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La crise, Keynes et les « esprits animaux »

Réanimer les esprits plutôt que relancer l'économie

par Yves Citton

à propos de

A. Akerlof et Robert J. Shiller

Animal Spirits

How Human Psychology Drives the Economy, and Why it Matters for Global Capitalism

John Maynard Keynes

Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie

À chaque épisode de turbulences boursières, il ne manque jamais de commentateurs pour faire référence aux « esprits animaux » évoqués par John Maynard Keynes afin de rendre compte de la volatilité des phénomènes financiers. À l'occasion de la parution d'Animal Spirits, écrit par deux éminents économistes qui prétendent refonder le capitalisme global en s'appuyant sur lesdits « esprits animaux  », Yves Citton se demande si les littéraires, plus familiers de l' « économie des affects  », ne sont pas mieux équipés que les économistes pour saisir certains des enjeux de la crise.

Grande nouvelle : Keynes est de retour, et avec lui l'interventionnisme étatique ! Milton Friedman et ses Chicago boys sucent enfin les pissenlits par la racine (qu'on leur souhaite amère) ! Après trente ans de dérégulation néolibérale, les projets socialistes ont à nouveau le vent en poupe… Quelque chose ne colle pas, pourtant, dans cette image. Pour ceux qui rêvent « la crise  » comme l'annonce d'un retour au bon vieux temps (au temps des « Trente glorieuses  » et de « l'économie réelle  »), le réveil s'annonce d'ores et déjà douloureux : les socialistes (européens) sont plus pitoyables que jamais, le capitalisme profite des destructions d'emplois pour se recréer une nouvelle jeunesse (meaner and leaner), et les keynésiens ne prennent même plus la peine de lire Keynes…

La nouvelle économiede la confiance et des affects

Le livre de George A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits, a le mérite de la clarté. Comme l'indique son sous-titre – Comment la psychologie humaine impulse l'économie, et pourquoi cela compte pour le capitalisme global –, l'argumentaire s'articule autour d'une thèse simple : en se fondant sur la « rationalité  » des agents, l'économie orthodoxe (inspirée par les néoclassiques de l'Université de Chicago, Milton Friedman, Gary Becker, Robert Lucas et Cie) fait fausse route car elle oublie la part d' « irrationnel  »1 qui hante nos choix de consommateurs, de producteurs, d'échangeurs et d'investisseurs. C'est cette part d'irrationnel que Keynes désignait de l'expression d' « esprits animaux  ». Après 30 ans d'un rationalisme excessif, il convient donc de revenir aux intuitions keynésiennes, et de réagencer l'économie orthodoxe autour de la prise en compte des effets induits par les « esprits animaux  ».

L'ouvrage décline ce programme en deux phases. Il explore d'abord cinq grandes notions appelées à jouer un rôle majeur dans le nouveau modèle. La confiance, avec les effets multiplicateurs qui lui sont propres : c'est en effet à l'occasion de crises de confiance que s'effondrent les valeurs boursières, les institutions bancaires et les systèmes monétaires. Le sentiment d'équité (fairness) est ensuite désigné comme central en ce qu'il rend acceptables les transactions économiques « volontaires  » sur lesquelles prétend se fonder le capitalisme, alors qu'au contraire le sentiment d'indignation (devant les « parachutes dorés  ») menace toute la crédibilité du système. Un troisième chapitre consacré à la mauvaise foi et aux tentations de la corruption nous rappelle que les marchés assignent un prix à des valeurs qui sont de plus en plus intangibles, qui laissent donc de plus en plus de part à l'indécidable, à l'illusion et à la tromperie, et qui requièrent en conséquence une meilleure protection du consommateur et de l'investisseur contre un danger omniprésent de fraude. Après un chapitre dédié aux différentes formes d'illusion monétaire (fausses perceptions de l'inflation, du pouvoir d'achat, des intérêts composés, etc.), cette première partie se conclut sur la reconnaissance du rôle central que joue la narrativité dans nos perceptions du monde : c'est à travers des histoires que nous comprenons les « lois  » de l'économie, et c'est à travers le pouvoir du storytelling qu'il faut agir sur les opinions.

La seconde partie du livre utilise ce modèle (minimal) pour répondre à un certain nombre de questions générales : Pourquoi les économies subissent-elles des dépressions ? Sur quoi repose le pouvoir des banques centrales ? Pourquoi la finance est-elle aussi volatile ? D'où viennent les variations cycliques du marché immobilier ? etc. À chaque fois, comme de juste, ce sont les « esprits animaux  » qui fournissent la clé de la réponse.

Fausse nouveauté ou ancienne vérité ?

Il serait facile de critiquer le flou de cet argumentaire, qui se veut surtout de vulgarisation (ce qui est parfaitement louable). On sera légitimement agacé par l'analogie pesante et simpliste entre le bon gouvernement, qui doit protéger les populations de l'erratisme des marchés, et le bon père de famille, qui « protège son enfant de ses esprits animaux  » (p. ix). Il serait également facile de montrer qu'Akerlof et Shiller « découvrent  » avec émerveillement et surprise les vertus explicatives d'intuitions aussi vieilles que l'économie politique elle-même, puisqu'on les trouve déjà en germe chez les contemporains d'Adam Smith et chez les critiques des Physiocrates (Condillac, Graslin, Béardé de l'Abbaye). Il serait souhaitable de rappeler qu'au-delà de Keynes, c'est dans la Psychologie économique de Gabriel Tarde qu'on découvre une critique bien plus radicale de l'économie politique orthodoxe, ainsi qu'une théorisation bien plus puissante del'économie des affects2.

Plutôt que de critiquer ce livre éminemment critiquable, mieux vaut le traiter comme un symptôme. Symptôme réjouissant : à la fois sa publication et sa réception témoignent du fait que l'économie des affects est de plus en plus clairement per çue comme devant être mise au centre de nos conceptions de l'économie. Alternatives économiques ( « ce livre arrive à point nommé  ») paraît se trouver sur la même longueur d'onde que le Financial Times ( « a fine book at exactly the right time  »), qui gage que « les économistes y trouveront une sorte de manifeste  ». Que le livre ne pousse pas sa réflexion assez loin est évident : il n'en demeure pas moins qu'il pousse dans la bonne direction. (Pour une discussion de la signification et des insuffisances de ce programme à l'intérieur du champ de la discipline économique, voir l'entretien avec Frédéric Lordon publié dans ce numéro.)

Ce livre-symptôme est toutefois relativement inquiétant de par ce qu'il trahit de l'attitude intellectuelle de deux sommités officielles de l'académie économiste. Même un livre de vulgarisation pourrait se fendre d'une définition un peu claire et rigoureuse de ces « esprits animaux  » qui font le coeur du propos. Or ceux-ci sont tantôt assimilés à toute forme d' « idées  », tantôt cantonnés aux seules errances de « l'irrationalité  », tantôt élargis à toute forme d'affect, tantôt réduits à de l'incertitude ou à une simple ignorance… Surtout, l'infantilisation ne porte pas seulement sur les troupeaux de citoyens, qu'un gouvernement pastoral conduira vers les vertes prairies de la prospérité, mais aussi sur des lecteurs auxquels on déclare sans broncher (et apparemment sans ironie) que « cette théorie n'est pas vulnérable aux attaques  » et que « les esprits animaux fournissent une réponse facile(an easy answer)à chacune des questions  » (pourtant complexes !) soulevées dans la seconde partie.

L'illettrisme économiste

Une telle attitude vient peut-être de ce que ces Maîtres ès économie n'ont jamais vraiment réfléchi à ce qu'est cet « animal spirituel  » assez particulier (et peut-être en voie d'extinction) qu'on appelle « un lecteur  ». Ce qui frappe en effet, dans Animal Spirits, c'est à quel point la référence à Keynes reste creuse. Son nom n'apparaît pas moins de vingt fois dans l'index, c'est à lui qu'est constamment attribuée la découverte du rôle joué par les « esprits animaux  » dans l'économie, et c'est bien la revanche sanglante du keynésianisme sur l'École de Chicago que met en scène l'argumentaire – et pourtant jamais le texte de Keynes n'est analysé au cours des 200 pages de l'ouvrage. À croire que les plus prestigieux économistes orthodoxes – Shiller est professeur à Yale, Akerlof, professeur à Berkeley, est titulaire du Prix Nobel 2001 – se sont tellement bercés de modélisations mathématiques qu'ils en ont oublié les vertus de l'exercice (antique et insuffisamment scientifique) de la lecture et de l'interprétation des textes.

La principale citation de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936) dans laquelle Keynes souligne le rôle joué par les esprits animaux dans l'économie capitaliste mérite pourtant autre chose qu'un renvoi superficiel. À la lire d'un peu près, on voit se mettre en place non seulement une critique de l'instabilité ( « irrationnelle  ») du mode de développement capitaliste, mais aussi une critique de certaines critiques superficielles des « excès de la finance  ». Reprenons donc ces quelques paragraphes, et tentons de dégager les enjeux plus profonds du rôle que jouent les esprits animaux dans la dynamique capitaliste – en se donnant le temps des littéraires, qui épluchent le détail des mots et explorent les harmoniques des résonances, quitte à ne pas pouvoir traduire immédiatement leurs intuitions signifiantes en équations calculantes.

Les chimères du « besoin spontané d'agir  »

Le passage en question se situe au début du paragraphe VII du chapitre XII consacré à « L'état de la prévision à long terme  », au sein du livre IV intitulé « L'incitation à investir  »3. On peut y lire ceci : « Outre la cause due à la spéculation, l'instabilité économique trouve une autre cause, inhérente celle-ci à la nature humaine, dans le fait qu'une grande partie de nos initiatives dans l'ordre du bien, de l'agréable ou de l'utile procèdent plus d'un optimisme spontané[spontaneous optimism]que d'une prévision mathématique[mathematical expectation]. Lorsqu'il faut un long délai pour qu'elles produisent leur plein effet, nos décisions de faire quelque chose de positif doivent être considérées pour la plupart comme une manifestation de nos esprits animaux[animal spirits], comme l'effet d'un besoin spontané d'agir[a spontaneous urge to action]plutôt que de ne rien faire, et non comme le résultat d'une moyenne pondérée de bénéfices numériques multipliés par des probabilités numériques. L'entreprise ne fait croire qu'à elle-même que le principal moteur de son activité réside dans les affirmations de son prospectus, si sincères qu'elles puissent être. Le calcul exact des bénéfices à venir y joue un rôle à peine plus grand que dans une expédition au Pôle Sud. Aussi bien, si les esprits animaux faiblissent, si l'optimisme spontané chancelle, et si par suite on est abandonné au seul ressort de la prévision mathématique, l'entreprise s'évanouit et meurt, alors que les craintes de pertes peuvent être fondées sur des bases qui ne sont pas plus raisonnables que l'étaient auparavant les espoirs de profit.  »

Il s'agit bien pour Keynes d'expliquer « les crises  » que provoque « l'instabilité économique  ». Il sollicite la catégorie – issue de la philosophie et de la physiologie de l'âge classique, mais « scientifiquement  » discréditée depuis longtemps – d'esprits animaux pour souligner à quel point l'activité économique en régime capitaliste dépend d'autre chose que des calculs savants de la prévision mathématique. Si tout devait reposer uniquement sur cette dernière, « l'entreprise s'évanouirait et mourrait  ». Ce qui nourrit la prospérité capitaliste, c'est un « optimisme spontané  », un « besoin spontané d'agir  » qui pousse les entrepreneurs et les investisseurs à poursuivre des espoirs de profits largement chimériques, fondés sur bien autre chose que les prévisions mathématiques.

Que vivent les bulles !

On voit qu'on est passé de l'explication des crises et des instabilités du capitalisme à l'explication de son dynamisme même et de sa vitalité essentielle. La suite du texte ajoute en effet aussitôt que ce dynamisme ne se limite pas à l'entreprise (ses investissements, ses profits) mais concerne l'ensemble de la société : « Il est juste de dire que l'entreprise qui dépend d'espoirs portant sur l'avenir bénéficie à la communauté tout entière. Mais, pour que l'initiative individuelle lui donne une activité suffisante, il faut que le calcul rationnel[reasonable calculation]soit secondé et soutenu par les esprits animaux. De même que l'homme valide chasse la pensée de la mort, l'optimisme fait oublier aux pionniers l'idée de la ruine finale qui les attend souvent, l'expérience ne leur laissant à cet égard pas plus d'illusion qu'à nous-mêmes.  »

Il est difficile, à la lumière de ce texte, de ne pas être sensible à ce que les derniers mois ont connu d'étalage bien pensant d'une Schadenfreude [ « joie du malheur d'autrui  »] aussi facilement moralisatrice que profondément tournée vers la tristesse et la mort. Que toute bulle finisse par exploser n'est pas plus douteux que le fait que nous allons tous finir six pieds sous terre. Ce qui est intéressant, toutefois, n'est pas tant « la ruine finale  », qui nous menace tous avec la triste certitude de la prévision rationnelle, que ce qu'aura rendu possible le fragile et éphémère moment de déploiement de notre bulle vitale. « De même que l'homme valide chasse la pensée de la mort  », de même que l'entrepreneur ou l'investisseur se laisse emporter par un « optimisme spontané  » et par des « exubérances irrationnelles  » dans des décisions qui reposent sur bien autre chose que sur des modèles mathématisés – de même la création de nouveauté repose-t-elle sur des esprits animaux nourrissant l' « illusion  » d'une victoire possible contre « la ruine finale  » (bien que celle-ci soit confirmée par la triste « expérience  » des destinées humaines).

On n'aurait bien entendu pas tort de préciser que l'indignation causée par les récents déboires de la finance ne tient pas tant à l' « optimisme spontané  » et irrationnel qui a guidé les flux financiers qu'au fait que nos optimistes investisseurs se soient d'autant plus joyeusement « animés  » qu'ils jouaient avec les pensions de retraite d'autrui, et qu'ils bénéficiaient de parachutes dorés et de paradis fiscaux, tandis que l'autrui en question aurait à payer tous les frais de « la ruine finale  »4. Plutôt que de proposer d'en revenir à un système reposant sur un régime de réglementation plus ferme, avec pour horizon de retrouver la « prospérité honnête et partagée  » des Trente Glorieuses, de Bretton Wood, du New Deal – ce qui revient comme une litanie aussi bien chez les ex-néolibéraux reconvertis que chez les vétéro-antilibéraux irréductibles – mieux vaudrait tenter de prendre la mesure de ce qui s'est ouvert à l'être à l'occasion des bulles, des optimismes spontanés et des exubérances incontrôlées qu'ont connu les dernières années 5.

Gestion et digestions

Lisons un dernier passage que Keynes consacre au rôle des esprits animaux dans le dynamisme chaotique du capitalisme : l'importance des esprits animaux « ne signifie pas seulement que les crises et les dépressions peuvent atteindre une ampleur exagérée, mais encore que la prospérité économique est excessivement dépendante de l'existence d'une atmosphère politique et sociale qui agrée à l'homme d'affaires moyen[which is congenial to the average businessman]. […]Lorsqu'on examine les perspectives de l'investissement, il faut donc tenir compte des nerfs et des humeurs, des digestions même et des réactions au climat des personnes dont l'activité spontanée les gouverneen grande partie.  »

Un tel texte peut se voir soumis à au moins trois interprétations. On peut se contenter, en un premier temps, de souligner le rôle central que joue l'économie des affects dans la dynamique du capitalisme qui anime nos sociétés actuelles. Ce qui impulse notre « prospérité économique  » (ou nos « dépressions  »), ce sont des humeurs, des tensions nerveuses, des accidents digestifs, des réactions épidermiques au climat qui n'ont que très peu à voir avec la logique mathématisée de la « rationalité économique  » que les néothéologiens de l'Université de Chicago et leurs épigones ont essayé de nous fourguer sous les couleurs de la « science  ». Même si cette nouvelle théologie s'est piquée de calculer précisément tous les degrés possibles de spontanéité de notre optimisme, même si elle a fait de chacun de nous un petit « homme d'affaires  » gérant sa petite entreprise de fa çon à l'aligner au mieux sur les perspectives de la « prospérité économique  » générale, elle s'est donné des esprits animaux une version mutilée et mutilante, qui ne rend aucunement compte ni de leur dynamique réelle ni des potentiels émancipateurs dont seraient porteuses d'autres conceptions possibles de l'économie des affects. On aura compris que c'est là en gros l'argumentaire du livre d'Akerlof et Shiller.

Atmosphère, atmosphère…

Il convient cependant d'aller plus loin. Keynes ne se contente pas d'approcher la circulation des esprits animaux au sein des nerfs, des humeurs et des digestions internes à l'économie organique de l'individu : il articule cette dernière non seulement sur « le climat  » naturel [weather] mais aussi et surtout sur « une atmosphère politique et sociale  » qui doit « agréer à l'homme d'affaires moyen  ». L'économie des affects est par essence transindividuelle : elle est faite de contagions, de communications infra-conscientes, de flux trans-personnels qui nous traversent et nous constituent sans pouvoir être localisés dans aucun des agents qu'ils animent. On dira que c'est précisément ce type d' « atmosphère  » propice au business que se charge de mettre en place – très activement – le néolibéralisme promu par les économistes de Chicago et analysé par les cours de Michel Foucault au Collège de France. Il s'agit de monter une ingénierie sociale capable de produire l'air conditionné d'une « atmosphère  » qui dresse imperceptiblement chacun de nous à développer le coefficient optimal d' « optimisme spontané  » nous permettant de lancer et de gérer nos petites entreprises individuelles, au plus proche de l'harmonie « catallactique  » idéalisée par Friedrich Hayek.

Du point de vue traditionnel de la gauche (antilibérale, anti-économiste), on est ici au comble de l'horreur : organiser toute la société de fa çon à ce que les « hommes d'affaires  » s'y sentent le plus à l'aise possible pour faire les plus grands profits possibles… Voilà pourtant bien ce qu'ont cherché à instaurer les différents gouvernements (de droite comme de pseudo-gauche) qui se sont succédé au pouvoir au cours du dernier quart de siècle.

Excès et exagérations

Et pourtant – troisième interprétation possible du passage, repris dans son intégralité – à côté du modèle effectivement effrayant d'une société intégralement axée sur la production optimisée du business(man), une lecture littéraire sensibilisée à la multiplicité de sens possibles peut voir s'esquisser aussi une logique d'interdépendance, qui ne fait de l'average businessman qu'une figure passagère, d'ores et déjà obsolète, dont l'arbre cache encore pour beaucoup la forêt d'un commun et d'une productivité diffuse qui constituent l'horizon réel des soubresauts récents.

Reprenons la phrase de Keynes dans le balancement dudouble excès qu'elle met en parallèle : le rôle joué par les esprits animaux « ne signifie pas seulement que les crises et les dépressions peuvent prendre une ampleur exagérée [are exaggerated in degree]  », il implique aussi « que la prospérité économique est excessivement dépendante[is excessively dependent] de l'existence d'une atmosphère politique et sociale qui agrée à l'homme d'affaires moyen  ». L'exagération des inflations spéculatives et des crashs boursiers se voit mise en parallèle avec la dépendance excessive de la production économique envers une « atmosphère politique et sociale  » – quelque chose d'éminemment impalpable, intangible, vaporeux et, pour tout dire, immatériel.

Outre la rapacité démesurée de financiers dérégulés et sans scrupule, c'est peut-être (aussi) « l'excès  » de la dépendance envers l'atmosphère commune et immatérielle sur laquelle repose de plus en plus la production de richesses qui explique (en partie) les « exagérations  » stigmatisées dans les comportements de ces dernières années. Si tel était le cas, il importerait de veiller à ce que les bûchers que l'on prépare – non sans raison – pour y immoler les emblèmes de la déréglementation financière ne mettent pas le feu à l'ensemble de la forêt de la productivité immatérielle. Il importerait au contraire de mesurer ce que les exagérations boursières et bancaires ont permis de révéler quant à « l'excès  » de richesses (la plus-value, le supplément de puissance, la création absolue de mieux-être) généré par le commun au fur et à mesure que se développe la dimension immatérielle de la biopolitique.

Vers l'horizon de la production diffuse

Ce qui s'esquisse à l'horizon de l'intuition de Keynes sur les esprits animaux, au-delà d'une dépendance excessive envers la centralité passagère de la figure du businessman, c'est bien une intensification de l'interdépendance qui caractérise le mode de production que certains essaient de décrire à travers la catégorie de « capitalisme cognitif  »6. Parler de commun plutôt que d' « interdépendance  » aide à percevoir qu'il ne s'agit plus seulement d'une logique d'échanges, con çue sur le modèle d'allocation des ressources que représente la bourse ou le commissaire-priseur de Walras. Au-delà de l'échange (de biens rivaux), nous devons impérativement nous donner d'autres modèles de coopération capables de rendre compte du fait que la mise en commun est à situer aussi bien à l'origine qu'au terme de l'opération productive.

Le véritable drame de notre époque – et de la véritable « crise  » que nous traversons – tient à ce que nos habitudes de pensée et nos institutions s'obstinent à vouloir isoler et privilégier le moment où des businessmen vendent ou échangent des biens individuables (pour un certain prix), alors même qu'une part de plus en plus grande des richesses relève, en amont comme en aval du moment de l'échange, de productions diffuses et transindividuelles, que nous nous empêchons par là même de comprendre et de valoriser.

Défis et promesses de la congénialité

Or il se trouve que ce même passage de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie nous offre un mot précieux pour approcher cette productivité commune, diffuse et immatérielle. La « dépendance excessive  » porte sur « l'atmosphère politique et sociale  » en tant que celle-ci est « congéniale  » à l'homme d'affaires moyen [average]. Keynes et son milieu culturel étaient aussi sensibles aux subtilités littéraires de la langue qu'à l'attrait intellectuel des modèles scientifiques. Il vaut la peine de solliciter les riches connotations des termes qu'il a choisis, avec une précision et une subtilité remarquables, pour rendre compte de la dynamique atmosphérique des esprits animaux. La congénialité, au-delà du fait superficiel de « convenir  » et d' « être agréable  » au businessman, suggère plus profondément le double fait d'entretenir une intime familiarité provenant d'une origine commune (congénital) et de partager unmême génie, un même ingenium (un congenium).

Pour nous qui savons que le business n'est pas la seule ni la principale forme du « génie  », l'expression choisie par Keynes devient remarquablement éclairante : la production de richesses apparaît comme excessivement dépendante d'une atmosphère politique et sociale vibrant selon lecongeniumde l'average man. Tout génie émane d'un processus de singularisation, dont est susceptible tout average man (toute « subjectivité quelconque  »), et qui a ses racines profondes dans un congenium commun à l'ensemble de la collectivité.

Aux yeux de l'hypothèse du « capitalisme cognitif  », le véritable défi que nous posent les exagérations boursières et bancaires des dernières années est donc double. Il s'agit certes de prendre appui sur elles pour analyser et attaquer les injustices et les mutilations propres au régime de production capitaliste. Mais il s'agit également, et de fa çon non moins urgente, de chercher à y percevoir ce que ces exagérations peuvent nous apprendre quant aux spécificités de la couche cognitive qui s'affermit à la surface de nos économies, avec les formes intensifiées de congénialité, de diffusion et de commun qu'elle fait émerger. Les animal spirits de Keynes nous renvoient sans doute moins à une médecine des humeurs passéiste, limitée au cadre restreint d'une physiologie de l'organisme individué, qu'au besoin de nous doter d'une pensée nouvelle du Geist transindividuel, qui nous apprenne à mesurer tout le supplément de puissance que notre congénialité tire d'une « atmosphère  » politique et sociale immatérielle, nécessaire à notre respiration commune.

De la relance à la réanimation

Keynes n'a ni annoncé, ni théorisé, ni probablement même entrevu les propriétés du « capitalisme cognitif  », dont le concept ne s'est formé qu'au cours des vingt dernières années. Les interprétations proposées ci-dessus de ses « esprits animaux  » relèvent d'un geste littéraire, qui relance et réanime un texte passé en y insufflant la richesse d'une congénialité qui lui est partiellement postérieure. Loin de relever d'un luxe oisif et futile, ce geste de relance et de réanimation est toutefois celui dont se nourrit la vie de l'esprit, en tant qu'elle est de nature transindividuelle et transhistorique. Une société, une communauté, une collectivité ne se définit pas seulement par ce qu'elle produit comme biens quantifiables en termes de PIB, mais aussi, voire surtout, par son travail sur les formes de vie et sur les régimes de signification dont elle hérite, et qu'elle reconfigure à chaque instant. L'activité d'interprétation littéraire n'est qu'une illustration particulièrement emblématique d'un travail général et constant de réagencement signifiant, où se mesure la vitalité même de toute culture.

La fa çon dont Akerlof et Shiller traitent leur référence à Keynes illustre – à l'inverse – le dramatique appauvrissement dont participe une quête purement économiste de la richesse. Ils ne reprennent du passé qu'un mot vide, sans forme propre, sans résonance ni connotation, un mot passe-partout qui s'échange à l'avenant contre n'importe quelle valeur, comme une pièce de monnaie qu'il suffit « de prendre ou de mettre dans la main d'autrui en silence  » – selon « l'universel reportage  » dont Mallarmé dénon çait l'insuffisance, dans un texte consacré d'ailleurs lui aussi à une « Crise  » (de vers). Ce terme d'esprits animaux qu'ils veulent remettre en circulation, ils le relancent sans le réanimer ni chercher à l'enrichir.

Or c'est précisément ce type de relance inanimée qui caractérise notre moment historique. Les discours et les mesures de relance qui se multiplient autour de nous n'ont en effet rien d'encourageant : pousser la production (nationale) de voitures, l'exportation d'armes, d'avions et de centrales nucléaires à de nouveaux sommets historiques devrait plutôt nous inquiéter que nous réjouir. Ce dont nous avons bien plus profondément besoin, c'est d'une réanimation de nos esprits qui nous mette à la hauteur de notre congénialité actuelle. Cela requiert toutefois autre chose que la circulation de pièces de monnaie. La crise de sens que nous vivons appelle l'émergence d'un nouvel esprit, dont l'ébauche la plus inspirante est peut-être à trouver dans ce que Jean-Luc Nancy appelait il y a vingt ans déjà ( « par provocation  ») un « communisme littéraire7  » : une forme d'articulation collective dont la réanimation littéraire serait le modèle.


Yves Citton
Yves Citton enseigne la littérature française du XVIIIe siècle à l'université de Grenoble au sein de l'umr LIRE (CNRS 5611). Membre du comité de rédaction de la revue Multitudes, il a récemment publié chez éditions Amsterdam Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ? ainsi que L'Envers de la liberté. L'invention d'un imaginaire spinoziste dans la France des Lumières. Il a co-édité, avec Frédéric Lordon, Spinoza et les sciences sociales. De la puissance de la multitude à l'économie des affects et, avec Martial Poirson et Christian Biet, Les Frontières littéraires de l'économie.
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Pour citer cet article : Yves Citton, « La crise, Keynes et les « esprits animaux »  », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 11/09/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=351
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Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro