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L’acte de traduction

à propos de : Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire

par Mathieu Dosse

à propos de

Antoine Berman

L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire

Mathieu Dosse revient sur la publication récente d’un recueil posthume rassemblant des séminaires d’Antoine Berman, l’un des fondateurs de la pensée moderne de la traduction. En dix cahiers, rédigés dans la langue tâtonnante du commentaire oral, ce dernier se confronte à la pensée de Walter Benjamin pour penser le rôle de la traduction, rôle essentiel pour l’accomplissement du rapport de l’oeuvre à sa langue et, plus largement, pour un accomplissement du rapport des langues entre elles.



L’un des plus importants penseurs contemporains de la traduction nous a laissé une oeuvre de taille réduite. Si l’on omet nombre d’articles, nous n’avions jusqu’à présent accès qu’à trois livres d’Antoine Berman, dont un posthume. Une oeuvre restreinte, certes, mais essentielle : chacun de ces livres, à sa manière, explore sous un prisme différent la pensée de la traduction. L’Auberge du lointain, court et didactique, complète à merveille L’Épreuve de l’étranger, dont la portée ne cesse de se confirmer au fil des années ; quant à l’ouvrage posthume, paru en 1995, Pour une critique des traductions : John Donne, la plupart des traductologues s’accordent à dire que Berman y a esquissé les contours d’une analyse moderne des traductions (ne mettant pas systématiquement en avant la négativitéde la traduction), et posé dans le même mouvement les jalons d’une pensée contemporaine de la traduction où pratique, critique et réflexion se complètent.



C’est donc avec ravissement que nous accueillons un nouveau livre d’Antoine Berman, dix-sept ans après son décès. Avec ravissement, mais aussi avec curiosité, et peut-être une certaine crainte. Car ce que nous propose L’Âge de la traduction, ce n’est rien de moins que le commentaire d’un texte de 1929, référence absolue pour toute théorie moderne de la traduction, essai déjà abondamment commenté et glosé par un nombre considérable de philosophes, de traductologues et penseurs de la traduction : « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin.



Berman dispensa en effet, dans les années 1980, au Collège international de philosophie, un séminaire sur Benjamin. C’est ce séminaire, sous forme de cahiers, que nous retrouvons ici. Dans une note préliminaire, Isabelle Berman précise les modalités de cette publication posthume, qui s’appuie bien entendu sur les manuscrits laissés par l’auteur, mais également sur les enregistrements des séminaires, que l’on devrait bientôt pouvoir trouver en ligne. C’est donc bien Antoine Berman que nous lisons à travers les dix « cahiers » qui composent L’Âge de la traduction, mais il s’agit d’un Berman quelque peu différent de celui que nous avions pris l’habitude de lire. Moins travaillée, moins « écrite », la langue que nous découvrons en lisant ce nouveau livre conserve un caractère oral propice au commentaire. La réflexion elle-même n’est pas entièrement achevée, certaines idées sont à peine ébauchées. Nous y redécouvrons donc, avec plaisir, la face moins polie, plus brute, plus encline à la protension, qui était celle de Berman lorsqu’il apparaissait dans ses articles ou encore, et surtout, dans les notes de bas de page qui accompagnent ses ouvrages.



C’est donc à un commentaire attentif de « La tâche du traducteur » que nous convie Berman. Disons-le dès à présent : il s’agit sans doute de l’un des commentaires les plus minutieux, l’un des plus clairs et des plus éclairants écrits en français sur le texte de Benjamin. En français, disons-nous, car l’intérêt de ce commentaire est précisément d’être fait par un penseur de la traduction sur le mode de la critique de traduction : Berman s’appuie bien entendu sur le texte original, mais également sur la traduction de Maurice de Gandillac, qu’il critique abondamment, n’hésitant pas à retraduire lui-même Benjamin lorsqu’il le juge nécessaire. Il travaille donc avec traduction. C’est pourquoi ce commentaire, s’il reste pertinent pour le lecteur germanophone, n’est pas un commentaire traditionnel, où l’auteur tâcherait de commenter un texte comme s’il n’avait pas été traduit, comme si nous le lisions directement et uniquement dans sa langue originale. Ce n’est pas non plus une critique de traduction traditionnelle, où la finalité serait de rendre un verdict sur la traduction : Berman travaille avec le texte traduit et l’original de manière à ce que son commentaire repose à la fois sur la lecture de l’original et l’acte critique d’analyse de traduction. Autrement dit, son commentaire n’aurait pas été possible sans la traduction : il démontre ainsi, par l’acte, l’importance de la traduction, son rôle de révélateur, non seulement de la pensée du langage (c’est une idée que l’on trouvera chez Henri Meschonnic), mais révélateur également de la lettredu texte.



II y a une part de jouissance à voir Berman travailler de si près un texte aussi important, et sur lequel tout semble avoir été dit. L’Âge de la traductionnous éclaire doublement : le commentaire nous renseigne autant sur Berman (sur son cheminement, sur sa pensée du traduire) que sur l’essai de Benjamin. On y reconnaît la dette du premier envers le philosophe allemand, mais également les divergences, les points de conflit (peu nombreux il est vrai). Plus de vingt ans après sa conception, notre lecture de ce commentaire ne peut qu’être différente de la réception faite par ceux qui ont suivi, entre 1984 et 1989, les séminaires au Collège international de philosophie : nous ne pouvons lire aujourd’hui L’Âge de la traductioncomme un simple commentaire ; c’est aussi Berman que nous lisons à travers ces lignes.



Un travail sur la lettre



Quelle est la particularité de ce commentaire, qu’est-ce qui le distingue, par exemple, du texte de Paul de Man1 ou de ceux de Derrida2 ? Berman, fidèle à la pratique du commentaire, suit le texte de Benjamin paragraphe par paragraphe, et se confronte ainsi à l’opacité caractéristique de cet essai. Sans prétendre tout rendre clair, suivant un ordre résolument chronologique, sautant parfois des passages entiers, Berman tisse autour de « La tâche du traducteur » un réseau dense mais particulièrement éclairant. Chacun des dix cahiers qui composent L’Âge de la traductiondéveloppe un thème que Berman mène à une conclusion provisoire, avant de le reprendre au premier paragraphe du cahier qui suit. Il est donc aisé de suivre son raisonnement, malgré quelques passages déroutants. « La tâche du traducteur » nous apparaît, grâce à Berman, comme un texte structuré dont nous comprenons les liens logiques.



Nous donnerons plus loin des exemples du procédé utilisé par Berman, qui consiste parfois à partir d’une « erreur » de traduction de Gandillac pour arriver à expliciter la pensée de Benjamin, en montrant qu’elle est à la fois plus claire et plus audacieuse que ce que le traducteur français a pu y lire (il arrive même à Gandillac de ne pas traduire quelques phrases jugées trop paradoxales). Soulignons ici l’attention accordée par Berman à la lettre(terme souvent employé à tort, et dont nous donnons en note une définition proposée par Berman3). Ainsi, attentif à l’écriture benjaminienne, Berman relève l’obscurité du texte, n’hésitant pas à en souligner « l’insoutenable opacité », afin de l’attaquer de front (contrairement à Paul de Man, qui n’y voit qu’une propension à la polysémie). L’opacité n’est pas pour Berman un simple voile, détaché du « contenu » du texte ; elle en est une partie intégrante : « La pensée de Benjamin se déploie dans une dimension d’extrême conceptualité[…]. Mais ce qui la distingue avant tout est l’apparition en elle d’images fondamentales, tout aussi opaques. Benjamin pense aussi par images, et celles-ci viennent pour ainsi dire étayer sa pensée[…]. « La tâche du traducteur » est riche en images qui se détachent nettement sur le fond d’un mouvement de pensée très abstrait. De là, la nécessité d’élucider non seulement le « labyrinthe » conceptuel qu’est la réflexion de Benjamin, mais d’illuminer les « images » qui l’émaillent » (p. 28).



Berman met ici l’accent sur la lettre, une manière de se mouvoir du texte qui lui est indispensable, sans laquelle il ne peut exister. « Pas de lieu commun, chez Benjamin, pas d’effort pour ouvrir sa pensée au lecteur », nous dit-il plus loin, soulignant le caractère « cryptique » du texte benjaminien. Mais cette opacité n’est pas une forme de déguisement dissimulant des banalités (comme l’ont prétendu certains critiques) ; elle est au contraire un mode de fonctionnement de la pensée de Benjamin. Pour Berman, c’est cette opacité qui appelle le commentaire, et qui empêche la citation ou le résumé. Le mode de survie de « La tâche du traducteur » ne peut être que celui de la traduction et du commentaire (deux formes proches pour Berman).



Le caractère tâtonnant du commentaire (qu’on ne peut imputer au seul fait qu’il s’agit de notes de cours non destinées, telles quelles, à la publication) pourrait rendre l’analyse elle-même obscure, au regard de la difficulté du texte commenté. Il la rend plutôt attachante. C’est même une très grande qualité de ce texte, que de nous plonger dans le commentaire, comme si l’auteur le découvrait en même temps que nous. L’immersion est totale. Berman colle de si près le texte qu’il prend lui-même parfois des accents benjaminiens, comme s’il éprouvait une certaine difficulté à se détacher d’une pensée qui ne peut dire autrement ce qu’elle dit.



Le sujet traduisant



« La tâche du traducteur » accompagnait originellement une traduction faite par Benjamin des Tableaux parisiensde Baudelaire. Antoine Berman rappelle un fait sans doute plus méconnu en France qu’en Allemagne : Benjamin n’était pas un grand traducteur. Sa traduction de Baudelaire a été ressentie par ses contemporains et par lui-même comme un échec. Nous rappelant ces faits, Berman soulève un problème singulier qui affecte tous les penseurs de la traduction (à l’exception notoire de Meschonnic, qui est à la fois un grand traducteur de la Bible et un grand penseur de la traduction, qu’il inscrit dans une théorie plus large du langage) : pratique et théorie, en matière de traduction, ne sont pas complémentaires. « Tout se passe comme si la passion spéculative que[Benjamin]portait à la traduction en général, comme si l’intérêt brûlant qu’il portait aux traductions de Hölderlin, disparaissaient dès qu’il se trouve confronté au travail concret de traduction ; celle-ci apparaît alors comme une besogne pénible, stérile et seconde » (p. 33). Il faut ici rappeler que les traductions d’Antoine Berman lui-même (qui a traduit, entre autres, Roberto Arlt et Roa Bastos) s’éloignent franchement des critères qu’il propose, dans L’Auberge du lointain, par exemple, pour qu’une traduction soit considérée comme une « bonne traduction ». Non qu’il s’agisse de « mauvaises traductions » ; mais ce sont des traductions tout à fait traditionnelles, qui ne font aucune violence à la langue traduisante4. On peut donc lire à travers ce passage consacré à Benjamin traducteur un questionnement propre à Berman, dont la pratique de la traduction accompagnait la pensée du traduire (comme ce fût le cas pour le philosophe allemand). Mais loin de conclure à une « inefficacité empirique » (qui ne concernerait que Benjamin) Berman en déduit une contradiction propre à l’essence de la traduction, « un abîme – qui ne doit pas être ignoré – entre l’expérience et la pensée de la traduction» (p. 35). « Abîme » qui est à mettre au compte, chez Benjamin, d’un escamotage d’autant plus paradoxal qu’il implique un mot du titre de son essai : le traducteur. Berman nous rappelle en effet que malgré ce titre trompeur, il n’est nullement question du sujet traducteurdans « La tâche du traducteur », mais de traduction. Le traducteur se manifeste toujours chez les penseurs traditionnels en tant qu’instance négative, en tant qu’interférence entre l’original et le texte traduit. On voudrait l’effacer, effacer ses traces. Or, la traduction est l’opération d’un sujet, l’analyse du texte traduit y révèle toujours « l’agir d’une subjectivité ». Pour Benjamin, cette « subjectivité traduisante » est un moment important de la traduction, mais un moment seulement ; il faudrait, dans l’absolu, s’en passer. Berman conclut ainsi, après avoir signalé que le titre de l’essai pourrait être « La tâche de la traduction », mais que Benjamin a malgré tout intitulé son texte « La tâche du traducteur » : « Benjamin pointe[ainsi]le fait que la subjectivité traduisante est un moment essentiel de la traduction. Mais […] la tâche de ce traducteur n’est aucunement éthique pour lui. Il laisse ce moment totalement impensé, suivant en cela une longue tradition» (p. 35).



Malgré cet appel en faveur d’une pensée du sujet traduisant, appel qu’il réitérera dans Pour une critique des traductions, Berman n’a jamais vraiment pris la question à bras le corps. En revanche, la dimension éthique est un thème bermanien entendu. Mais l’éthique, pour Berman, n’est pas tant une éthique du traducteurqu’une éthique de la traduction, car il s’agit pour lui d’« accueillir l’Autre en sa langue ». Il est donc intéressant de remarquer, à la lecture de L’Âge de la traduction, que c’est précisément au moment où il aborde la question du sujet traduisant que Berman introduit une dimension éthique qui est reconnue aujourd’hui comme l’un de ses thèmes majeurs.



Communication et traduction



Peut-on encore concevoir aujourd’hui la traduction comme simple acte de « passage » entre deux cultures, comme acte de « transmission » ? Vivement critiquée aujourd’hui, notamment par Meschonnic, la notion de passage, appliquée au traduire, est déjà obsolète. Il n’est par conséquent pas étonnant que le texte de Benjamin (texte fondateur, rappelons-le, de la pensée moderne de la traduction) critique déjà cette notion, qui semble être pour les théoriciens traditionnels la finalité même, la justification de la traduction. Benjamin va en réalité beaucoup plus loin.



Berman part d’une phrase, si paradoxale qu’elle n’a pas été traduite par Gandillac : « Aucun poème ne vaut pour le lecteur, aucun tableau pour le spectateur, aucune symphonie pour l’auditoire ». Pour les théories courantes du langage (contre lesquelles écrit Benjamin), le langage, l’oeuvre et la traduction se définissent en termes de « communication ». Ici, l’oeuvre ne présuppose plus de destinataire, « elle n’est pas « tournée » vers nous. C’est même ce qui fait que nous nous « tournons » vers elle». Autrement dit, l’essence de l’oeuvre n’est pas communication. Mais le passage que nous venons de citer, qui ouvre « La tâche du traducteur », avait déjà été longuement commenté par d’autres critiques. Tout l’intérêt du commentaire de Berman repose sur le développement qu’il poursuit à la suite de ces réflexions : « Il s’agit de penser l’oeuvre en elle-même et non à partir de ses effets. Ce refus de la théorie de la réception est tout à fait essentiel pour une pensée de la traduction. Car nulle part les théories (ou les idéologies) de la réception n’ont exercé autant de ravages que dans ce domaine. C’est au nom du destinataire que, séculairement, ont été pratiquées les déformations qui dénaturent plus encore le sens de la traduction que les oeuvres elles-mêmes. En fait, traduction ethnocentrique et traduction hypertextuelle se fondent sur une idéologie de la réception. En fait, la traduction ethnocentrique axée sur le lecteur transforme l’oeuvre en message. La critique des théories de la traduction fondées sur la réception est fondamentale pour une réflexion moderne sur la traduction » (p. 48). Le texte de Benjamin sert de fondement, voire de justification, à la pensée bermanienne. On retrouve ainsi dans ce paragraphe l’un des thèmes principaux formulés par Berman dans L’Auberge du lointain: la critique de traduction ethnocentrique et hypertextuelle. Cela résume bien l’intérêt principal de L’Âge de la traduction, qui est de voir une pensée en action. Car les conclusions de Berman dépassent ici le cadre du simple commentaire, elles sont déjà le fruit d’une véritable lecture de Benjamin.



L’intraduisibilité et la finalité de la traduction



L’intraduisibilité est l’un des thèmes majeurs de la théorie de la traduction. Il divise jusqu’aux plus importants penseurs contemporains. Pour Derrida, elle est une caractéristique essentielle de la traduction ; pour Meschonnic, au contraire, l’intraduisibilité n’est qu’une donnée factuelle et essentialiste : un texte n’est intraduisible que parce qu’il n’a pas encore été traduit. La question revêt chez Benjamin une importance majeure, car elle implique la finalité même de la traduction, comme le montre Berman dans son commentaire.



Après avoir souligné que, pour la théorie traditionnelle de la littérature, la traduction n’est pas essentielle pour l’oeuvre, Berman poursuit en précisant que la traduction est, au contraire, exigée par l’oeuvre. La traduction n’est pas « communication » et en ce sens elle n’est pas utilitaire. Sa finalité n’est donc pas de « transmettre » un message (le sens), de passer un texte d’une langue à l’autre, mais d’être un lien entre les langues (on retrouve ici une idée bermanienne fondamentale : « la traduction est le plus grand bouleversement qu’une langue puisse connaître dans la sphère de l’écrit ») et « d’accomplir le rapport de l’oeuvre à sa langue ». On peut saisir cette dernière phrase en comprenant que la traduction s’accomplit dans « l’espace de l’intraduisibilité ». C’est-à-dire que c’est par la traduction et les retraductions que l’oeuvre est à la fois « déportée toujours plus loin de sa langue » et de plus en plus enracinée dans sa langue en apparaissant comme intraduisible.



Prenant Benjamin au pied de la lettre, Berman conclut que la vraie finalité de la traduction apparaît lorsqu’on s’interroge sur l’utilité de la traduction, dans le cas où l’on pourrait lire l’original. Pour lui, la traduction serait toujours aussi indispensable pour l’oeuvre et notre rapport à elle. En somme la traduction enrichitl’oeuvre : « Car la traduction est surtout faite pour ceux qui peuvent lire l’original : c’est dans le va-et-vient entre original et traduction(s) que se réalise pleinement notre rapport à l’oeuvre étrangère ». Contre l’idée de passage, de transmission ou de communication, Berman fait de la traduction un acte qui agit sur l’oeuvre, et sans lequel l’oeuvre serait incomplète. La traduction met à l’épreuve la traduisibilité de l’oeuvre : « Ce que l’oeuvre appelle de toutes ses forces, pour que la signification immanente à sa traduisibilité s’actualise, c’est bien l’acte de traduction. Mais ce qu’elle considère avec une indifférence ironique, comme si cela ne la concernait en rien, c’est la traduction comme résultat » (p. 68). En apparence plus benjaminienne que bermanienne, cette conclusion doit être comprise comme un vrai moment de vérité de la part de Berman ; moment qui éclaire peut-être toute son oeuvre. Car la vraie puissance d’une traduction se révèle pour lui précisément au moment où elle cesse d’être utilitaire, ou l’on peut la confronter à l’original et mettre ainsi au jour la lettre de cet original. Ainsi, l’intraduisibilité est pour Benjamin (et peut-être pour Berman) une caractéristique de l’oeuvre. L’oeuvre n’est traduisible que par couches : chaque couche révèle une couche inférieure intraduisible à son tour… jusqu’à ce qu’elle soit elle-même traduite et révèle une nouvelle couche. Il existe pourtant peut-être un « noyau » d’intraduisibilité ; certaines oeuvres en tout cas ne se laissent pas traduire.



Il est intéressant de voir comment Berman sort parfois du cadre du commentaire et interprète le texte, comme il le fait par exemple à propos de cette phrase de Benjamin : « Quand la visée d’intraduisibilité l’emporte décisivement sur la visée de traduisibilité, l’oeuvre s’effondre comme oeuvre. » Si l’on excepte son vocabulaire typiquement benjaminien, cette phrase est d’une compréhension aisée. Benjamin signale ici simplement le fait que certaines oeuvres sont par essence intraduisibles et que cette intraduisibilité, que ce typed’intraduisibilité foncière, leur est nocif. Or, Berman va plus loin et donne un exemple pour le moins discutable : la musicalité de l’oeuvre. « D’une manière générale, il faut poser la musicalité comme l’élément le plus intraduisible d’une oeuvre, mais aussi comme celui qui, jamais, ne doit dominer si elle veut rester oeuvre. En exaltant la musicalité latente de sa langue, l’oeuvre perd son rapport à sa langue natale. Elle amplifie un élément de cette langue qui lui est fatal, aux dépens de sa parlance et de sa signifiance. « De la musique avant toute chose » est un principe fatal pour l’oeuvre de langage. C’est le noyau de parlance ou de signifiance d’une oeuvre qui doit être intraduisible (parce que quelque part cet intraduisible peut se renverser en traduisible), non son noyau de musicalité, qui représente l’intraduisibilité absolue d’une dimension opaque, muette et insignifiante dans sa vague infinité » (p. 70). Cette longue citation met au jour certains moments du commentaire où, ne sachant plus tout à fait si Berman glose, commente ou interprète le texte benjaminien, nous sommes un peu perdus. Car il y aurait beaucoup à dire de ces affirmations terribles (surprenantes en tout cas). Il faudrait par exemple les confronter à la théorie du rythme de Meschonnic. Mais est-ce seulement Berman qui parle? Le commentaire de Berman se confond parfois avec le discours benjaminien, au point que nous ne savons pas toujours savoir qui dit quoi. Le fait que le texte final n’ait pas été réellement rédigé par l’auteur complique notre tâche. Mais s’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur Berman, il est impossible de ne pas tenter de situer ce commentaire, de l’inscrire dans son oeuvre.



La « pure langue » et la multiplicité des langues



L’un des passages les plus complexes de « La tâche du traducteur » concerne le rapport entre les langues et ce concept surprenant de « pure langue ». Berman éclaire ce passage en le commentant abondamment, n’hésitant pas à en souligner les contradictions lorsque nécessaire. La distinguant tout d’abord de la « langue pure » de Valéry, Berman précise le caractère oral de la « pure langue » de Benjamin. Celle-ci est faite de la réunion des fragments de langues que sont les langues naturelles. La métaphore employée par Benjamin est parlante : les langues naturelles sont comme les fragments d’un même vase brisé ; pris séparément, ils sont dissemblables ; mais ils peuvent, ensemble, compléter une figure plus vaste.



La multiplicité des langues n’a cependant pas pour Benjamin le caractère négatif que lui prête par exemple Mallarmé. Il ne s’agit pas pour lui d’abolir cette multiplicité, de trouver ou retrouver une langue commune partagée par tous (comme l’esperanto ou l’anglais). Pour Benjamin, la pure langue est constituée du non-ditde toutes les autres langues ; celles-ci sont donc nécessaires, elles participent à la formation de la pure langue. Il y a, nous rappelle Berman, une conviction religieuse chez Benjamin qui est de voir en chaque langue, non un système clos, mais un fragment qui ne peut, seul, acquérir « sa véritable signification ». La véritable signification, la pure langue, ne se trouve que lorsque deux fragments des langues naturelles sont rassemblés. Le rôle de la traduction surgit alors pleinement : il est de faire apparaître cette pure langue. Si la finalité de la traduction est, pour Benjamin, de faire apparaître la pure langue, l’original n’est qu’un prétexte pour cet accomplissement messianique. Il rejoint ici Berman, qui accorde également, on le voit dans L’Épreuve de l’étranger, une importance extrême à la langue, au détriment parfois de l’oeuvre et du discours.



L’acte de traduction a pour les deux philosophes une finalité propre : celle de transformer la langue traduisante. C’est pour Benjamin, mais sans doute aussi pour Berman, un acte religieux. En témoigne un paragraphe du commentaire, peut-être l’un de ses passages les plus étonnants, où Berman affirme que « commentaire et traduction sont religieux par essence », au sens où dans la traduction (de la lettre), la langue traduisante se transforme au contact de l’autre, elle « devient religieuse ». La langue étrangère, réceptacle du « sacré », s’imprime en elle, la marque de son empreinte. Par la traduction, elle devient « vase » et « réceptacle » d’une « parole » qui est à la fois tout entière contenue dans sa langue d’origine et ne cesse de vouloir en déborder (voir p. 130). Ceci n’est vrai que lorsque la traduction est traduction de la lettre, propos bermanien entendu. De fait, l’opposition traditionnelle, et peut-être caduque, entre senset lettre, a fait de Berman un tenant de la lettre. Sans doute a-t-il dû, on le voit clairement dans son commentaire, combattre la prédominance du sens, et de la traduction comme transport du sens. « La tâche du traducteur » est un texte clef parce qu’il relègue la question du sens au second plan. Il n’y pas un choix, pour Benjamin, entre sens et lettre, mais, contre la tradition historique, il fait de la traduction un acte de « libération » du sens, de son poids. Il n’est donc pas étonnant que Berman ait été saisi à la lecture de texte fondateur.



Nous n’avons fait que relever quelques thèmes majeurs de ce commentaire illuminé, qui trouvera manifestement sa place dans toute bibliographie sur la pensée de la traduction. Il faut encore une fois saluer le travail d’Isabelle Berman et Valentina Sommella, qui ont permis que ce livre soit publié sous sa forme actuelle. On y voit l’un des plus importants penseurs de la traduction en prise avec un texte fondateur, dont la complexité a sans doute rebuté de nombreux lecteurs. Un commentaire aussi précis et riche ne pourra que nous inciter à y replonger, à redécouvrir une pensée dont la puissance ne cesse de se réactualiser.



Ce texte est d’abord paru dans le vol. 10, n° 2 de la revue en ligne Acta fabula , www.fabula.org revue. Il est ici reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et du comité de rédaction.









A lire du même auteur dans la RiLi n°10 :
Traduction : une enquête sociologique, à propos de : Gisèle Sapiro, Translatio. Le marché de la traduction en France à l’heure de la mondialisation


Mathieu Dosse
Mathieu Dosse est doctorant et ATER à l'université de Paris 8. Il est l'auteur entre autres de « Traduction et identité : La place du lecteur  », in Espaces de la fiction, vol. II, Croisements culturels. Langues et stratégies identitaires et « Nabokov traducteur  », in Atelier de traduction, n °10.
Autre(s) article(s) du même auteur paru(s) dans la RiLi
Traduction : une enquête sociologique
Pour citer cet article : Mathieu Dosse, « L’acte de traduction  », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 17/03/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=330
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Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro