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Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

A propos de Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura: La Espana Inquisitorial Y La Alemania Nazi Cara a Cara

par Enzo Traverso

à propos de

Christiane Stallaert

Ni Una Gota De Sangre Impura

La Espana Inquisitorial Y La Alemania Nazi Cara a Cara

La sortie du dernier livre de Christiane Stallaert est l’occasion pour Enzo Traverso de revenir sur un débat qui anime l’historiographie depuis plusieurs décennies : l’analogie entre l’antisémitisme de l’Inquisition espagnole et celui de l’Allemagne nazie est-elle fondée historiquement et réellement éclairante ?



La comparaison entre l’antisémitisme racial de l’Allemagne nazie et le « protoracisme » de l’Espagne inquisitoriale alimente, depuis des décennies, un vaste débat. Avant même de faire l’objet d’une querelle historiographique, les persécutions ibériques étaient un lieu de la mémoire juive lorsque l’arrivée au pouvoir de Hitler raviva le souvenir de l’expulsion de 1492. Dans une lettre du 13 avril 1933 à son ami Walter Benjamin, alors exilé à Paris, l’historien de la Kabbale Gershom Scholem qualifiait l’instauration du régime nazi de « catastrophe de portée mondiale », en ajoutant, en guise de commentaire, que cet événement lui faisait « comprendre ce que fut vraiment 1492  ». Quelques années plus tard, en 1938, alors qu’il s’apprêtait à quitter définitivement l’Allemagne, le philosophe Martin Buber comparait la « symbiose judéo-allemande», qui venait de connaître son épilogue tragique, à celle qui avait eu lieu plusieurs siècles auparavant dans la péninsule ibérique, où la coexistence de juifs, musulmans et chrétiens avait permis l’éclosion d’un âge d’or de la culture . Le même parallèle était esquissé par l’historien des marranes Cecil Roth, dans un essai daté de 1940 . Ces analogies n’étaient pas fondées sur des analyses rigoureuses, mais elles témoignent incontestablement de la place centrale qu’occupait alors le passé espagnol dans la conscience historique juive. En 1938, une pièce intitulée Les Marranes eut un immense succès au théâtre Habimah de Tel-Aviv, car tous les spectateurs y percevaient la mise en scène d’un drame contemporain . Jusqu’à l’Holocauste, la catastrophe juive était celle de 1492.



Au cours de ces dernières années, des spécialistes du monde séfarade comme Y. H. Yerushalmi et Benzion Netanyahu ont rapproché, sur la base d’une enquête historique bien plus approfondie, le racisme nazi et celui de la monarchie espagnole du e et XVIe siècle . Ils ont mis en lumière des affinités étonnantes entre l’antisémitisme racial nazi, codifié par les lois de Nuremberg de 1935, et les statuts de « pureté du sang » (limpieza de sangre) qui constituaient le socle juridique des persécutions des juifs et des musulmans, puis des convertis, dans l’Espagne du roi Fernando le Catholique et de la reine Isabelle de Castille. Leurs travaux, cependant, se sont heurtés à des critiques qui – s’inspirant des interprétations classiques de l’Inquisition élaborées par des historiens aussi bien juifs (Yitzhak Baer) que catholiques espagnols (Claudio Sánchez Albornoz) – considèrent tout simplement absurde de chercher des affinités entre des persécutions de matrice religieuse et des pratiques exterminatrices fondées sur un racisme moderne de type biologique. Un ouvrage récent de Christiane Stallaert rouvre la question en termes nouveaux . D’une part, elle brise les frontières d’une querelle essentiellement historiographique en adoptant une approche interdisciplinaire, nourrie des apports de la linguistique et de l’anthropologie. D’autre part, elle jette les bases d’une relecture globale de l’histoire qui, bien au-delà de l’Inquisition, remet en cause, pour ainsi dire, l’identité même de l’Espagne contemporaine, en interpellant ses sources. Ses thèses ne manqueront pas de susciter la critique, mais l’ampleur de sa perspective et la finesse de ses analyses indiquent à coup sûr qu’on ne pourra pas se débarrasser facilement de cet ouvrage auquel toute recherche sérieuse sera dorénavant obligée de se confronter.



Selon Stallaert, en dépit de leurs idéologies différentes liées à des contextes historiques et culturels évidemment inassimilables, le nazisme et le casticisme ne seraient que deux variantes d’un même ethnocentrisme « érigé en religion politique » (p. 22). Les deux avaient développé leur propre lexique fait de mots souvent intraduisibles, sinon au prix d’imprécisions et de contresens, tels que les adjectifs völkisch ou castizo. À la différence du nationalisme völkisch, axé sur le mythe aryen et théorisé à l’aide du langage scientiste de la biologie raciale, le casticisme postulait la primauté d’une lignée chrétienne (crisitanovieja). Mais le hiatus de plusieurs siècles qui sépare la formulation de ces deux idéologies, avec leurs langages et leurs spécificités conceptuelles, ne doit pas cacher leur racine commune : la définition d’une identité de groupe fondée sur un ethnocentrisme exclusif, négateur de toute forme d’altérité (p. 26). Les affinités entre ces deux idéologies tiennent à des étonnantes correspondances langagières : Hitler et les rois catholiques promettaient tous d’« anéantir » (vernichten, aniquilar) et d’« extirper » (ausrotten, estirpar) les juifs, les infidèles, les musulmans et les convertis, leurs ennemis (p. 105-106).



Sous la religion, la race



Mais Stallaert ne se limite pas à une analyse lexicale et déplace la comparaison sur le plan historique. Le casticisme affichait son caractère religieux, mais révélait dans ses pratiques (ainsi que dans les dispositifs législatifs qui les justifiaient) sa nature de projet ethnocentrique. Brisant une tradition catholique qui, depuis le Moyen-Âge, prônait la conversion des juifs – puis des musulmans – afin de les assimiler au sein de la communauté chrétienne, les rois espagnols développèrent, à partir du milieu du XVe siècle, une forme tout à fait nouvelle d’ethnocentrisme. La défense du catholicisme signifiait maintenant la préservation d’une lignée cristianovieja dont le corollaire inévitable était la traque, la discrimination et enfin la persécution des convertis (marranes et moriscos). Comme l’a montré Benzion Netanyahu dans The Origins of Inquisition in Fifteenth Century Spain, la grande majorité des victimes de l’Inquisition n’étaient pas des crypto-juifs ou des moriscos qui pratiquaient en cachette leur ancienne foi, mais des nouveaux-chrétiens qui se considéraient catholiques et qui étaient perçus comme tels par leur environnement. Par conséquent, leur persécution ne tenait pas à leur religion mais à leur origine « impure ». Les lois sur la limpieza de sangre furent donc un dispositif raciste ante litteramqui dévoilait la vraie nature ethnocentrique du combat mené au nom de la religion catholique. Il s’agissait, en d’autres termes, d’une politique raciste qui utilisait des arguments « conformes au système moral dominant  ».



Inversement, les lois raciales élaborées par le nazisme affichaient leur caractère séculier et revendiquaient un statut scientifique – elles prétendaient calculer la quantité de sang aryen et juif présent en chaque individu, en définissant ainsi différentes catégories de métis (Mischlinge) –, mais leur application restait forcément liée aux listes recensant les membres des communautés israélites. Autrement dit, un Mischling de deuxième degré (possédant un quart de sang juif) était un individu dont un grand parent appartenait à une jüdische Gemeinde, c’est-à-dire à une communauté religieuse . Ce chassé-croisé montre à la fois la dimension moderne de l’obscurantisme catholique et les traits archaïques de l’antisémitisme racial qui ne pouvait pas s’affranchir de sa matrice religieuse. Aussi bien dans l’Espagne inquisitoriale que dans l’Allemagne nazie, les dispositifs persécuteurs avaient plusieurs ressorts – éliminer les juifs et les convertis de la fonction publique, les exclure des privilèges ecclésiastiques, frapper des couches sociales dynamiques qui risquaient de déstabiliser les structures traditionnelles de la société, consolider le pouvoir politique en exploitant les préjugés populaires, etc. –, mais leur base demeurait raciale.



Stallaert esquisse ensuite une analyse originale et fort intéressante – malheureusement peu développée – des persécutions et des violences découlant de ces deux ethnocentrismes, dans leurs époques respectives. On pourrait résumer sa perspective en juxtaposant deux années qui marquent des tournants historiques majeurs : 1492 et 1941. Acte de naissance conventionnel du monde moderne, l’année 1492 est un carrefour où convergent trois événements décisifs : non seulement la découverte du Nouveau Monde mais aussi l’achèvement de la Reconquista, lors de la chute de Grenade, et le début de l’expulsion des juifs et des musulmans de l’Espagne christianisée. L’année 1941, de son côté, ne plonge pas le monde dans une nouvelle époque, mais constitue une étape cruciale dans le déroulement de la seconde guerre mondiale dont les conséquences sont à plusieurs égards irréversibles. Il s’agit de l’année de l’offensive allemande contre l’Union soviétique, dans laquelle les différents objectifs de la guerre nazie – la conquête de l’« espace vital » par la colonisation du monde slave, la destruction du communisme et l’extermination des Juifs – se réunissent, on pourrait presque dire se « synchronisent », dans un Blitzkrieg d’une férocité et d’une violence tout à fait extraordinaires. Au-delà des asymétries évidentes de cette comparaison – l’année 1492 couronne une reconquête amorcée quelques siècles plus tôt, alors que l’année 1941 marque le début d’une offensive qui échoue en deux ans et demi – quelques analogies s’imposent. La Reconquista ne se limitait pas à la christianisation des anciens territoires musulmans : elle impliquait leur recolonisation par des groupes de vieille souche chrétienne, de même que la conquête du Lebensraum était conçue par les dirigeants nazis comme un processus de colonisation intensive de l’Europe orientale par des populations de souche germanique (Volksdeutsche) visant à remplacer progressivement les communautés slaves. L’Espagne se vida de ses juifs et de ses musulmans, expulsés ou convertis, tandis que les Juifs d’Europe centrale et orientale furent exterminés. Le génocide des populations indigènes dans le Nouveau Monde répondait à des critères similaires : elles furent la cible d’une campagne d’anéantissement qui les assimilait tantôt à une sous-humanité bestiale tantôt aux infidèles et aux « impures ». Autrement dit, la conquête du Nouveau Monde impliquait à la fois sa christianisation et sa colonisation par des groupes vieux-chrétiens. Il s’agit là d’un élément essentiel du génocide qui certes n’élimine pas les autres – la dimension « microbienne », la fragmentation des sociétés indiennes, la supériorité technique des Espagnols, la fragilité des civilisations méso-américaines confrontées au clash avec le monde occidental – mais sans lequel l’ensemble du processus resterait incompréhensible. Les idéologues qui théorisaient et justifiaient ces formes de persécution n’étaient pas les mêmes : des théologiens dans l’Espagne inquisitoriale, des technocrates et des scientifiques (médecins, eugénistes, anthropologues, démographes, économistes) dans l’Allemagne nazie, mais, dans les deux cas, leurs choix étaient appliqués par les moyens dont disposaient deux États parmi les plus puissants de leurs époques respectives. Le Saint-Office, suggère Stallaert, joua en Espagne un rôle comparable à celui de la Gestapo dans le IIIe Reich (p. 200). L’expulsion des juifs et des musulmans fut mise en oeuvre en mobilisant les ressources des entreprises commerciales et maritimes de plusieurs pays européens, ce qui supposait un dispositif bureaucratique et technique qui pourrait bien être considéré comme l’équivalent, dans l’Europe de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, de la machine de persécution et d’extermination nazie pendant la seconde guerre mondiale (p. 294-295). Dans cette perspective, Goebbels ne serait que la version séculière de Torquemada.



De façon quelque peu étonnante, Sallaert n’évoque jamais l’ouvrage de l’historien américain Arno J. Mayer sur la « solution finale », qui décèle les précurseurs du judéocide nazi dans les pogromes qui ont accompagné la première croisade (1095-1099) et la guerre de Trente Ans (1618-1648). L’Holocauste s’inscrivait à ses yeux au sein d’une croisade contre le judéo-bolchevisme qui reproduisait, sous une forme sécularisée, les traits typiques des guerres de religion de l’Europe prémoderne. «En donnant à la campagne contre l’Union soviétique le nom de code « Barberousse »– écrit Mayer –, Hitler voulait la parer, fut-ce pour lui seul, des prestiges d’un mythe qui s’enracinait dans un lointain passé moyenâgeux. Sauveur réincarné, il ne se contenterait pas de restaurer la gloire de l’Empire germanique en s’emparant des territoires indispensables au Reich de mille ans ; en outre, il ressusciterait la guerre sainte en brandissant la croix gammée contre le « judéo-bolchevisme » . » Si l’on accepte le modèle interprétatif suggéré par Mayer, l’analogie entre l’opération « Barberousse » et la Reconquista apparaît tout autant sinon plus pertinente que l’analogie avec la première croisade et la guerre de Trente Ans.



Conversion, expulsion, annihilation



La thèse de Stallaert ouvre des pistes de recherche fructueuses, mais ses formulations sont parfois schématiques et sans nuance. Elle considère trop souvent comme allant de soi des passages qui nécessiteraient une démonstration plus argumentée. Son usage du concept de génocide, pour ne donner qu’un exemple, n’est pas très rigoureux : si elle l’applique à juste titre à la conquête du Nouveau Monde, son extension à la politique du casticisme monarchique en Espagne apparaît abusive. C’est grâce aux outils de l’historien Raul Hilberg, qu’elle cite à plusieurs reprises dans son ouvrage, qu’il est possible d’en rendre compte. Ce dernier a élaboré une interprétation quelque peu téléologique de l’Holocauste dans laquelle, en prenant en considération ses précédents historiques, il distingue plusieurs étapes – conversion, expulsion, annihilation –, en précisant que le nazisme reste le seul à avoir franchi la dernière. Expliquant que le processus de destruction nazi « ne se développa nullement par génération spontanée », mais fut le résultat d’une «évolution cyclique», il esquisse le schéma suivant : « Les missionnaires du christianisme avaient fini par dire en substance : « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous si vous restez juifs. » Après eux, les dirigeants séculiers avaient proclamé : « Vous n’avez pas le droit de vivre parmi nous. » Enfin, les nazis allemands décrétèrent : « Vous n’avez pas le droit de vivre . » » S’agissant des juifs et des musulmans résidant dans l’Espagne inquisitoriale, Stallaert souligne qu’ils firent l’objet de mesures de conversion et d’expulsion, mais elle ne peut pas prouver qu’ils furent les victimes d’un génocide. Mettre en lumière les liens qui existent entre le nazisme, la Reconquista espagnole et la Conquista du Nouveau Monde ne signifie pas supprimer les différences qui séparent une politique d’expulsion et une campagne d’extermination. Ce n’est pas cependant l’avis de Stallaert qui entretient l’ambiguïté sur ce point en utilisant systématiquement des expressions telles que « dynamique génocidaire» (p. 75), « deux totalitarismes » (p. 193), « sociétés exécutrices » (p. 307), « « solution finale » de la question morisca» (p. 289), etc. Sa référence au concept extensif et extrêmement vague de génocide proposé en 1943 par son inventeur, le juriste Raphael Lemkin, apparaît davantage comme une ruse argumentative que comme une démonstration (p. 77-78). Si l’on veut aborder le problème d’un point de vue historique, il faut se résigner, comme le suggère Jacques Sémelin, à « se dégager du droit » et à analyser ce qu’on appelle habituellement génocide comme « un processus organisé de destruction des civils, visant à la fois les personnes et leurs biens  ». Or, on peut douter, en adoptant cette perspective, que les différentes vagues d’expulsion des juifs et des musulmans mises en oeuvre à partir de 1492 fussent un génocide. Il restait pour eux une alternative, la conversion, ouvrant certes la voie aux discriminations et aux persécutions, mais pas à l’extermination systématique. Sur ce point convergent aussi les critiques les plus bénévoles et admiratifs de l’oeuvre de Netanyahu comme Henry Kamen, pour lequel la référence à l’« impulsion génocidaire » des monarques espagnols serait « une réaction émotionnelle » de l’historien israélien plutôt qu’un « point de vue historique argumenté  ». Ángel Alcalá cite d’ailleurs une lettre de Netanyahu lui-même dans laquelle ce dernier précise n’avoir jamais voulu soutenir la thèse d’un projet d’extermination systématique des convertis . Sur ce point, la lecture de The Origins of Inquisitionque propose Stallaert semble quelque peu forcée.



Comparer l’incomparable



Les historiens qui ont établi un parallèle entre l’antisémitisme nazi et le racisme de l’Inquisition espagnole ont constaté des affinités phénoménologiques, pas des homologies. Yerushalmi insiste particulièrement sur cet aspect : « Quoiqu’obsessionnel et fondé sur des arguments théoriques, le racisme qui sous-tendait les statuts de pureté de sang n’avait pas les prétentions totalisantes des idéologies modernes. L’Inquisition, en dépit de tous ses excès, n’était pas la Gestapo ; les antisémites espagnols et portugais n’étaient pas des nazis. Point de génocide ici. Les théoriciens les plus virulents de la limpieza ne prêchèrent jamais l’extermination physique des nouveaux-chrétiens, au pire leur expulsion … » Selon Yerushalmi, les nazis ne devaient rien à leurs ancêtres ibériques, dont les pratiques racistes et antisémites n’étaient pas pour eux une source inspiratrice. Stallaert est bien obligée de le reconnaître, en suggérant à ce propos l’idée d’une rencontre ratée (un (des)encuentro historico)(p. 373). Hitler était partagé, vis-à-vis de l’Espagne, entre l’admiration et le mépris : l’admiration pour un empire qui avait rayonné dans le passé et qui avait été capable d’expulser ses ennemis au moment de son essor ; le mépris pour les colonisateurs du Nouveau Monde, qui avaient bâti un gigantesque melting pot à l’échelle d’un continent. Dans Mein Kampf, il faisait l’éloge de la colonisation anglo-saxonne qui avait débouché sur l’extermination quasi totale des indigènes et sur l’installation d’un système solide de ségrégation raciale. De son côté, Francisco Franco réaffirmait la nature religieuse et spirituelle de son antisémitisme, héritier d’une tradition castiza religieuse et complètement étranger au racisme biologique de son allié allemand. Quelques passerelles existaient néanmoins, sur le plan idéologique, entre le nazisme et le franquisme. Stallaert cite un passage de José Antonio Primo de Rivera, le fondateur de la Phalange, qui, en août 1936, peu avant sa mort, attribuait un caractère racial au combat contre la République, l’incarnation de l’anti-España; un combat dans lequel il percevait les traces du conflit entre les Germains et les Berbères et le renouveau de la croisade des catholiques contre les juifs et les moriscos(p. 389). Bref, incapable de saisir la dimension völkisch du national-catholicisme espagnol, le nazisme ne pouvait pas reconnaître en ce dernier « une variante de ses propres concepts ethnicistes » (p. 386). Stallaert aurait pu citer aussi un contemporain allemand du fondateur de la Phalange, Carl Schmitt, idéologue du nazisme et grand admirateur de l’Espagne national-catholique, théoricien du concept de « grand espace » (Grossraum) et partisan d’un antisémitisme spiritualiste et culturel. Mais l’exemple de Schmitt permet justement de fixer les limites de la comparaison : ses conceptions pouvaient apporter une caution aux lois de Nuremberg et même au pangermanisme le plus radical, mais elles ne constituaient pas une base suffisante pour élaborer un plan d’extermination systématique des Juifs. Son antisémitisme de matrice catholique ne prenait pas une coloration génocidaire .



Sur le plan idéologique, le nazisme était un mélange singulier des contre-Lumières et de la contre-révolution avec le culte de la technique moderne, l’eugénisme et le racisme biologique. Il partageait avec le franquisme les deux premières composantes de ce mélange, pas les autres. Dans sa croisade contre l’anti-España, le franquisme pouvait « racialiser » l’ennemi (le « rouge », le Juif, l’infidèle), mais sa violence éradicatrice avait l’ambition de restaurer l’« Espagne éternelle », en s’appuyant sur ses forces traditionnelles, pas de bâtir un État racial fondé sur des pratiques eugénistes d’euthanasie et de génocide. Il n’est pas inutile de rappeler que le seul projet authentiquement fasciste surgi en Espagne, celui de la première Phalange, se définissait idéologiquement comme une alternative au casticisme. Comme l’a brillamment montré Ismael Saz Campos, cependant, l’édification du régime franquiste impliquait une catholicisation de la Phalange et l’abandon de ses ambitions totalitaires, grâce à une métamorphose qui s’amorça dès la fin de la guerre civile. Née comme mouvement nationaliste et raciste résolument moderne, la Phalange se transforma en « gardienne de la Foi  ».



Dans ce sens, les critiques que Stallaert formule à l’égard de mon ouvrage La violence naziene semblent pas très probantes (p. 155-157 er p. 405) . Il est vrai que ma généalogie du nazisme remonte à l’Europe des Lumières et se focalise sur l’impérialisme du XIXe siècle, mais je pense qu’il aurait été abusif d’aller plus loin. C’est du colonialisme que l’Allemagne nazie a hérité des théories, un langage et un bagage d’expériences – une expertise du massacre planifié – qu’elle assumait consciemment, alors que l’idéologie et les pratiques de l’Espagne inquisitoriale n’eurent jamais pour elle un caractère paradigmatique. On ne peut pas établir une relation généalogique entre deux phénomènes qui, au-delà de leurs affinités, demeurent séparés, indépendants et dépourvus de liens directs. Aussi frappantes soient-elles, ces affinités ne tissent pas la trame d’une continuité historique.



Suivant la fructueuse indication méthodologique de Marcel Detienne, Stallaert veut « comparer l’incomparable  » ; là réside l’intérêt et l’originalité de sa démarche, mais pour que cette perspective soit fructueuse, il faut d’abord en reconnaître les limites. Stallaert est convaincante lorsqu’elle montre que les persécutions inquisitoriales (et le génocide des indigènes dans le Nouveau Monde) inscrivent à part entière l’Espagne dans l’histoire du racisme occidental, en lui attribuant même un rôle pionnier. Cela ne nous autorise pas pour autant à situer en Espagne les origines du nazisme.



Un obstacle supplémentaire à la comparaison entre le nazisme et le casticisme tient à l’écart de leurs durées, un écart qui rend pratiquement impossible un rapprochement diachronique. Nous sommes confrontés d’un côté à une expérience historique étalée sur toute une époque, à cheval sur plusieurs siècles ; de l’autre, à un régime qui a profondément marqué l’histoire du XXe siècle mais dont l’existence a été bien éphémère : il n’a vécu que douze ans. Si le génocide des juifs eut un caractère foudroyant, entre 1941 et 1945, celui des indigènes du Nouveau Monde se poursuivit pendant un siècle, en débouchant sur la christianisation et l’assimilation culturelle – ou plutôt sur une forme inédite de syncrétisme culturel – des survivants. À plusieurs siècles de distance, l’héritage de la conquête du Nouveau Monde est un continent métissé. L’utopie hitlérienne de la conquête de l’« espace vital » allemand, quant à elle, fut une parabole de courte durée, née dans l’euphorie de l’attaque de juin 1941 contre l’URSS et naufragée dans les souffrances de Stalingrad, en janvier 1943. Personne ne peut dire ce que serait devenue l’Europe si les plans hitlériens n’avaient pas échoué. Le nazisme s’est effondré dans un climat apocalyptique. Le casticisme et le national-catholicisme, en revanche, ont réalisé leur projet, puis se sont lentement éteints ; ils sont décédés de mort naturelle. L’Inquisition perd sa vigueur au XVIIIe siècle, puis se perpétue jusqu’au début du XIXe siècle ; le national-catholicisme s’épuise avec la longue agonie du franquisme, non sans laisser des traces dans la société et dans la culture politique espagnoles. Le résultat est que le nazisme occupe une place bien différente, au sein de la conscience historique européenne, que celle de l’Inquisition. Alors que la mémoire de l’Holocauste s’est transformée en « religion civile » du monde occidental, la conquête du Nouveau Monde n’a pas été commémorée, en 1992, comme un génocide, mais célébrée comme la « rencontre » entre deux civilisations.



Le franquisme s’est inscrit dans notre mémoire comme le plus tenace des fascismes. Stallaert va plus loin ; elle nous invite à l’étudier comme le dernier avatar d’une longue tradition qui fut le berceau du racisme en Europe. Ainsi, elle remet en cause le « code génétique » de l’Espagne et, au-delà, de l’Europe moderne. Ses thèses sont parfois outrancières et pas toujours convaincantes, mais le débat qu’elles suscitent est salutaire. Toute critique de son ouvrage devrait partir de la reconnaissance de ses mérites.





Enzo Traverso
Enzo Traverso est maître de conférences en sciences politiques à l'université de Picardie. Il est l'auteur, entre autres, de àƒâ‚¬ feu et à sang. De la guerre civile européenne, 1914-1945 ; Le Passé, mode d'emploi. Histoire, mémoire, politique; et La Violence nazie. Essai de généalogie historique. Articles de cet auteur dans les n ° 3, 4 et 6 de la RiLi : « Interpréter le fascisme», « Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert» et « Messianisme, orientalisme et Holocauste. Un bilan historique du sionisme».
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Pour citer cet article : Enzo Traverso , « Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=125
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Bruno Tackels, Walter Benjamin. Une vie dans les textes


Delphine Moreau - De qui se soucie-t-on ? Le care comme perspective politique

Hard Times. Histoires orales de la Grande Dépression (extrait 1: Clifford Burke)

Thomas Coutrot - La société civile à l’assaut du capital ?

Anselm Jappe - Avec Marx, contre le travail

à propos de
Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale
Isaac I. Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx


L'histoire du Quilt

Jacques Rancière - Critique de la critique du « spectacle »

Yves Citton - Michael Lucey, ou l'art de lire entre les lignes

à propos de
Michael Lucey, Les Ratés de la famille.


Wendy Brown - Souveraineté poreuse, démocratie murée

Marc Saint-Upéry - Y a-t-il une vie après le postmarxisme ?

à propos de
Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste


Razmig Keucheyan - Les mutations de la pensée critique

à propos de
Göran Therborn, From Marxism to Postmarxism?


Yves Citton et Frédéric Lordon - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
George A. Akerlof et Robert J. Shiller , Animal Spirits


Yves Citton - La crise, Keynes et les « esprits animaux »

à propos de
A. Akerlof et Robert J. Shiller, Animal Spirits
John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie


Version intégrale de : Le Hegel husserliannisé d’Axel Honneth. Réactualiser la philosophie hégélienne du droit

à propos de
Axel Honneth, Les pathologies de la liberté. Une réactualisation de la philosophie du droit de Hegel


Caroline Douki - No Man’s Langue. Vie et mort de la lingua franca méditerranéenne

à propos de
Jocelyne Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerrannée


Pierre Rousset - Au temps de la première altermondialisation. Anarchistes et militants anticoloniaux à la fin du xixe siècle

à propos de
Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte


Yves Citton - Démontage de l’Université, guerre des évaluations et luttes de classes

à propos de
Christopher Newfield, Unmaking the Public University
Guillaume Sibertin-Blanc et Stéphane Legrand, Esquisse d’une contribution à la critique de l’économie des savoirs
Oskar Negt, L’Espace public oppositionnel


Christopher Newfield - L’Université et la revanche des «élites» aux États-Unis

Antonella Corsani, Sophie Poirot-Delpech, Kamel Tafer et Bernard Paulré - Le conflit des universités (janvier 2009 - ?)

Judith Revel - « N’oubliez pas d’inventer votre vie »

à propos de
Michel Foucault, Le Courage de la vérité, t. II, Le gouvernement de soi et des autres


Naomi Klein - Ca suffit : il est temps de boycotter Israël

Henry Siegman - Les mensonges d'Israël

Enzo Traverso - Le siècle de Hobsbawm

à propos de
Eric J. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes. Histoire du court XXe siècle (1914-1991)


Yves Citton - La pharmacie d'Isabelle Stengers : politiques de l'expérimentation collective

à propos de
Isabelle Stengers, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient


Isabelle Stengers - Fabriquer de l'espoir au bord du gouffre

à propos de
Donna Haraway,


Serge Audier - Walter Lippmann et les origines du néolibéralisme

à propos de
Walter Lippmann, Le Public fantôme
Pierre Dardot et Christian Laval, La Nouvelle Raison du monde. Essai sur la société néolibérale


Nancy Fraser - La justice mondiale et le renouveau de la tradition de la théorie critique

Mathieu Dosse - L’acte de traduction

à propos de
Antoine Berman, L’Âge de la traduction. « La tâche du traducteur » de Walter Benjamin, un commentaire


Daniel Bensaïd - Sur le Nouveau Parti Anticapitaliste

à propos de
Jérôme Vidal, « Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA », RiLi n°9


Iconographie (légende)

La RiLi a toutes ses dents !

Yves Citton - La passion des catastrophes

Marielle Macé - La critique est un sport de combat

David Harvey - Le droit à la ville

Grégory Salle - Dérives buissonières au pays du dedans

Bibliographies commentées: "L'étude des camps" et "Frontière, citoyenneté et migrations"

Jérôme Vidal PS - Le Nouveau Parti Anticapitaliste, un Nouveau Parti Socialiste ? Questions à Daniel Bensaïd à la veille de la fondation du NPA

Marc Saint-Upéry - Amérique latine : deux ou trois mondes à découvrir

à propos de
Georges Couffignal (dir.), Amérique latine. Mondialisation : le politique, l’économique, le religieux
Franck Gaudichaud (dir.), Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme en Amérique latine
Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions. Evo Morales et la gauche au pouvoir en Bolivie
Guy Bajoit, François Houtart et Bernard Duterme, Amérique latine : à gauche toute ?


Bibliographie indicative sur l'Amérique latine: Néoprantestatisme, Migrations, Revues, et Biographies présidentielles

Peter Hallward - Tout est possible

L’anthropologie sauvage

Le Comité un_visible

Thomas Boivin - Le Bédef ou l’art de se faire passer pour un petit.

Frédéric Lordon - Finance : La société prise en otage

Mahmood Mamdani - Darfour, Cour pénale internationale: Le nouvel ordre humanitaire

André Tosel - Penser le contemporain (2) Le système historico-politique de Marcel Gauchet.Du schématisme à l’incertitude

à propos de
Marcel Gauchet, L’Avènement de la démocratie, tomes I et II


« Nous sommes la gauche »

André Tosel - Article en version intégrale. Le système historico-politique de Marcel Gauchet : du schématisme a l’incertitude.

à propos de
Marcel Gauchet,


Paul-André Claudel - Les chiffonniers du passé. Pour une approche archéologique des phénomènes littéraires

à propos de
Laurent Olivier, Le Sombre Abîme du temps. Mémoire et archéologie


Nous ne sommes pas des modèles d’intégration

Claire Saint-Germain - Le double discours de la réforme de l’école

Yann Moulier Boutang - Le prisme de la crise des subprimes :la seconde mort de Milton Friedman

Giuseppe Cocco - Le laboratoire sud-américain

à propos de
Marc Saint-Upéry, Le Rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines


Emir Sader - Construire une nouvelle hégémonie

Maurizio Lazzarato - Mai 68, la « critique artiste » et la révolution néolibérale

à propos de
Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel Esprit du capitalisme


Carl Henrik Fredriksson - La re-transnationalisation de la critique littéraire

Harry Harootunian - Surplus d’histoires, excès de mémoires

à propos de
Enzo Traverso, Le Passé, modes d’emploi. Histoire, mémoire, politique


Stephen Bouquin - La contestation de l’ordre usinier ou les voies de la politique ouvrière

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Jérôme Vidal - La compagnie des Wright

Nicolas Hatzfeld, Xavier Vigna, Kristin Ross, Antoine Artous, Patrick Silberstein et Didier Epsztajn - Mai 68 : le débat continue

à propos de
Xavier Vigna, « Clio contre Carvalho. L’historiographie de 68 », publié dans la RILI n° 5


Nicolas Hatzfeld - L’insubordination ouvrière, un incontournable des années 68

à propos de
Xavier Vigna, L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines


Thierry Labica - L’Inde, ou l’utopie réactionnaire

à propos de
Roland Lardinois, L’Invention de l’Inde. Entre ésotérisme et science


Christophe Montaucieux - Les filles voilées peuvent-elles parler ?

à propos de
Ismahane Chouder, Malika Latrèche et Pierre Tevanian, Les Filles voilées parlent


Yves Citton et Philip Watts - gillesdeleuzerolandbarthes.

à propos de
Les cours de Gilles Deleuze en ligne
François Dosse, Gillesdeleuzefélixguattari. Biographie croisée
Roland Barthes, Le Discours amoureux. Séminaire de l’École pratique des hautes études


Journal d’Orville Wright, 1902 / 1903

Yves Citton - Il faut défendre la société littéraire

à propos de
Jacques Bouveresse, La Connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité et la vie
Tzvetan Todorov, La Littérature en péril
Pierre Piret (éd.), La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique. Réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes
Emmanuel Le Roy Ladurie, Jacques Berchtold & Jean-Paul Sermain, L’Événement climatique et ses représentations (xviie – xixe siècles)


Marc Escola - Voir de loin. Extension du domaine de l'histoire littéraire

à propos de
Franco Moretti, Graphes, cartes et arbres. Modèles abstraits pour une autre histoire de la littérature


Xavier Vigna - Clio contre Carvalho. L'historiographie de 68

à propos de
Antoine Artous, Didier Epstajn et Patrick Silberstein (coord.), La France des années 68
Serge Audier, La Pensée anti-68
Philippe Artières et Michelle Zancarini-Fournel (dir.), 68, une histoire collective
Dominique Damamme, Boris Gobille, Frédérique Matonti et Bernard Pudal, Mai-juin 68


Peter Hallward - L'hypothèse communiste d'Alain Badiou

à propos de
Alain Badiou, De Quoi Sarkozy est-il le nom ? Circonstances, 4


François Cusset - Le champ postcolonial et l'épouvantail postmoderne

à propos de
Jean-Loup Amselle, L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes


Warren Montag - Sémites, ou la fiction de l’Autre

à propos de
Gil Anidjar, Semites : Race, Religion, Literature


Alain de Libera - Landerneau terre d'Islam

Frédéric Neyrat - Géo-critique du capitalisme

à propos de
David Harvey, Géographie de la domination


Les « temps nouveaux », le populisme autoritaire et l’avenir de la gauche. Détour par la Grande-Bretagne

à propos de
Stuart Hall, Le Populisme autoritaire. Puissance de la droite et impuissance de la gauche au temps du thatchérisme et du blairisme


Artistes invités dans ce numéro

Elsa Dorlin - Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste

à propos de
Donna Haraway, Manifeste cyborg et autres essais


François Héran - Les raisons du sex-ratio

à propos de
Éric Brian et Marie Jaisson, Le Sexisme de la première heure :


Michael Hardt - La violence du capital

à propos de
Naomi Klein, The Shock Doctrine


Giorgio Agamben et Andrea Cortellessa - Le gouvernement de l'insécurité

Cécile Vidal - La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

à propos de
John H. Elliott, Empires of the Atlantic World
John H. Elliott, Imperios del mundo atlántico


Antonio Mendes - A bord des Négriers

à propos de
Marcus Rediker, The Slave Ship. A Human History


Nicolas Hatzfeld - 30 ans d'usine

à propos de
Marcel Durand, Grain de sable sous capot. Résistance et contre-culture ouvrière


Charlotte Nordmann - La philosophie à l'épreuve de la sociologie

à propos de
Louis Pinto, La vocation et le métier de philosophe


Enzo Traverso - Allemagne nazie et Espagne inquisitoriale. Le comparatisme historique de Christiane Stallaert

à propos de
Christiane Stallaert, Ni Una Gota De Sangre Impura


Stéphane Chaudier - Proust et l'antisémitisme

à propos de
Alessandro Piperno, Proust antijuif


Artistes invités dans ce numéro

Enzo Traverso - Interpréter le fascisme

à propos de
George L. Mosse, Zeev Sternhell, Emilio Gentile,


Guillermina Seri - Terreur, réconciliation et rédemption : politiques de la mémoire en Argentine

Daniel Bensaïd - Et si on arrêtait tout ? "L'illusion sociale" de John Holloway et de Richard Day

à propos de
John Holloway, Changer le monde sans prendre le pouvoir
Richard Day, Gramsci is dead


Chantal Mouffe - Antagonisme et hégémonie. La démocratie radicale contre le consensus néolibéral

Slavoj Zizek - La colère, le ressentiment et l’acte

à propos de
Peter Sloterdijk, Colère et Temps


Isabelle Garo - Entre démocratie sauvage et barbarie marchande

Catherine Deschamps - Réflexions sur la condition prostituée

à propos de
Lilian Mathieu, La Condition prostituée


Yves Citton - Pourquoi punir ? Utilitarisme, déterminisme et pénalité (Bentham ou Spinoza)

à propos de
Xavier Bébin, Pourquoi punir ?


Jérôme Vidal - Les formes obscures de la politique, retour sur les émeutes de novembre 2005

à propos de
Gérard Mauger, L’Émeute de novembre 2005 : une révolte protopolitique


Artistes invités dans ce numéro

Judith Butler - « Je suis l’une des leurs, voilà tout » : Hannah Arendt, les Juifs et les sans-état

à propos de
Hannah Arendt, The Jewish Writings


Christian Laval - Penser le néolibéralisme

à propos de
Wendy Brown, Les Habits neufs de la politique mondiale


Yves Citton - Projectiles pour une politique postradicale

à propos de
Bernard Aspe, L’Instant d’après. Projectiles pour une politique à l’état naissant
David Vercauteren, Micropolitiques des groupes. Pour une écologie des pratiques collectives


Philippe Pignarre - Au nom de la science

à propos de
Sonia Shah , Cobayes humains


Jérôme Vidal - Gérard Noiriel et la République des « intellectuels »

à propos de
Gérard Noiriel, Les Fils maudits de la République


Marc Escola - Les fables théoriques de Stanley Fish

à propos de
Stanley Fish, Quand lire c’est faire, L’autorité des communautés interprétatives


Artistes invités dans ce numéro

Philippe Minard - Face au détournement de l’histoire

à propos de
Jack Goody, The Theft of History


Vive la pensée vive !

Yves Citton - Éditer un roman qui n’existe pas

à propos de
Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse


Frédéric Neyrat - à l’ombre des minorités séditieuses

à propos de
Arjun Appadurai, Géographie de la colère : La violence à l’âge de la globalisation


Frédéric Neyrat - Avatars du mobile explosif

à propos de
Mike Davis, Petite histoire de la voiture piégée


Thierry Labica et Fredric Jameson - Le grand récit de la postmodernité

à propos de
Fredric Jameson, Le Postmodernisme ou la logique culturelle du capitalisme tardif
Fredric Jameson, La Totalité comme complot


Alberto Toscano - L’anti-anti-totalitarisme

à propos de
Michael Scott Christofferson, French Intellectuals Against the Left


Jérôme Vidal - Silence, on vote : les «intellectuels» et le Parti socialiste

Artistes invités dans ce numéro