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Dérives buissonières au pays du dedans

à propos de Jann-Marc Rouillan, Chroniques carcérales (2004-2007)

par Grégory Salle

Qui sortira « libre » de l’emmurement dans le système carcéral français? Jann-Marc Rouillan dans ses chroniques carcérales dénonce l’effacement de la frontière ténue entre le « dedans » et le « dehors », cloue au pilori l’absurdité des « longues peines » et fustige le discours lénifiant et la perversité institutionnelle de la prison se targuant de se réformer. Faire-valoir de la logique sécuritaire de nos gouvernements, elle rend la « liberté » suspecte. Octobre 2008 : l’auteur est réincarcéré pour ne avoir renié son « passé de terroriste ». Plongée au pays du dedans.

Rendre compte du livre de Jann-Marc Rouillan est sans doute délicat. D’abord en raison d’une actualité qui rend cruellement périmé l’épilogue, la dépêche AFP de décembre 2007 signalant le régime de semi-liberté accordé à l’auteur. Ensuite pour d’évidents motifs historico-politiques, tant l’auteur et l’histoire qu’il incarne semblent réclamer des jugements tranchés, comme s’il n’existait, sans mélange, que l’opprobre ou l’apologie. Enfin, et surtout, pour une question de positions. Un matérialisme élémentaire commande de prendre acte de l’abîme qui sépare les conditions de production et les conditions de réception d’un tel texte. Car tout sépare les premières – des textes écrits sous contraintes dans des cellules, n’accédant à l’existence publique que grâce à des aides extérieures (auxquelles le livre est dédicacé) et dont la publication même est un chemin parsemé d’obstacles – et les secondes, la possibilité d’une lecture paisible dans le confort d’un café ou d’une bibliothèque, ou pour le dire savamment « la situation de skholè, temps libre et libéré des urgences du monde qui rend possible un rapport libre et libéré à ces urgences, et au monde ». La représentation de l’écriture comme nécessité vitale (« J’écris pour ne pas crever, par peur de la mort lente et de la gangrène amnésique qui pourrit toute une génération », écrivait l’auteur dans son premier livre ) n’est pas ici un cliché d’écrivain. Aussi serait-il déplacé, malgré toute l’incrédulité éprouvée à la lecture de certaines considérations sur l’émancipation ou conceptions suggérées de l’action politique, de « critiquer » sur un mode factice de joute de papier universitaire un ouvrage produit par l’expérience extravagante de plus de deux décennies d’incarcération. Pas question donc d’ergoter sur la partialité d’une description (qui du reste ne prétend nullement à l’exhaustivité ou à une impossible impartialité) qu’il faudrait nuancer, compléter, juger, affadir, quand bien même tel ou tel passage suscite la perplexité, l’agacement, ou simplement pose question. Relayons l’existence d’un livre en le prenant tel qu’il est : un recueil de chroniques carcérales, composant un ensemble « captivant ».

Correspondant permanent au pénitencier

L’ouvrage consiste en un recueil de chroniques parues mensuellement dans la revue CQFD, où l’auteur officiait comme « correspondant permanent au pénitencier », « envoyé spécial » au « pays du dedans » . Pour chacune un titre, un lieu, une date. Le récit débute en janvier 2004 par une entrée rocambolesque dans la maison centrale de Moulins (où l’auteur est transféré suite à l’inondation de sa centrale d’origine, Arles) suivie de ses passages « obligés » (fouille à corps, écrou, placement en quartier disciplinaire) ; il se termine à Lannemezan en décembre 2007. Dans l’intervalle, quarante-trois textes, quatre ans d’emprisonnement, « tous les jours, même le dimanche ». Comme pour Charlie Bauer en son temps , le parcours de l’auteur trace une cartographie carcérale : Moulins et son régime « à l’américaine », l’une des centrales les plus sécuritaires d’Europe ; Fleury et son QI (Quartier d’isolement), avatar du QHS (Quartier de haute sécurité) officiellement aboli en 1982, qu’il n’avait pas connu à sa « grande époque » ; Fresnes et sa « cage de fer digne des cachots de Louis XI » (p 49), si minuscule qu’on ne peut s’y tenir debout ; enfin et surtout Lannemezan, « établissement connu comme la citadelle des désespérances et la soute infernale du système carcéral français » (p. 63). En somme, Jann-Marc Rouillan livre un témoignage irremplaçable sur l’indigence et l’absurdité de l’incarcération à outrance, sur ce qu’un autre beau livre, celui de la sociologue Anne-Marie Marchetti, nommait le « temps infini des longues peines » .

Le fond n’éclipse cependant pas la forme de textes qu’il faudrait citer longuement, pour communiquer avec justesse l’effet qu’ils produisent, non pour gloser sur leurs qualités littéraires, ni pour céder à la tentation facile de racheter le militant par l’écrivain (Jean-Marc étant devenu Jann-Marc après lecture de Pessoa), mais simplement pour reconnaître la force du récit et la marque d’un style, acéré et sensible. On est tant plongé dans l’ambiance dès les premières lignes que l’on a un peu honte d’écrire que ces chroniques « se lisent comme un roman », plus précisément comme un polar. Jann-Marc Rouillan, par ailleurs auteur de romans historiques et populaires , avait raconté en avoir écrit un, oublié, dans le mitard de Fresnes. L’épisode renvoie le lecteur aux liens triangulaires qui ont su nouer étroitement le roman noir, l’extrême gauche et la prison. En s’en tenant aux deux premiers pôles, le polar a pu être étudié comme un « équivalent littéraire à la théorie critique » . Une série de correspondances justifie l’adéquation. Pour l’un comme pour l’autre, l’ordre établi est un désordre consenti et la société un scandale évident, mais pour beaucoup invisible, quand d’autres au contraire ne le voient que trop. À cette perception du réel répond une lucidité tour à tour maussade et joyeuse, car compensée par la fidélité toujours ressourcée envers une visée d’émancipation. Il y a enfin la « présence de l’histoire », une mémoire vivace des événements qu’on dit, un peu à tort, « passés » : nazisme, guerre d’Espagne, Vichy, guerre d’indépendance algérienne, 68, puis la suite et l’envers, la dépolitisation des années « socialistes » et la volatilisation du sujet révolutionnaire. Autant de traits qu’on retrouve dans ces Chroniques carcérales.

Tout au long de ces chroniques, les réminiscences affluent sans crier gare. Dès le premier texte, un souvenir des plus marquants s’évapore d’une lampe à huile : « Ce matin, sans que je sache pourquoi, le vieux réveil résonna dans ma viande et, avec lui, la mémoire d’un anniversaire. Alors, les yeux clos, les mains croisées sur la nuque, j’ai écouté la prison s’éveiller, un goût bizarre. Il y a si longtemps, presque une éternité… Dix-sept ans. Comme si c’était hier, le long couloir de Fresnes réapparaît… Et je me revois pousser la grille de la première division, avec, tout au fond sous l’escalier, le QI. Et le cri : « Quartier ! Un arrivant. Un ! ». Février 1987, j’entrais au QI pour sept longues années d’isolement. » (p. 23-24) Les retours en arrière nous ramènent à des époques vécues ou non, avec par exemple la référence aux bagnards et aux galériens, auxquels les prisonniers sont assimilés. Au présent, l’auteur prend à rebrousse-poil le discours « progressiste » appuyé sur les deux mots creux de l’humanisation et de la modernisation. Il témoigne du durcissement sécuritaire des années 2000 (la militarisation de l’institution se lisant jusque dans les changements de dénomination des grades des personnels), fait part de la dégradation des conditions de détention et de la pénurie des ressources socioéducatives . « Depuis plus de dix ans que je fréquente ces citadelles, elles ont sans doute changé ; mais pas en bien. » (p. 74) Si certains passages paraissent homogénéiser et idéaliser une improbable communauté carcérale, un autre évoquant « cette vie obligatoire, presque éternelle, avec nos congénères », brosse au contraire un tableau disparate : « Les méchants. Les fous. Les égarés. Les pauvres types. Les étrangers qui ont gardé la gamberge du dehors. Les incolores. Les boulots obsédés par l’idée [de] retourner devant la machine. Les gremlins tombés des barres bétonnées des quartiers populaires. Les entêtés qui ont hérité d’une destinée de cul-de-jatte. Les désespérés. Les vicelards tatoués sur un coeur absent. Les irrécupérables. Et puis les bons mecs, bien meilleurs que ceux peuplant vos rues et vos palais. Telle est, au XXIe siècle, la faune des galères. » (p. 168) Reste que Jann-Marc Rouillan est plus indulgent avec le « populo » moyen du dedans qu’avec celui de dehors ; cette « faune » bigarrée n’éteint pas un optimisme révolutionnaire à la lettre « incorrigible », nourrissant l’espoir d’un nouvel été 1974, embrasé par des mutineries de masse, brutalement réprimées, dans les prisons. Au besoin, la référence est même bourgeoise : « Il faudra bien qu’un jour le peuple des prisons réalise lui aussi son juillet 1789 ! » (p. 177)

Contrastes, paradoxes et humour noir

C’est que la plume de Jann-Marc Rouillan aime manier les paradoxes, les contrastes, les rapprochements (faussement) incongrus. Ainsi ces comparaisons inattendues, graves et légères à la fois, entre des situations diamétralement opposées, dès le transfert maritime d’urgence et sous bonne escorte qui ouvre le livre : « Sous les flashs, on débarque des canots comme à Cannes les stars des limousines » (p. 16). Antinomie suprême, dans Je hais les matins, il renversait la représentation spontanée concernant sa condamnation à perpétuité en la présentant presque comme une délivrance : « la lame invisible de la mort lente tomba et j’éprouvais presque une sorte de soulagement. De libération » . Ici, il opère le même type de retournement à propos de l’ignorance sociale de la prison : ceux qui « subissent la prison », « en sont les éternels vaincus » (p. 59), ce sont en fait les indifférents du dehors. De même, la sanction carcérale est constamment dévoilée comme l’administration d’une « mort lente », démenti féroce à l’abolition supposée de la peine de mort (« Que dire aux naïfs qui croient à l’abolition de la peine de mort dans ce pays ? Il suffirait qu’ils viennent faire un tour dans l’un de ces mouroirs », p. 33), la maison centrale étant métaphorisée comme un « système anthropophagique » (p. 59), une « grande mangeuse d’hommes et de femmes » (p. 60), un ensemble d’« éliminatoriums de la République ». Et si Serge Livrozet et le Comité d’Action des Prisonniers avaient autrefois qualifié Mende de « chef-lieu de la Lozère et de la torture », ici « Abou Ghraib-en-Yzeure » tient lieu de jeu de mots et de situations. Néanmoins, Jann-Marc Rouillan dépeint aussi des centrales pleines de vie, à leur manière : « Combien se trompent ceux qui pensent qu’entre quatre murs il ne se passe rien – ou pas grand chose ! Car l’aventure carcérale est permanente. Et, par bien des aspects, elle se renouvelle dans son rapport fulgurant à la vie et à la mort. Du côté des détenus, la prison est de la matière humaine à l’état brut » (p. 27). Et l’auteur de narrer les tensions et les ententes cordiales, les incidents et le calme mortifère, les insoumissions, les grèves du travail ou de la faim, les élans de solidarité entre détenus, les tentatives de prendre la parole pour émettre des revendications, ou l’histoire inouïe d’une tentative d’évasion d’une ingéniosité folle. Il révèle tantôt la monotonie, l’ennui, l’absurde, tantôt l’inopiné et l’aléa (comme une erreur de frappe dans le calcul bureaucratique des remises de peine, qui met en ébullition la détention) et un arbitraire qui fait que la réclusion carcérale la plus austère n’est pas parfaitement réglée.

Le paradoxe ultime, et le plus désespérant, tient à l’effacement de la frontière entre le dedans et le dehors, lorsque la société « libre » n’apparaît que comme une immense et insidieuse prison. L’auteur attend la fin de sa période incompressible pour demander l’octroi d’une liberté conditionnelle, mais l’attente est terrible car le dehors est à la fois envié et dédaigné : « La liberté… Quelle liberté ? Sinon d’autres oppressions, certes différentes, maquillées comme une affiche de publicité, ponctuée de slogans, pour certaines pires » (p. 27). Difficile alors, du dehors, de ne pas se refuser à une telle confusion, malgré l’avènement palpable d’une société sécuritaire : « il demeure absurde de prétendre que serait aboli leseuil terrible qui sépare le monde ordinaire de celui de la prison. Et plus absurde encore d’affirmer que le modèle pénitentiaire triomphe au point de devenir celui du contrôle social en général. La société quadrillée, vidéo-surveillée, patrouillée, auscultée, écoutée, n’en demeure pas moinstout autre chose qu’une « vaste prison » » – pour ponctuer cette mise en garde, Alain Brossat ajoutait : « Les détenus et anciens détenus savent, eux, à quoi s’en tenir . » Si le seuil est pourtant franchi, c’est que Jann-Rouillan n’est pas un détenu ordinaire, et qu’il ne peut appréhender le dehors que du dedans, par le souvenir et l’imagination : « Après vingt ans, est-ce que je reconnaîtrai le pays du dehors ? Ses contours sont tellement flous, aussi fantasmés pour moi que mon pays l’est pour vous. » (p. 26) Dès lors, il ébauche sans pouvoir les achever des commentaires d’actualité, concernant par exemple les émeutes des « banlieues » de l’automne 2005, occasion de réaffirmer l’analogie intenable entre cités et prisons – « zones de non-droit – ou plutôt celui de la force et de l’arbitraire » (p. 106). Événements du dehors qui rappellent l’inoubliable frontière : si l’auteur ressent comme par réflexe une sorte de solidarité envers les manifestations anti-CPE, ne serait-ce que par hostilité de principe envers la dégradation de la condition salariale, quoi de plus naturel que ses collègues et lui ne se sentent guère concernés ?

On s’en doute, ces chroniques ont l’intérêt de lever le voile sur les coulisses tragiques du quotidien carcéral en maison centrale. Elles divulguent une violence physique et symbolique structurelle que la meilleure sociologie, au terme d’un impressionnant travail d’enquête, ne peut approcher que de façon « indirecte » . Le livre est ainsi traversé des violences commises par les « encagoulés », les ERIS (Équipes régionales d’intervention et de sécurité) : en juin 2004, la chronique habituelle manque après que l’auteur, soupçonné de complicité dans une tentative d’évasion, eut subi des représailles musclées. Il relate plus largement, en parlant d’autrui autant que de soi, les humiliations, brimades, vexations, les privations multiples, du crucial au trivial, mais aussi le scandale du travail en détention et l’exploitation doublée de racket dont est victime la population carcérale ; bref l’absurdité d’un « système sans queue ni tête mais sempiternellement sécuritaire» (p. 17). Mais l’intérêt du livre réside au moins autant dans la description des « dérives buissonnières » (p. 73) des maisons centrales, des rares moments d’évasion immobile : une chanson révolutionnaire entonnée à deux voix, ou une bonne blague (devant l’embonpoint croissant d’un détenu, un autre ironise : « Ce zigue prépare une cavale à l’hélium ! »). Il tient aussi à quelques péripéties déroutantes, comme cette prison dans laquelle les étages sont affublés de noms de poètes, la chronique étant alors parsemée de vers d’Apollinaire, l’ancien taulard ; plus tard, ce sera le tour de Genet. Incongrue aussi l’effraction de la fausse prison dans la vraie, par écran interposé (dans un clin d’oeil aux modes du dehors, le texte est intitulé « Loft-Story carcéral ») ; une mise en scène spectaculaire de la réclusion qui, aux yeux et aux oreilles de l’expert malgré lui, sonne douloureusement artificielle.

Il faut ajouter combien ces Chroniques carcérales contiennent une dose d’humour pour le moins robuste pour un « être en conserve, ni encore mort ni vraiment vivant » (p. 167). Humour noir le plus souvent, mais pas toujours, présent à travers des portraits, dialogues ou images comiques, tel ce sous-directeur « déguisé en pêcheur d’Islande » à cause de l’inondation déjà évoquée. « Je parcours les couloirs tel Hannibal Lecter » (p. 34), assure l’auteur en relatant maints transferts, placements à l’isolement, entraves, injonctions armées, et un environnement qui se remplit d’uniformes au moindre mouvement suspect ; ailleurs, il se dépeint assujetti à une policière qui lui « claque la main comme à un enfant turbulent » (p. 164). Dans un passage, l’auteur remercie les juges de lui avoir retiré la citoyenneté : devenu vieux il aurait pu avoir la faiblesse de céder au vote ; plus tard, lorsqu’il remplit consciencieusement le questionnaire des « États généraux de la condition pénitentiaire » de 2006 , il constate le crayon à la main qu’il fait partie, sans surprise, des « très insatisfaits » : il aurait à coup sûr signé la mention « immodérément insatisfait » si elle avait été prévue ! Plusieurs scènes sont carrément burlesques : un concert de détenus qui tourne à l’assaut sans sommation pour les tympans, ou un prisonnier qui se bat avec une guirlande de Noël électrique… Jann-Marc Rouillan entrelace le lourd et le léger, mêlant par exemple cette dernière anecdote au récit d’un fichage ADN intra-muros qui prête nettement moins à rire. Le portrait d’un détenu engagé dans le prosélytisme écologiste, s’évertuant à éduquer ses compagnons d’infortune au tri sélectif des ordures, cohabite avec le compte rendu de violences policières exercées sur des détenus. Et seule la lecture du livre permet de savoir pourquoi les petits mensonges ordinaires de la gestion carcérale sont baptisés le « syndrome du brocoli »…

Mea-culpavs.bilan critique

En guise de neutralisation statutaire, Martin Winckler avertissait en préface à Je hais les matins : « Ce livre, au risque de faire hurler certains, est le livre d’un citoyen . » Mot ambigu, suggère ici l’intéressé: « Ceux qui n’ont que le mot « citoyen » à la bouche créent sans cesse des « sans-droits » et des espaces d’exclusion » (p. 177). Mais c’est peut-être sur une telle base que l’on peut énoncer en quoi les aperçus réflexifs de Jann-Marc Rouillan en matière politique sont frustrants, pour ne pas dire frustes. Assurément le repentir n’est pas sa tasse de thé, comme l’atteste sans équivoque « Au paradis des repentis » (p. 101-104) ou le suggère un bref hommage au cocktail Molotov. On peut comprendre un tel refus sans n’y voir qu’un faux-fuyant, et plus encore reconnaître l’iniquité du traitement carcéral infligé aux membres d’Action Directe par rapport à la clémence, sinon aux honneurs, dont ont bénéficié des criminels (d’extrême droite en particulier) au casier fort chargé. De façon générale, il suffit d’évoquer la portion infime d’intouchables dont la carrière pénale à peu à voir avec l’étendue des actes qui leur sont reprochés, et de rappeler l’évidence cinglante sur laquelle s’ouvre le livre de Sandrine Lefranc au sujet des pratiques de réconciliation consécutives aux transitions démocratiques : « Les plus grands criminels sont des chefs d’État . » Le point culminant de l’absolution s’exprime ici dans un retournement radical de positions : « au coeur de nos sociétés de barbarie ordinaire, il y a beaucoup d’innocence dans nos crimes et tout autant de culpabilité dans ce que vous prétendez être votre innocence » (p. 147). Retournement à la fois audacieux et banal puisqu’il est au coeur de l’activité critique définie comme effort de subversion des sensibilités établies, à la façon de Max Horkheimer dans la consensuelle Allemagne chrétienne-démocrate : « les peuples qui laissent d’autres peuples exposés à la faim alors que les greniers à blé sont pleins à craquer, les gens honorables vivant à proximité des prisons où les pauvres végètent dans la puanteur et la misère parce qu’ils voulaient améliorer leur sort ou ne pouvaient surmonter leurs difficultés, tous sont criminels, si l’infamie objective s’appelle crime . »

Il y a toutefois un monde entre une « extorsion de regrets » (p. 50) et un effort volontaire pour effectuer un bilan autocritique sur les effets concrets d’un engagement passé, aussi total qu’il fût, à commencer par son instrumentalisation gouvernementale et sa contribution effective au renforcement et à la sophistication des appareils répressifs européens. Or, force est de constater que l’auteur n’emprunte pas cette voie, comme si autocritique signifiait immanquablement reniement ou expiation. Qui donc cherchera non des remords tartuffes (pour employer un mot très apprécié de l’auteur), mais un tel retour critique, sera déçu, très déçu même s’il escompte que l’auteur s’y livre avec la même absence de concession ou de complaisance qu’il manifeste avec acuité en tout autre sujet. Autrement dit, pour le constat de la faillite d’une hypothèse , celle de la logique de « provocation » édifiante sur laquelle reposait la stratégie de la « guérilla urbaine », il faudra repasser. En raison de cette absence, la rhétorique de la disculpation par la relativisation laisse un sentiment mitigé. Mais peut-être cette absence tient-elle à d’insurmontables motifs, une faillite trop flagrante payée d’un châtiment à proprement parler aberrant.

Reste la force et aussi la beauté d’un témoignage qui ne se réduit pas à un simple pamphlet anti-carcéral. Et qui, aux côtés d’autres points de vue sans doute moins singuliers, contribue à remettre en cause le caractère réducteur et vicié de la formulation officielle et ordinaire de la question carcérale comme problème de conformité aux normes générales de l’ « État de droit ». Une quête inépuisable car essentiellement chimérique, pour une figure qui véhicule de puissants effets de dépolitisation . Parce qu’elle ne prend pas acte de ce que Gilles Chantraine caractérise comme la « perversité institutionnelle » constitutive du dispositif carcéral : « Il ne suffit plus d’affirmer que l’institution n’est pas ce qu’elle prétend être, mais aussi et surtout qu’elle ne peut pas être ce qu’elle prétend être . » Parce qu’en présupposant un antagonisme entre État de droit et « société civile », et en se focalisant sur l’individu pourvu de droits mais atomisé (soit selon Marx les deux composantes constitutives de l’idéologie juridique bourgeoise ), elle fait l’impasse sur les fonctions sociopolitiques de la prison, en particulier son rôle d’opérateur de la gestion différentielle des illégalismes mise en lumière par Michel Foucault, et plus largement évite les rapports sociaux réels, dissociant artificiellement les enjeux carcéraux des transformations conjuguées du capitalisme et de l’État comme de la recomposition et de l’accroissement des inégalités de classe . Parce que la figure de l’État de droit élude, dans sa définition actuellement établie, le problème crucial de la visibilité et de l’audibilité de la voix des détenus ordinaires, toujours destitués du droit à la parole légitime sur leur propre condition. À cet égard, l’auteur évoque (p. 114-119) l’épopée du Groupe d’information sur les prisons en 1971-1972 dans sa tentative pour redonner la parole aux détenus . Or, si en apparence ces Chroniques carcérales ne donnent à lire que la plume d’un prisonnier hors normes, elles laissent tout autant transparaître la misère et le non-sens de la réclusion anonyme des « longues peines ».





Grégory Salle
Grégory Salle est chargé de recherche au CLERSÉ (CNRS/Lille 1). Il est l'auteur de La part d'ombre de l'État de droit. La question carcérale en RFA et en France (1968-2008), à paraître en 2009 aux éditions de l'EHESS.
Pour citer cet article : Grégory Salle, « Dérives buissonières au pays du dedans », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 12/01/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=308
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Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro