« Nous sommes venus ici parce que nous voulions du vent et du sable, et c’est ce que nous avons eu.»
Orville Wright
« Plus haut, Orville, plus haut ! »
Milton Wright
Orville Wright et son frère Wilbur Wright (né en 1867 à Millville, Indiana ; mort en 1912 à Dayton, Ohio) sont deux des sept enfants de Susan Catherine Koerner (1831-1889) et Milton Wright (1828-1917). Milton, leur père, était un évêque et l’une des principales figures de l’aile conservatrice de la Church of the United Brethren in Christ. À la mort de leur mère, c’est leur soeur Katharine (1874-1929), désormais seule femme de la famille, qui assura l’intendance du foyer.
Orville et Wilbur restèrent célibataires leur vie durant (Wilbur : « Je ne pourrais pas subvenir aux besoins et d’une femme et d’une machine volante »). Katharine épousa à 52 ans l’un de ses condisciples d’Oberlin College, au grand dam d’Orville qui refusa d’assister au mariage et rompit tout lien avec elle. Il n’accepta de la revoir, avec réticence, que sur son lit de mort.
Les deux frères quittèrent le lycée sans diplôme. Lors de l’hiver 1885, au cours d’une partie de hockey sur glace, Wilbur reçut un violent coup de crosse et perdit ses dents de devant, suite à quoi il sombra dans une dépression durable. Il abandonna le projet de poursuivre ses études à Yale. En 1889, Orville mit un terme à sa scolarité pour créer une imprimerie. Wilbur sortit de son abattement et se joignit à l’entreprise. Orville fut bientôt directeur de publication et Wilbur éditeur de l’hebdomadaire West Side News, puis du quotidien Evening Item. Profitant de la passion pour la bicyclette qui s’emparait alors des États-Unis, les deux frères lancèrent en 1892 la Wright Cycle Exchange, qui devint peu après la Wright Cycle Company, atelier de réparation et de vente, puis de fabrication de bicyclettes. Les compétences acquises et les profits engendrés furent utilisés à satisfaire leur intérêt croissant pour l’aviation.
Cet intérêt, ancien (il remontrait à 1878, année où leur père, de retour de l’un de ses nombreux voyages à travers le pays, leur fit cadeau d’un « hélicoptère » miniature de papier, de bambou et de liège, dont un élastique en caoutchouc entraînait le rotor), était alimenté par les comptes rendus publiés dans la presse des expériences d’Otto Lilienthal, Samuel Langley, Octave Chanute et de quelques autres. En 1899 et 1900, Wilbur entra en contact avec Samuel Langley et Octave Chanute, leur demanda informations et conseils, grâce à quoi il put concevoir et construire ses premiers cerfs-volants et planeurs. Après la construction de plusieurs prototypes et de nombreux essais visant à assurer le contrôle latéral de l’appareil, le 17 décembre 1903, dans les dunes de Kill Devil (Caroline du Nord, États-Unis), sous le regard d’un enfant du village voisin, d’un homme d’affaires et des membres de l’équipe locale de sauveteurs en mer, les frères Wright réalisèrent le premier vol d’un aéronef motorisé avec un pilote à bord : Orville était au commande du Flyer, dont le moteur en aluminium avait été réalisé par Charlie Taylor, leur employé et ami, en étroite collaboration avec les deux frères.
Avec le Flyer II, en 1904, ils maîtrisèrent la technique du virage et réalisèrent le premier vol circulaire. En 1905, après de nombreuses mises au point, le Flyer III réalisa un vol record de 38 minutes. En 1906 et 1907, les frères mirent un terme momentané à leurs essais, dans l’attente de l’enregistrement du brevet de leur invention. En 1908, alors que Wilbur était parti en France avec leur nouveau modèle, le Flyerdit « Model A », Orville s’écrasa lors d’une démonstration organisée pour l’US Army : il fut grièvement blessé et son passager, le lieutenant Thomas Selfridge, fut tué. Orville et Katharine rejoignirent peu après Wilbur en France, à Pau, où ils purent jouir de leur récente notoriété internationale (après avoir souffert, initialement, du scepticisme de leurs compatriotes), les prouesses de Wilbur et le caractère avenant de Katharine ayant conquis la presse française. Ils rentrèrent aux États-Unis en héros. En octobre 1909, Wilbur survola l’Hudson devant un million de New-Yorkais et fit plusieurs fois le tour de la statue de la Liberté.
De 1909 à 1920 la Wright Aeronautical Company, devenu en 1910 une société par actions, consacra beaucoup d’argent et d’énergie à protéger leur brevet, notamment contre les menées de l’un de leurs concurrents, Glenn Curtis. Wilbur, qui depuis 1910 avait pris en main la défense judiciaire de leurs intérêts commerciaux, épuisé, mourut en 1912 de la typhoïde, ce dont Orville et Katharine tinrent Glenn Curtis pour responsable. L’acharnement à défendre leur brevet (ne bénéficiant pas d’aides privées ou publiques, ils avaient misé tout leur avenir économique sur l’exploitation de leurs inventions en matière aéronautique, au détriment de leurs plus anciennes activités commerciales) contribua à dégrader leur image de héros : on leur reprocha de ne pas suivre l’exemple des pionniers européens qui se refusaient à protéger leurs inventions pour favoriser la collaboration technologique et le progrès de la recherche. Les efforts des frères Wright pour tirer des bénéfices de leurs inventions et protéger leur brevet les détournèrent en tout cas de nouvelles expérimentations. L’époque de Kill Devil et de Kitty Hawk, où ils avaient réalisés la plupart de leurs essais, était assurément révolue.
Trois ans après la mort de son frère, en 1915, Orville vendit l’entreprise familiale et s’installa avec son père et sa soeur dans une grande demeure construite par ses soins à Hawthorn Hill (Oakwood, Ohio). Il pilota un avion pour la dernière fois en 1918 et occupa jusqu’à la fin de sa vie différents maroquins dans des commissions officielles. En 1929, la Wright Aeronautical Corporation fusionna avec la Curtiss Aeroplane Company.
Conscients de son importance scientifique et historique, les frères Wright prirent soin de documenter leur invention par la prise de photographies (près de 200) de leurs essais, ainsi que de leur entourage, de leur cadre de vie et de travail. Le temps d’exposition, le lieu, la date, le type de plaque employé et le sujet de chaque photographie étaient soigneusement consignés. Certains des négatifs ont été détériorés lors de la grande inondation de Dayton en 1913.
Jérôme Vidal

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