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Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

A propos de Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature (trad. Etienne Dobenesque)

par Marc Escola

à propos de

Franco Moretti

Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature

trad. Etienne Dobenesque

Qu’est-ce qu’un graphique, une carte ou un « arbre » darwinien pourrait bien nous dire du sens des textes littéraires ? Rien ou pas grand chose, du moins pas immédiatement, répond Franco Moretti : la sociologie de la littérature n’est pas d’abord préoccupée par l’interprétation des textes. En revanche, les diagrammes sont susceptibles de nous en apprendre beaucoup sur la forme roman et ses avatars, ainsi que sur les forces à l’oeuvre dans l’« écosystème» littéraire et le monde social qui contribuent à leur transformation.

Faut-il se fier au titre, qui semble nous promettre, avec un peu de dépaysement, une curieuse promenade d’un schéma à un autre, ou alors au sous-titre plus austère qui affiche une singulière ambition ?

Après l’Atlas du roman européen 1800-1900 , ce deuxième essai de Franco Moretti, rendu accessible au public francophone par le patient travail des éditions Les Prairies Ordinaires , donne à ses lecteurs deux plaisirs à la fois. Rien de plus sérieux, rien de plus froid de prime abord, que les nombreux diagrammes qui viennent jalonner les pages de ce petit livre pour donner à voir d’un seul coup d’oeil « l’essor du roman du xviiie au xxe siècle » dans cinq pays aussi différents que l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, le Japon et le Nigeria, ou la généalogie du « discours indirect libre dans le récit moderne, 1800-2000 », soit : de Goethe et Austen à Roa Bastos ou Vargas Llosa ; et pourtant la fascination pour les chiffres et l’érudition se conjuguent ici à une constante allégresse, à une rapidité de ton et, si l’on ose dire, à une hauteur de vues d’autant plus séduisantes qu’elles sont sans équivalent dans les travaux sur la littérature. Rien de plus mince au demeurant que cet essai d’une centaine de pages qui s’attache à des objets aussi massifs que l’histoire mondiale du roman, la géographie d’une immense famille de fictions narratives européennes au xixe siècle (les village stories) ou encore la morphologie des intrigues dans l’ensemble des detective fictionscontemporaines de Conan Doyle ; et cependant c’est bien à une autre façon de lire qu’en appelle à chaque page ou presque Franco Moretti, assez conscient de proposer ici une manière de manifeste « pour une autre histoire de la littérature ».

Si Franco Moretti peut voir loin, c’est d’abord et surtout qu’il ne veut voir la littérature que de loin, selon le titre original italien , et en la prenant de haut : rompant avec la pratique du close reading, qui domine très largement, de part et d’autre de l’Atlantique (« déconstruction » d’un côté, « explications de texte » ou microlectures de l’autre ), des études littéraires attachées à l’irréductible singularité des textes sinon des seuls chefs-d’oeuvre, l’historien italien se dispense à l’occasion d’ouvrir les livres pour se contenter de les compter, cartographier, mettre en série et de les intégrer finalement à des graphiques. Imposant à la « la réalité des textes » un « processus de réduction et d’abstraction délibéré », il défend non sans audace l’idée d’une lecture « à distance » (distant reading), où « la distance n’est pas un obstacle, mais une forme spécifique de connaissance » (p. 33), une approche attentive aux relations et aux ensembles plutôt qu’aux unités élémentaires , une perspective radicalement diachronique donc, qui emprunte sans ambages ses « modèles » aux disciplines les plus éloignées des études littéraires : « les graphes de l’histoire quantitative, les cartes de la géographie et les arbres de la théorie de l’évolution » qui viennent tour à tour donner forme aux trois sections de l’ouvrage.

Diagrammes et « modèles abstraits »

Qu’un changement d’échelle dans l’analyse des textes puisse induire un « saut » épistémologique décisif, telle est au fond la principale thèse que F. Moretti s’emploie à défendre. Appréhender telle ou telle oeuvre (Don Quichotte, Les Buddenbrook ou les romans parisiens de Balzac dans l’Atlas du roman européen, les Aventures de Sherlock Holmes ou Mansfield Park de Jane Austen ici) « à distance », c’est entreprendre de reconstituer autour d’elle l’immense paysage des formes dont l’histoire littéraire, l’institution scolaire ou encore le « canon » l’avaient jusqu’ici séparée pour l’instituer en chef-d’oeuvre et du même coup en parangon d’un genre. Car la critique littéraire n’a que trop tendance à choisir un « individu représentatif » pour définir à partir de lui le genre dans son ensemble (Sherlock Holmes et la detective fiction, Wilhelm Meister et le Bildungsroman…), « comme s’il était possible d’annuler toute distance entre objet réel et objet de connaissance » (p. 108).

À quoi donne-t-on ainsi congé en renonçant à produire une interprétation d’un texte du canon ? Tout à la fois aux textes, au canon et à l’interprétation elle-même, soit tout ensemble à l’idée que nous nous faisons de la valeur de certains textes au détriment de tous les autres. Moretti ne se fait pas faute de le rappeler : les meilleurs spécialistes du roman anglais du xixe siècle, par exemple, travaillent en réalité sur à peine moins de 1% des romans publiés. Quant à ces derniers, combien sont-ils exactement ? « [V]ingt mille, trente mille, personne ne sait vraiment ». Inutile d’espérer les lire tous : il y faudrait tout un siècle. Le problème est moins une question de temps que de méthode. Un champ aussi vaste que celui du roman anglais du xixe siècle ne saurait être dominé en assemblant des monographies ; il n’est pas une somme de cas individuels, mais « un système qui doit être saisi comme tel, dans son ensemble » – et dont il faut d’abord tenter de se donner une représentation à la fois simple et « économe» : « une histoire littéraire plus rationnelle, voilà l’idée » (p. 36).

Déplacer le regard « des faits singuliers vers ceux qui apparaissent en masse » (p. 35), telle est précisément la fonction des trois « modèles abstraits » mis en oeuvre et théoriquement médités dans les trois sections de l’essai.
Les graphestout d’abord : ils offrent une simple représentation graphique de données quantitatives, relevant pour l’essentiel de l’histoire du livre et de l’édition qui fournissent sur « l’essor du roman » [the rise of the novel] un ensemble de données brutes peu ou mal exploitées jusqu’ici par les historiens de la littérature . La première vertu de la dizaine de graphes proposés par Moretti tient dans le nivellement qu’ils opèrent ; ainsi du diagramme donnant à voir l’essor du roman en Angleterre (« Nombre de nouveaux romans publiés par an, moyenne par période de cinq ans », fig. 2, p. 41) : Pamela ou Oliver Twist n’y occupent pas plus de place que deux petits points impossibles à distinguer de tous les autres. Mais le second mérite de ces diagrammes consiste à rendre nécessaire une « pensée de la durée », dès lors qu’ils mettent en évidence l’existence de cycles : il faut apprendre à relier théoriquement le cas singulier à la série, celle-ci au cycle, et ce dernier au genre. La plupart des critiques, observe Moretti, s’attachent au seul « domaine circonscrit de l’événement et du cas singulier » ; à l’autre extrémité du spectre temporel, « la plupart des théoriciens se sentent à l’aise dans la très longue durée des structures pratiquement immuables ». « Mais le niveau intermédiaire, celui des cycles, est resté à peu près inexploré » des spécialistes de littérature. Faute sans doute d’avoir compris la spécificité de ce cadre temporel : les cycles constituent des « structures temporaires à l’intérieur du flux de l’histoire » ; « le temps bref est du pur flux sans structure, la longue durée de la pure structure sans flux, et les cycles sont la zone frontalière – instable – entre les deux. Des structures, parce qu’elles introduisent la répétition dans l’histoire, et donc de la régularité, de l’ordre, de la configuration ; temporaires, parce qu’elles sont brèves (dix, vingt, cinquante ans, cela dépend des théories) » (p. 47). Définition qui se trouve être aussi celle des genres, « agencements morphologiques quidurent dans le temps, mais toujoursun certain temps seulement ».

Que peut par ailleurs une simple carte ? « Les cartes apportent-elles quoi que ce soit à notre connaissance de la littérature ? » L’utilité de ce deuxième « modèle abstrait pour une autre histoire de la littérature », déjà révélée par l’Atlas du roman, est amplement démontrée dans la section suivante du présent essai, consacrée aux village stories, genre britannique populaire du premier xixe siècle qui culmine avec la publication des cinq volumes de Our village de Mary Mitford (1824-1832), mais qui trouve son répondant aux mêmes dates dans d’autres aires linguistiques (les Dorfgeschichten d’Auerbach). Cartographier cette forme moderne de l’idylle (parcs, rivières, manoirs, paysages faiblement urbanisés…) et les tensions perceptibles entre centre et périphérie dans l’espace fictionnel, c’est pouvoir « discerner les différentes directions dans lesquelles la lutte des classes paysannes, les débuts de l’industrie et le processus de formation des États ont « transformé » la configuration des idylles du xixe siècle », et donner à voir comment la force « externe» des vastes processus nationaux alors en cours « modifie la structure narrative initiale au point de la rendre méconnaissable » en révélant « la relation directe et presque tangible entre les conflits sociaux et la forme littéraire » (p. 99).

Le troisième « modèle abstrait » est emprunté, avec plus d’audace encore, à la biologie, particulièrement aux arbres des théories néo-darwiniennes de l’évolution. L’intérêt du modèle évolutionniste tient d’abord à ce que la morphologie et l’histoire y sont corrélés comme deux dimensions du même arbre – alors que « dans les études littéraires, la théorie de la forme ignore l’histoire tandis que le travail historique ignore la forme » (p. 101) ; mais les arbres darwiniens montrent aussi comment les formes changent et, en changeant, se mettent à diverger l’une de l’autre (« d’une origine commune unique à une immense variété de solutions ») dans une très longue durée qui obéit aux principes de « sélection naturelle » et d’extinction. La chose a été dès longtemps démontrée pour les familles linguistiques : « si le langage évolue par divergence, pourquoi pas la littérature », ou tout au moins les formes littéraires (p. 102) ? Pourquoi pas, en effet ? Les débuts de la fiction policière britannique peuvent ainsi être représentés dans un arbre illustrant les relations entre Conan Doyle et ses contemporains immédiats, les « caractères » retenus tenant ici à la présence d’indices (clues) et dans le fait que ces indices doivent être interprétables par le lecteur. Que révèle l’arborescence dessinée ? Tout simplement le fait « formel » qu’un certain nombre des rivaux de Conan Doyle n’ont pas utilisé d’indices et le fait « historique » que ces auteurs sont très vite tombés dans l’oubli. Le constat vaut illustration d’une des lois du « marché littéraire » : « une compétition impitoyable fondée sur la forme » (les lecteurs qui apprécient un procédé narratif ne lisent pas les récits qui ne l’emploient pas, et ces récits disparaissent) ; la même loi amène les écrivains à « chercher dans toutes les directions » des procédés nouveaux, en les conduisant parfois « dans toutes sortes d’impasses insensées ». Divergence et extinction sont deux phénomènes logiquement solidaires, comme le soutenait déjà Darwin (p. 110).

L’arbre et la forêt : explication et interprétation

Graphes, cartes et arbres : quel est donc le statut respectif de ces trois « modèles abstraits » ? Les diagrammes en eux-mêmes n’expliquent rien ; ils révèlent des états ou des événements imperceptibles à l’oeil nu, des faits proprement historiques que la lecture béate des chefs-d’oeuvre nous a laissé trop longtemps ignorer.

Les graphes ne constituent pas des « modèles » au sens strict du terme, soient : « des versions simplifiées et intuitives d’une structure théorique » (p. 41). La recherche quantitative fournit des données, nullement leur interprétation. Les graphes proposés au sein de la première section de l’ouvrage dévoilent certes la « cadence secrète » de l’histoire du roman, mais ils illustrent davantage encore la vanité de la distinction usuelle entre « le roman » et les « sous-genres romanesques » (picaresque, roman d’analyse, Bildungsroman…) qui seraient des accidents toujours locaux et sans incidence théorique. Il n’y a pas de « substance de la forme » : le roman ne se développe pas comme une entité individuelle « mais en générant périodiquement un ensemble de genres, puis un autre, et encore un autre » (p. 64). Le « roman » n’est rien d’autre que « le système de ses genres ». Réduire le roman à une seule forme fondamentale (réalisme, dialogisme, romance, méta-romans, etc.), c’est effacer les neuf dixièmes de l’histoire littéraire – ce qui est « beaucoup trop ». Visualisé comme un arbre, le genre devient un « spectre de diversité » abstrait, dont aucun texte singulier ne pourra jamais représenter la multiplicité interne. Tel chef-d’oeuvre n’est au plus qu’une feuille sur l’arbre, parmi des milliers d’autres, « nullement habilitée à représenter le genre à elle seule » (p. 108). L’utilité des graphes tient précisément à ce qu’ils obligent à chercher ailleurs que dans des chiffres leur signification ; pour analyser des données quantitatives, il faut abandonner à un moment ou un autre l’univers quantitatif pour se tourner vers la morphologie : « évoquer la forme pour expliquer les chiffres » du marché littéraire ; « la quantification pose le problème, la forme apporte la solution » (p. 58).

Réaliser une carte, c’est « abstraire » une configuration (l’organisation circulaire et concentrique de l’espace romanesque dans le cas des village stories) du flux narratif, où elle est invisible comme telle. La carte ne vaut pas comme explication : elle montre seulement qu’il y a quelque chose « qui demande à être expliqué )» (p. 74), en reliant le « substrat matériel du territoire physique » à une « carte de mentalité » dont émerge une « carte d’idéologie » (p. 77). La cartographie d’un monde fictionnel, « où le réel et l’imaginaire coexistent dans des proportions variables et le plus souvent insaisissables » (p. 99), lègue toujours « davantage que lasomme de ses parties » : elle fait émerger des « qualités» tout simplement invisibles autrement. L’analyse portant non sur la spécificité des régions représentées, mais sur leurs relations mutuelles, les cartes sont à lire comme des diagrammes de forces, comme le suggère Moretti en référence aux thèses de D’Arcy Thompson : représentation d’un conflit entre forces locales et forces nationales pour le corpus étudié de village stories, entre les « richesses du vieux monde et les ambitions de la jeunesse petite-bourgeoise » dans le cas du Paris balzacien. Les « modèles abstraits » en appellent par là même à une autre sociologie de la littérature : « déduire de laforme d’un objet lesforces qui ont agi ou agissent sur elle : on ne voit pas de meilleure définition de ce que devrait être la sociologie de la littérature » (p. 92). « La forme en tant que force » ou l’« aspect le plus profondément social de la littérature » : Moretti fait partout prévaloir une conception matérialiste de l’histoire littéraire, dans une filiation assumée à la problématique marxiste des années 1960 et 1970, elle-même héritée des travaux du « cercle de Bakhtine », des formalistes russes ou de Lukàcs, telle qu’elle fut naguère illustrée en Italie par Della Volpe.

Les diagrammes illustrent ainsi seulement le fait que quelque chose demande à être expliqué dans l’ensemble de l’« écosystème » littéraire. La modélisation vient donc offrir régulièrement quelques problèmes pour historien de la littérature, comme il y en a pour cruciverbistes ou joueurs d’échecs : pourquoi faut-il que les héros balzaciens habitent sur la rive gauche de la Seine ? Comment comprendre qu’une part des detective novels de Conan Doyle n’ait pas rencontré le succès ? Que dire des mutations inattendues du style indirect libre dans la littérature d’Europe de l’Est ou d’Amérique du Sud ?

« Des problèmes sans solution, c’est exactement ce dont nous avons besoin dans un champ comme le nôtre, où nous avons l’habitude de ne poser que les questions pour lesquelles nous avons déjà une réponse. » (p. 60). Car les explications proposées pour chacun des phénomènes historiques révélés par les diagrammes le sont comme de simples conjectures ; la réponse importe moins à Moretti que de démontrer à chaque fois « la totale hétérogénéité du problème et de la solution » – telle est peut-être la maxime centrale du « discours de la méthode » que constitue cet essai.

De carte en arbre et de graphe en diagramme, il s’agit pour l’historien de la littérature de donner partout priorité à l’enquête quant à l’évolution des formes sur le sens même des textes, et à « l’explication des structures générales sur l’interprétation des textes singuliers ». On ne trouvera donc pas ici une nouvelle lecture de Waverley ou des Malavoglia, mais un essai de définition de « ces configurations plus vastes qui conditionnent nécessairement » l’émergence des chefs-d’oeuvre : « les cycles temporels qui déterminent l’essor et la chute des genres littéraires » (p. 126) comme de certains procédés, soit par exemple : « le faisceau de possibilités et de contraintes à l’intérieur duquel le style indirect libre a accompli ses diverses tâches symboliques », ce qui permet d’appréhender ses différences d’emploi chez Flaubert, Dostoïevski ou Carpentier.

Des trois modèles convoqués, le troisième est sans doute celui qui ouvre les perspectives les plus riches « pour une autre histoire de la littérature », en prêtant possiblement le flanc à quelque polémique. « Tandis que les graphes abolissent toute différence qualitative dans leurs données, les arbres essayent d’articuler cette différence » (p. 111) ; parce qu’ils « signifient» en longueur eten profondeur, ils obligent à penser ensemble succession diachronique et écartement synchronique, en laissant à décider quel axe est le plus significatif. « L’impossibilité de « voir » le temps et l’espace véritablement en même temps est le signe d’une nouvelle conception de l’histoire de la littérature, où la littérature se déplace en même temps en avant et de côté, souvent plus de côté qu’en avant » (p. 125).

On ne se demandera pas ici s’il est finalement légitime de chercher à appliquer les modèles néo-darwiniens à la vie des formes, et les théories biologiques à des productions culturelles, mais plutôt, avec Laurent Jeanpierre dans la préface de l’édition française (p. 24 et sq.), si les principes « d’explication » que fait prévaloir Moretti sont toujours bien constants. Le principe (darwinien) régulièrement affiché veut en effet que, dans l’éventail des formes, procédés et traditions, seules persistent les « variations avantageuses » qui apparaissent ainsi comme le produit d’une « sélection naturelle ». Mais avantageuses pour qui ?, interroge Jeanpierre : pour leur auteur, qui peut en tirer profit matériel ou symbolique, pour ses lecteurs, qui trouvent à donner forme à leur expérience vécue dans tel genre ou procédé, ou pour le « milieu littéraire » qui renouvelle ainsi un mystérieux « équilibre» ? Moretti mobilise en définitive deux modèles divergents sinon concurrents de « l’évolution littéraire », comme en témoigne au passage une troublante note de bas de page : s’efforçant « d’expliquer » la régularité des trois vagues successives de romans épistolaires, gothiques puis historiques dans les publications anglaises de 1760 à 1850, Moretti se réfère à Chlovski (p. 48) pour poser que « le déclin d’un genre dominant est la condition nécessaire à l’envol de son successeur », avec un décalage d’une vingtaine d’années ; mais la note (n. 10, p. 129) émet un doute sur cette « dialectique purement interne de l’art, qui commence avec l’écart créatif et s’achève en automatisme morne », pour mettre davantage l’accent « sur la relation entre la forme et son contexte historique» : « un genre épuise ses potentialités – et le temps offre une occasion à un concurrent – lorsque sa forme n’est plus capable de représenter les aspects les plus significatifs du réel contemporain ». C’est donc parfois dans la pression externe du « milieu littéraire » qu’il faut voir de loin – puisque Moretti n’entre jamais dans la description de ces « milieux» – « l’explication » de telle mutation de l’écosystème, tandis qu’à d’autres moments l’historien est tenté d’isoler la « sélection naturelle » au sein de la cohérence intrinsèque et autonome des formes elles-mêmes. Comme le fait observer Laurent Jeanpierre encore : en prenant la littérature de haut pour la voir de loin, « F. Moretti a peut-être perdu au passage une échelle intermédiaire de l’analyse où sont présents les sujets véritables de l’activité littéraire, de l’écriture et de la lecture. Son objectivisme réactif l’empêche d’accorder une attention plus fine aux mécanismes sociaux et incarnés de sélection littéraire. On pense au rôle des institutions de légitimation et de consécration littéraire, mais aussi, plus simplement, aux lecteurs ordinaires et à leurs usages. »

Poétique et histoire

En affirmant en définitive que « les textes sont assurément les objets réels de la littérature» mais qu’ils ne peuvent pas constituer en eux-mêmes des « objets de connaissance » (p. 108), en affichant que les forces qui sont à l’oeuvre dans l’histoire littéraire ne sont « nullement les textes mais les procédés et les genres, soit le très grand et le très petit », Moretti nous enseigne – en dépit du sous-titre donné à l’ouvrage et de la méfiance régulièrement affichée à l’égard de la « Théorie » – à ne pas choisir entre la poétique et l’histoire littéraire. Mais est-il bien le premier, et les principes affichés sont-ils tous également susceptibles de promouvoir une histoire littéraire radicalement « autre » ?

Dans une communication à la décade de Cerisy consacrée en juillet 1969 à « l’enseignement de la littérature » et ultérieurement recueillie sous le titre « Poétique et histoire », Gérard Genette soulignait déjà que les oeuvres littéraires considérées dans leur texte ne pouvaient guère être l’objet d’une connaissance historique : « Des oeuvres littéraires considérées dans leur texte, et non dans leur genèse ou dans leur diffusion, on ne peut, diachroniquement, rien dire, si ce n’est qu’elles se succèdent. Or l’histoire, […] n’est pas une science des successions mais des transformations : elle ne peut avoir pour objet que des réalités répondant à une double exigence de permanence et de variation. L’oeuvre elle-même ne répond pas à cette double exigence, et c’est pourquoi sans doute elle doit en tant que telle rester l’objet de lacritique. Et la critique, fondamentalement […], ne peut pas être historique, parce qu’elle consiste toujours en un rapport direct d’interprétation, je dirais plus volontiers d’imposition du sens, entre le critique et l’oeuvre, et que ce rapport est essentiellementanachronique, au sens fort (et, pour l’historien, rédhibitoire) de ce terme. Il me semble donc qu’en littérature, l’objet historique, c’est-à-dire à la fois durable et variable, ce n’est pas l’oeuvre : ce sont ces éléments transcendants aux oeuvres et constitutifs du jeu littéraire que l’on appellera pour aller vite lesformes : par exemple, les codes rhétoriques, les techniques narratives, les structures poétiques, etc. Il existe une histoire des formes littéraires, comme de toutes les formes esthétiques, du seul fait qu’à travers les âges ces formes durent et se modifient » . F. Moretti vient donc une nouvelle fois rappeler que la ligne de démarcation ne passe pas entre histoire littéraire et « théorie », mais entre les discours herméneutiques – les différentes formes de « critique » littéraire –, qui cherchent à cerner la singularité d’un texte ou d’une oeuvre donnés, et les pratiques qui visent à construire des objets transcendant les textes ou les oeuvres individuels : la « période » ou le « genre » sont bien des objets de statut épistémologique comparable .

Que l’immanence des oeuvres présuppose des données transcendantes : telle est en définitive la seule loi sûre de la création littéraire ; elle suffit à rendre pleinement légitimes et la construction de ces données et leur historicisation – histoire et théorie se situant ici sur la même branche de « l’arbre », communément opposée à l’activité « critique ». La leçon n’est peut-être pas neuve, mais elle est salutaire si elle peut indiquer aux études littéraires un autre terrain de jeu que les territoires de l’interprétation. On avait commencé à s’en persuader avec Stanley Fish : « on peut faire autre chose avec les textes que les interpréter ». F. Moretti fournit au moins un élément de réponse à la question d’un autre usage des livres : commençons donc à les compter et à les classer. Et après ? On verra bien.




Marc Escola
Marc Escola est professeur de littérature française (littérature de l'âge classique & théorie littéraire) à l'université Paris VIII Saint- Denis. Animateur du site Fabula et directeur de la collection GF-Corpus (Flammarion), il est notamment l'auteur de Lupus in fabula. Six façons d'affabuler La Fontaine (Presses Universitaires de Vincennes, 2003) et a supervisé les volumes collectifs Le Malentendu. Généalogies du geste herméneutique (Presses universitaires de Vincennes, 2003) et La Case blanche. Théorie littéraire et textes possibles (La Lecture littéraire, vol. 8, 2006).
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Pour citer cet article : Marc Escola, « Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 08/07/2008, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=197
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Rili, Numéro 5, mai-juin 2008

Numéro 5

mai-juin 2008


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Michael Löwy - Theodor W. Adorno, ou le pessimisme de la raison

Daniel Bensaïd - Une thèse à scandale : La réaction philosémite à l’épreuve d’un juif d’étude

Bourdieu, reviens : ils sont devenus fous ! La gauche et les luttes minoritaires

Samuel Lequette - Prigent par lui-même – Rétrospections, anticipations, contacts

Laurent Folliot - Browning, poète nécromant

David Macey - Le « moment » Bergson-Bachelard

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 2: Evelyn Finn)

La traversée des décombres

à propos de
Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro