficier le moins quand ils en ont besoin. Il est parfois délicat de mesurer la portée d’un ouvrage quand on a d’abord eu accès aux travaux qui s’en sont nourris, et que ses principales avancées paraissent déjà établies. Cela conduit sans doute à un regard plus sévère, et l’on conclura sur une note critique. L’analyse de Tronto, si elle ouvre des perspectives fortes sur la distribution du soin et la manière dont elle n’est pas prise en compte, reste à un niveau de généralité tel qu’elle ne fait qu’effleurer certains problèmes. Par exemple, l’une des affirmations importantes de son livre est que la référence au genre (à laquelle est très souvent associé le care,comme spécifiant le type de personnes qui y sont majoritairement affectées) reste inscrite dans les frontières morales actuelles. Dire que le care est associé à un genre ne permet pas de remettre ces frontières en question, alors même qu’elles tendent à délégitimer les valeurs et activités de care – comme relevant de la sphère privée, de relations et d’affects infra-politiques – et, par suite, marginalisent ceux qui y sont associés. Cependant, on reste assez frustré face à son analyse plutôt rudimentaire de ces « frontières morales » (entre morale et politique, entre public et privé, et n’acceptant qu’un point de vue abstrait et universel comme point de vue moral légitime), alors même que celles-ci sont censées être au coeur de son analyse20 et de sa radicalité revendiquée.

À un tout autre niveau, l’une de ses forces est de mettre en évidence la place de ceux qui prodiguent le care, et notamment de ceux qui «prennent soin » directement des personnes (par opposition à ceux qui « prennent en charge », c’est-à-dire qui organisent le care de plus loin). Elle met ainsi en avant l’opposition entre le privilégié (qui peut se fournir le care dont il a besoin) et le « caregiver » (dont les besoins ne sont pas pris en compte), devant l’opposition indépendant/dépendant – il s’agit, en effet, de montrer que nous sommes tous dépendants en quelque manière. Mais par ce mouvement même, elle est conduite à ne laisser alors qu’une faible place au «carereceiver », le destinataire des soins prodigués. Alors même que la quatrième phase, le « care receiving », est l’occasion pour Tronto de souligner l’idée que la définition des besoins de soin, la manière d’y répondre et la hiérarchie des différents besoins sont l’objet de conflits potentiels entre les différents acteurs du care, le carereceiver ne semble pas avoir de voix prééminente quant à la définition de ses besoins et de leur satisfaction. Elle ne traite pas, par exemple, de la question du droit d’un malade à décider en dernière instance entre les différentes options thérapeutiques possibles, ou de la possibilité d’une personne âgée en maison de retraite ou aidée à domicile à avoir voix au chapitre sur toute une série de sujets qui pourraient faire conflit entre elle et ses « aidants », depuis le choix des vêtements, des menus, de sa consommation d’alcool jusqu’à celui du lieu de vie lui-même.

Joan Tronto souligne bien ce point central : les destinataires de care, « ceux qui sont dans le besoin » ne doivent pas être conçus comme un « élément passif du processus ». Elle affirme avec fermeté qu’ils doivent être « pris au sérieux, au lieu d’être délégitimés parce qu’ils sont dans la nécessité » (p. 186). Elle attire l’attention sur le fait que «comprendre les besoins des autres » ne consiste pas à « se figurer à leur place » mais exige bien plutôt de « considérer la position de l’autre telle que lui-même l’exprime » (p. 182). Et cependant, elle ne va pas au-delà de cette position. Elle donne, d’une certaine manière, part égale à tous les participants du care : « ceux qui prennent soin des autres et ceux qui en bénéficient » (p. 186). Sans, encore une fois, que les destinataires du care puissent peser davantage sur les soins qui leur sont dispensés. La métaphore qu’elle emploie pour expliciter cette dernière phase du care est celle du piano accordé, dont « on » doit entendre au son qu’il rend si l’opération a été réussie (p. 149). Si elle souligne l’importance de prendre en compte tous les acteurs du care, le point de vue qui reste central ici est celui de ceux qui fournissent le care, qui sont aussi ceux qui en évaluent le résultat. Certes, parmi les destinataires du care, tous ne sont pas en mesure d’exprimer leur point de vue (personnes dans le coma). D’autres voient ce point de vue remis en question (personnes souffrant de troubles psychiques ou de démences, mais aussi enfants). Tous, enfin, n’ont pas les moyens de voir leur volonté entendue et respectée (personnes vivant en institutions par exemple). Pour autant, il faut autant que possible tenir compte de leurs préférences. Or, de la « voix » des carereceivers ne semble, avec cette métaphore, littéralement conservé que le son, pas la parole.

En fait, si elle ne reconnaît pas davantage de légitimité aux destinataires de care dans la détermination de leurs besoins et la manière d’y répondre, c’est précisément parce que le problème qu’elle vise est que certains voient déjà leurs besoins satisfaits de la manière dont ils le souhaitent, et que cela se fait aux dépens d’autres. Ce qui constitue le centre de gravité de son raisonnement, c’est la manière dont nous sommes attentifs aux besoins de certains plus qu’à d’autres. Pour grossir le trait, on pourrait dire que la figure principale du care à laquelle elle se réfère implicitement, c’est la situation où le pourvoyeur de careest oublié ou négligé : l’infirmière ou l’aide soignante (versus le médecin), la femme de ménage (versusle privilégié qui est son employeur), et non, par exemple, la personne âgée malade pour laquelle les décisions sont prises entre son médecin et ses enfants. Or, ceux qui « sont dans la nécessité » véritablement ne sont pas toujours des « privilégiés » et peuvent n’avoir que peu voix au chapitre quant à la manière dont on prend soin d’eux. Ils peuvent avoir du mal à faire entendre leurs préférences ne serait-ce qu’à hauteur de l’attention et des ressources qui leur sont allouées. Le passage par l’enquête empirique ou l’examen du care à différentes échelles et dans des situations variées apparaît dès lors plus que nécessaire, comme ce que laisse entrevoir le numéro de Multitudes. Il ouvrira inévitablement sur des tensions au sein de la notion, mais cela permettra de les cerner plus précisément. 






Delphine Moreau
Delphine Moreau est doctorante en sociologie à l’EHESS. Elle travaille sur les hospitalisations sans consentement en psychiatrie. Elle a publié Faire interner un proche ? Le travail sur l’autonomie en contexte de troubles psychiques.






Pour citer cet article : Delphine Moreau, « De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 14/09/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=404
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Alfredo Gomez-Muller - Les luttes des "indigènes en Bolivie : un renouveau du socialisme ?

Arne Næss et la deep ecology: aux sources de l'inquiétude écologiste

Comment vivons-nous ? Décroissance, "allures de vie" et expérimentation politique. Entretien avec Charlotte Nordmann et Jérôme Vidal

Giovanna Zapperi - Neutraliser le genre ?

à propos de
Camille Morineau, L'adresse du politique


Politiques du spectateur

Partha Chatterjee - L’Inde postcoloniale ou la difficile invention d’une autre modernité

Le climat de l’histoire: quatre thèses

Alice Le Roy - Écoquartier, topos d’une écopolitique ?

Jérôme Vidal et Charlotte Nordmann - J’ai vu « l’Esprit du monde », non pas sur un cheval, mais sur un nuage radioactif : il avait le visage d’Anne Lauvergeon1 (à la veille du sommet de l’ONU sur les changements climatiques)

Charlotte Nordmann et Bernard Laponche - Entre silence et mensonge. Le nucléaire, de la raison d’état au recyclage « écologique »

Jérôme Ceccaldi - Quelle école voulons-nous?

Yves Citton - Beautés et vertus du faitichisme

Marie Cuillerai - Le tiers-espace, une pensée de l’émancipation

Tiphaine Samoyault - Traduire pour ne pas comparer

Sylvie Thénault - Les pieds-rouges, « gogos » de l’indépendance de l’Algérie ?

Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro