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« N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres,Cours au Collège de France, 1984

par Judith Revel

à propos de

Michel Foucault

Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres

Cours au Collège de France, 1984

Comment peut-on (ne
pas) être cynique ? Quel
scandale propre au
cynisme, envisagé moins
comme doctrine que
comme manière d’être,
rend son interprétation et sa réactualisation
aussi nécessaires que difficiles ? Quels
rapports ces questions entretiennentelles
avec les problèmes que Foucault
n’a cessé de remettre en chantier ? La
publication des derniers cours prononcés
par Michel Foucault au Collège
de France est l’occasion pour Judith
Revel d’éclairer ce qui semble toucher
au coeur de l’intervention théorique et
politique de l’auteur du Souci de soi.





Comme on le sait sans doute, depuis désormais plusieurs années est lancée une vaste entreprise de publication des cours que Foucault prononça au Collège de France entre 1971 et 1984. Les exigences de cette édition soignée ont de fait imposé depuis le début une sorte de « marche de crabe » qui procède par bons en avant et en arrière, sans suivre l’ordre chronologique réel des années de cours. La chose, si elle est en soi un peu étrange, possède au moins un double avantage. Le premier est sans doute de nous empêcher de céder à la paresse intellectuelle et de nous interdire de nous reposer entièrement sur une linéarité supposée de la recherche foucaldienne : s’agissant d’un penseur ayant lui-même revendiqué et théorisé – dans le sillage de noms tutélaires aussi différents que ceux de Canguilhem pour la philosophie des sciences, de Nietzsche pour la philosophie, ou de l’École des Annales pour l’historiographie – la pratique même de la discontinuité, cette impossibilité d’une lecture rectiligne n’est pas pour déplaire, bien au contraire ; d’autant qu’elle n’exclut pas l’affirmation d’une cohérence interne extrêmement forte : une cohérence bizarre et difficile sans doute, mais une cohérence quand même, et des plus intenses – en dents de scie, en spirale, en sauts et en reprises, en tournants et en vrilles, dans une sorte d’exploration passionnée de toutes les figures qui nouent les fils, pensent les problèmes, expérimentent tout à la fois des concepts et des pratiques et ne cessent de questionner et de relancer, plutôt que de vouloir résoudre et dissoudre. Le second avantage tient au fait que, dans cet étrange jeu de publication « dans le désordre » qui nous contraint du même coup à penser les modalités mêmes de la production et de la codification de « l’ordre » – à commencer par celui que nous nommons « chronologique » –, il n’est pas absolument indifférent de devoir affronter les « derniers cours » (ceux de 1984) alors qu’il reste par ailleurs cinq autres années de cours encore non publiées.



Voilà donc que ce Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres clôt sans arriver à clore ; ou, plus exactement, qu’il est à la fois ce par quoi se termine effectivement le travail de Foucault au Collège et l’un des jalons d’une plus vaste et plus complexe « figure dans le tapis », pour le dire avec Henry James, que l’on est au contraire bien loin de pouvoir encore discerner en entier – si tant est qu’il soit jamais possible de le faire.



Foucault meurt à la fin juin 1984 (le dernier cours de l’année 1984 est prononcé au Collège de France le 28 mars et se termine par ces mots : « Mais enfin, il est trop tard. Alors, merci. ») Dès la fin des années 1960, il avait produit la critique radicale et violente non seulement de la notion d’auteur, mais de celle d’œuvre, et de ce pseudo-lien qui, à travers le doublet auteur/œuvre, permet d’ordonner et de lisser en une séquence plate et codifiée, psychologisée et parfaitement lisible, à la fois les aléas d’une recherche vivante et les déterminations historiques de toute parole. Du même coup, la publication des « derniers cours du Collège » en laquelle on pourrait être tentés de voir une sorte de testament, d’indication finale ou de legs à la charge des disciples et amis, ou, plus encore, la conclusion trop attendue d’un parcours auquel il ne manquerait qu’un point final en forme de dévoilement absolu, est un formidable pied de nez posthume de Foucault lui-même à tous ceux qui ont oublié l’ironie critique que l’on sent parfois poindre dans L’Ordre du discours – le cours qui inaugure pourtant son enseignement au Collège de France en décembre 1970 –, ou qui rêvent de le faire rentrer dans l’une des cases agréablement prédisposées de l’histoire de la philosophie. En somme : il n’est heureusement pas si facile de faire de Foucault un auteur – et ce Courage de la vérité, qui est à la fois le dernier cours (dans l’ordre de la vie) et qui ne l’est pas (dans l’ordre de l’édition), est là pour nous le rappeler.



En réalité, l’année de cours 1984 peut être comprise d’une double manière : à la fois dans le prolongement de l’année qui la précède – Le Gouvernement de soi et des autres, Cours au Collège de France, 1983-1984 , dont nous disposons par ailleurs déjà de l’édition critique –, à laquelle elle reprend son titre en guise de sous-titre (mais nous reviendrons sur ce point) ; et comme une entreprise qui, par rapport au parcours qui l’a précédée, rompt de manière assez forte : non pas qu’elle renie ou qu’elle s’oppose au travail déjà fait, mais plutôt dans la mesure où elle déplace le questionnement et inaugure sans doute un champ de problématisation nouveau.



Depuis 1981, Foucault s’occupe en effet de ce qu’il appelle « son trip gréco-latin » : en janvier 1981, il avait inauguré avec le cours Subjectivité et vérité – dont on ne dispose encore pour l’instant que des cassettes audio et du résumé – un cycle qui allait se poursuivre les années suivantes avec L’Herméneutique du sujet puis avec Le Gouvernement de soi et des autres. On y retrouve donc un certain nombre d’éléments essentiels pour les dernières années de recherche du philosophe, en particulier à travers le déplacement et la reprise des trois thèmes qui avaient dans un premier temps structuré son travail : une analyse des modes de véridiction (et non pas, comme dans les premières années, une épistémologie de la vérité), une étude des formes de gouvernementalité (et non pas une théorie générale du Pouvoir), et, enfin, une attention portée aux manières de se produire soi-même comme sujet – c’est-à-dire aux techniques de subjectivation – (et non pas une déduction du Sujet). On y retrouve également des thèmes centraux (celui du dire-vrai, de la parrêsia, telle que Foucault la développe depuis 1982, et qui implique à son tour une « ontologie des discours vrais » ; ou encore celui de l’alèthurgie, c’est-à-dire de la manière dont un sujet se transforme éthiquement dans son rapport à soi et aux autres en fonction d’une configuration spécifique de dire-vrai). Dans tous les cas, il s’agit de reprendre un type d’approche qui, au lieu d’envisager formellement ou épistémologiquement le problème de la vérité, s’attache au contraire à penser ensemble et de manière articulée les styles de véridiction et les types de rapport à soi, les formes du dire-vrai et les modes de subjectivation : rien, donc, qui ne vienne poser une césure entre la pure forme de la vérité et les situations pratiques de l’existence, puisqu’au contraire il s’agit de montrer à quel point, dans la pensée antique, et précisément entre ces deux pôles que sont la véridiction et la subjectivation, les discours et les pratiques sont liés de manière intime. C’est donc au bilan de ces travaux des dernières années que Foucault consacre son premier cours, le 1er février 1984, en particulier dans le tournant que semble effectuer son analyse des dimensions politiques aux dimensions éthiques de la parrêsia ; et c’est encore dans cette voie qu’il poursuit jusqu’au 29 février.
Ce premier mois de cours est certes passionnant – émouvant, sans doute aussi, quand Foucault, à la faveur d’une lecture serrée de certains passages de l’Apologie de Socrate sur la peur de la mort, ou du Phédon sur le rapport entre la philosophie et la maladie, s’attarde sur la manière dont Socrate semble tisser ensemble les thèmes de la parrêsia et de l’epimeleia, c’est-à-dire du souci de soi… Certes, il ne s’agit pas ici d’établir des parallèles grossiers, ni de suggérer que Foucault, se sachant malade, se devinait aussi condamné et laissait percer dans ses cours la présence d’une mort désormais escomptée et voisine : après tout, nous ne savons pas grand-chose de cela, et quand bien même nous le saurions, rien ne pourrait faire davantage injure à Foucault que la tentative d’écraser le vaste mouvement d’une pensée sous la simple chronique biographique, fût-elle douloureuse et infiniment digne.




Guérir de la philosophie



Mais il existe d’autres manières, bien plus subtiles, pour tramer la pensée et la vie de Foucault, dans le va-et-vient incessant entre une archéologie des systèmes de pensée et des modes de vie (le « trip gréco-latin ») et une analyse de notre propre actualité – ce que Foucault appelle précisément, dans les années 1980, une « ontologie du présent ». Ainsi, à propos du type de parrêsia propre à Socrate, qu’il faut soigneusement distinguer de la parrêsia politique – non seulement parce qu’elle ne consiste pas à « donner des conseils à la cité », mais parce qu’elle est une tâche que le dieu a confiée à Socrate et qu’il s’agit précisément de protéger des dangers de la politique : « [Socrate] tient à soumettre cet oracle à la vérification. Et il emploie, pour désigner la modalité de cette recherche (zêtesis), un mot caractéristique, qui est important. C’est le mot elegkhien, qui veut dire : faire des reproches, faire des objections, questionner, soumettre quelqu’un à un interrogatoire, s’opposer à ce que quelqu’un a dit pour savoir si ce qui a été dit tient bien ou ne tient pas. C’est en quelque sorte le discuter. […] Il ne s’agit pas d’entreprendre une interprétation mais d’entreprendre une recherche pour tester, pour éprouver la vérité de l’oracle. Il s’agit de le discuter. Et cette recherche prend la forme d’une discussion, d’une réfutation possible  », comme s’il n’était pas évident que, dans cette « discussion » qui peut prendre la forme d’une « réfutation possible » – ce qu’ailleurs Foucault nomme aussi la « différence possible  » –, c’est l’élaboration de tout un travail d’enquête et de vérification qu’il s’agit, qui va contre les vérités établies et les certitudes acquises, qui met au contraire au jour le jeu et les atours rhétoriques dont se parent en général les fausses vérités, et qui est le travail de Foucault lui-même.
Or, si cette véridiction courageuse s’oppose à la véridiction politique, ce n’est pas parce qu’elle n’est pas en elle-même et de manière intime politique, mais, au contraire, parce qu’elle déplace le lieu du politique ; elle n’est pas une affirmation faite pour le bien de la cité, mais une question posée au cœur de la cité ; elle n’est pas prescriptive ou assertive, mais interrogative et, plutôt que de dire aux gens comment ils devraient se comporter, elle les prie par exemple – et avant toute chose – de s’occuper d’eux-mêmes…



Dès lors, si la peur de mourir de Socrate est en réalité simplement la peur que cette tâche qui lui a été confiée puisse s’interrompre, il est difficile de ne pas penser que la peur de mourir de Foucault – si tant est qu’il l’ait éprouvée en ces premiers mois de l’année 1984 –, est peut-être elle aussi simplement la crainte que cette autre parole politique possible – la parole politique comme critique du politique, des institutions, des visées réformistes et prédictives, d’un certain ordre des discours, etc. – puisse, elle aussi, se tarir un jour. L’incitation à s’occuper de soi et à mettre en pratique l’épimeleia, ce souci si essentiel dans le discours socratique, c’est alors aussi l’idée que la tâche doit être prolongée et continuée par chacun dans une pratique éthique du rapport à soi ; mais c’est bien parce que : « En vous incitant à vous occuper de vous-mêmes, c’est à la cité tout entière que je suis utile. » La parrêsia socratique, c’est ce courage de la vérité qui critique et déplace à la fois, et qui place entre les mains des hommes – dans un souci qu’ils doivent avoir d’eux-mêmes et des autres – la possibilité de refonder la cité.



Dans le commentaire du Phédon, c’est un autre déplacement qui est de la même manière à l’œuvre. Comme le suggère Frédéric Gros (qui a établi le texte du cours de 1984 et qui signe l’excellente « situation du cours » finale) : « Le problème posé est celui des dernières paroles de Socrate, cette énigmatique injonction : « Criton, nous devons un coq à Asklépios ; soucie-t’en » (118a). Ces derniers mots avaient reçu dans toute la tradition une interprétation nihiliste. Comme si Socrate avait dit : Il faut remercier le dieu de la médecine, car par la mort qui sauve, je suis guéri de la maladie de vivre. Foucault va s’aider de Dumézil pour donner de la formule fameuse une autre lecture : si Socrate peut remercier Asklépios dans ses derniers instants, c’est bien qu’il a été guéri, mais guéri de la maladie des faux discours, de la contagion des opinions communes et dominantes, de l’épidémie des préjugés, guéri de la philosophie . » Pour le Foucault lecteur du Phédon, et comme dans le cas de l’Apologie (c’est-à-dire parallèlement à une critique politique de la politique), il ne s’agit pas tant de réfuter la philosophie en tant que telle que d’en redéfinir et d’en déplacer le lieu et les pratiques, les enjeux et la valeur de vérité. De la même manière que la parrêsia socratique, précisément parce qu’elle s’oppose à la parrêsia politique (celle de Solon par exemple), redéfinit du même coup ce que peut être une parole (et une pratique) politique critique et courageuse, la pratique de la philosophie socratique qui est tout entière reprise dans les derniers mots que Socrate prononce après avoir demandé le sacrifice d’un coq à Asklépios (mê amelêsête : littéralement « ne négligez pas ») consiste en effet à opposer à l’ordre dominant des idées instituées une pratique de l’interrogation et de la problématisation que seul le souci peut consentir.
Voilà donc le vrai courage de la vérité : celui qui consiste à déplacer les lieux de la pensée et du politique en les vidant d’eux-mêmes et en les réinvestissant à partir d’une pratique qui soit à la fois questionnante, critique et non prescriptive ; et qui enseigne aux hommes que seul le souci de soi et des autres (« Le gouvernement de soi et des autres » est, faut-il le rappeler le sous-titre de ce cours de 1984 après avoir été le titre du cours de 1982-1983) est la véritable condition de la liberté et de la vérité. Bien loin, par conséquent, d’une interprétation commune qui voudrait que, s’intéressant à l’éthique au tournant des années 1980, Foucault ait en réalité donné à voir un reflux radical de sa propre pensée politique telle qu’il tentait pourtant de la construire dans les années 1970 ; bien loin, aussi, d’une lecture de ces cours – ou des deux derniers volumes de l’Histoire de la sexualité, qui leur sont contemporains dans l’écriture – qui ferait du souci de soi une sorte de préfiguration antique – et ô combien anachronique – de cet individualisme moderne dans lequel certains semblent vouloir voir la seule incarnation véritable de la liberté et de l’autonomie…
Non, encore une fois, il faut le dire : le souci de soi ne va pas sans un souci des autres, et il n’y a rien de plus politique que la critique de l’ordre institué des discours et des pratiques politiques, c’est-à-dire la remise en cause des jeux de vérité à partir desquels ces mêmes discours et pratiques construisent leur assertivité. Voilà, dès lors, en quoi consiste le courage de la vérité – ou, si l’on veut, une autre philosophie possible. « Et c’est ainsi que l’âme de Socrate devient la pierre de touche (basanos) de l’âme des autres », et c’est ainsi que Foucault, vingt-cinq ans après sa mort, nous oblige encore à réfléchir.




Les cyniques et le scandale de la « vie vraie »



À partir de la deuxième heure du cours du 29 février 1984, Foucault s’intéresse spécifiquement aux cyniques, qu’il qualifie immédiatement en fonction des cours précédents (en insistant par exemple sur « la disqualification très forte, sur laquelle on reviendra, qui a pesé sur le cynisme dans l’Antiquité même, ou en tout cas l’attitude qui a fait qu’à l’égard du cynisme, la philosophie instituée, institutionnelle, reconnue, a toujours eu une attitude ambiguë  » : là encore, l’opposition entre deux types de pratique de la philosophie est évidente), et dont il va livrer jusqu’au 28 mars une lecture pour le moins décapante.
De cette lecture, et au-delà de la très grande finesse du commentaire que Foucault construit tout au long des cours (et qu’il faut bien entendu aller lire), on aimerait ici souligner deux points essentiels. Le premier est celui du scandale ; le second celui de la postérité du cynisme.
Le scandale, donc, ou : comment faire de sa propre existence un scandale public. Les cyniques ne sont pas simplement la version paroxystique du dire-vrai socratique – Diogène apostrophant les badauds afin de dénoncer les opinions répandues et les lieux communs, et les contraignant à remettre en question leurs croyances et leurs modes de vie. Les cyniques montrent par leur propre mode de vie cette résistance critique et courageuse du dire-vrai à l’ordre institué du monde.



Là où la parole de Socrate, et elle seule, portait en elle-même son courage, la parrêsia cynique investit au contraire le terrain de la vie dans son entier. Le dire-vrai devient un vivre-vrai : c’est à la vie, qui inclut la pensée, la recherche, l’enquête, la critique, mais qui inclut aussi la manière de se vêtir et de se nourrir, de se comporter et de se rapporter aux autres, que les cyniques demandent de construire le double déplacement radical dont nous avons vu qu’il était central pour Foucault, celui d’un évidage et d’une refondation tout à la fois de la politique et de la philosophie. La « vraie vie » cynique est à la conduite de l’existence ce que le dire-vrai est à la parole, elle en est en réalité le prolongement et la radicalisation ; et, comme le souligne très justement Frédéric Gros, « La transvaluation cynique, c’est ce travail consistant à vivre à la lettre les principes de vérité. La vérité, définitivement, c’est ce qui est insupportable, dès qu’elle quitte le domaine des discours pour s’incarner dans l’existence. La « vraie vie » ne peut se manifester que comme « vie autre » . »



Or la « vie autre » n’est plus la réalisation d’un idéal de tempérance, de justesse ou de sagesse : elle devient la matérialisation de la « différence possible », le creusement d’une déprise critique à l’égard de l’existant, sa virulente remise en question, afin de faire apparaître en pleine lumière la nécessité d’un monde radicalement différent de ce qu’il est. Et, au contraire de ce qui se passe dans la pensée platonicienne, nul ciel des Idées pour nous aider à situer – ailleurs, dans un dehors de notre propre monde – la perfection à laquelle nous aspirons. Chez les cyniques, c’est ici et maintenant qu’il s’agit de faire jouer la différence, de provoquer la rupture ; d’engager, à travers une pratique du dire-vrai et de la vraie vie comme scandale, une redéfinition de l’idée même de la philosophie comme militantisme et comme risque, de provoquer la transformation du monde.
C’est, quand on y pense, et malgré l’effet d’anachronisme évident que suggère le terme, une biopolitique avant l’heure, une politique faisant de la vie, du bios, le terrain de sa propre résistance : « Ce serait l’idée d’une militance en quelque sorte en milieu ouvert, c’est-à-dire une militance qui s’adresse absolument à tout le monde, une militance qui n’exige justement pas une éducation (une paideia), mais qui a recours à un certain nombre de moyens violents et drastiques, non pas tellement pour former les gens et leur apprendre, que pour les secouer et les convertir, les convertir brusquement. C’est une militance en milieu ouvert, en ce sens qu’elle prétend s’attaquer non pas seulement à tel vice ou défaut ou opinion que pourrait avoir tel ou tel individu, mais également aux conventions, aux lois, aux institutions qui, elles-mêmes, reposent sur les vices, les défauts, les faiblesses, les opinions que le genre humain partage en général. C’est donc une militance qui prétend changer le monde, beaucoup plus qu’une militance qui chercherait simplement à fournir à ses adeptes les moyens de parvenir à une vie heureuse . » Le scandale, c’est celui d’avoir substitué la vie à la parole, ou plus exactement d’avoir absorbé la parole dans quelque chose de plus large qui est précisément l’expérimentation de modes de vie ; le scandale, c’est de vouloir transformer le monde.
Deuxième point, alors, celui de la postérité du cynisme. Dès le moment où il aborde les cyniques, dans la deuxième heure du cours du 29 février 2004, et précisément parce qu’il envisage moins le cynisme comme une doctrine que comme « attitude et manière d’être  », Foucault fait l’hypothèse qu’il doit être possible de faire une « histoire du cynisme depuis l’Antiquité jusqu’à nous  ». Des différentes étapes de cette histoire, on ne dira rien ici, faute de place – mais l’on aimerait malgré tout attirer l’attention des lecteurs sur la dernière, celle que Foucault appelle « le militantisme comme témoignage par la vie  », et en laquelle il voit le troisième aspect (après la socialité secrète et l’organisation instituée) de ce qu’il identifie comme « vie révolutionnaire ». Certes, l’analyse se concentre en ce point essentiellement sur les mouvements révolutionnaires aux XIXe siècle et XXe siècle ; et Foucault passe par ailleurs assez rapidement à ces autres exemples de « vie autre » que représentent certaines vies d’artistes (la « pratique de l’art comme mise à nu et réduction à l’élémentaire de l’existence  »). Mais dans les deux cas – vies militantes, vies d’artistes –, ce qu’il s’agit de faire (et ce sur quoi il faut insister), c’est la déconstruction critique de l’ordre institué : « refus, rejet perpétuel de toute forme déjà acquise  ».
Or c’est sur ce refus qu’il faut s’interroger. S’il n’était précisément qu’un refus, la généalogie du cynisme ne serait que l’histoire d’une violente dissolution nihiliste de ce qui est – ce qui a par ailleurs été l’une des manières assez fréquentes de lire le cynisme antique. Mais ce n’est pas le cas, et c’est bien là la grande richesse de la lecture foucaldienne de nous le montrer : car, au cœur du scandale, c’est au contraire l’élaboration d’une vie autre qu’il s’agit non seulement de rendre possible pour l’avenir mais de mettre en acte immédiatement, dans une sorte de disutopie radicale. La pensée cynique est d’autant plus scandaleuse qu’elle institue autant qu’elle destitue, qu’elle invente et qu’elle inaugure autant qu’elle déconstruit. Le militant est un inventeur de formes de vie autant qu’un critique de l’existant, de la même manière que la modernité artistique n’est pas seulement anti-aristotélicienne et qu’elle inaugure à son tour une infinité de mondes nouveaux…
Et probablement la grandeur de Foucault tient-elle alors précisément au fait que, philosophe et militant, fasciné depuis les années 1960 par les artistes (il faudrait ici reprendre les textes « littéraires » de Foucault et montrer de quelle manière, dans leur insistance sur la notion de transgression et de résistance, ils anticipent formidablement le cours de 1984) et expérimentateur de modes de vie pour la pensée et de modes de pensée pour la vie, il est aussi celui qui, au détour d’un long excursus de plusieurs années sur la pensée antique, nous a rappelé à quel point nous avions oublié cette puissance d’inauguration inventive de la vie elle-même. À quel point, surtout, celle-ci nous était proche, et sans doute aujourd’hui plus que jamais, essentielle. « Ne négligez pas… » disait Socrate. Et dans un effet d’écho, nous ne pouvons pas ne pas entendre Foucault nous rappeler à ce tissage difficile de la parrêsia et de l’epimeleia : « N’oubliez pas d’inventer votre vie. » C’est au croisement de l’éthique, du politique et de la philosophie, la tâche ouverte et passionnante qu’à son tour il nous laisse.


Judith Revel
Judith Revel est philosophe, italianiste et traductrice, et enseigne à l'université de Paris-I. Elle a écrit de nombreux articles, notamment pour la revue Multitudes, et vient de publier le Dictionnaire Foucault.
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Pour citer cet article : Judith Revel, « « N’oubliez pas d’inventer votre vie » », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 06/05/2010, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=348
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John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro