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La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle

A propos de John H. Elliott, Empires of the Atlantic World: Britain and Spain in America 1492-1830 et de Imperios del mundo atlántico. España y Gran Bretaña en América, 1492-1830

par Cécile Vidal

à propos de

John H. Elliott

Empires of the Atlantic World

Britain and Spain in America 1492-1830

John H. Elliott

Imperios del mundo atlántico

En quelques années, l’histoire atlantique, dans sa diversité, a réussi à imposer son objet et la légitimité de ses cadres d’analyses. La sortie du livre de John Elliott, Empires of the Atlantic World : Britain and Spain in America 1492-1830 est l’occasion pour Cécile Vidal d’opérer un retour sur les problématiques et les lignes de clivage qui rendent ce champ de recherche si fécond et dynamique.





En histoire comme dans les autres sciences humaines et sociales, il est rare qu’un nouveau paradigme parvienne à se diffuser et à transformer le domaine pour lequel il propose une nouvelle grille de lecture de manière fulgurante. Aussi est-ce avec un certain ébahissement que l’on a pu observer la rapidité avec laquelle la nouvelle histoire atlantique s’est imposée aux États-Unis en une quinzaine d’années. Même si ce nouveau courant historiographique a des racines lointaines et des origines multiples, sa formulation, sa structuration et sa médiatisation en tant que champ historique à part entière doivent être reliées à l’organisation d’un séminaire d’histoire atlantique sous l’égide de Bernard Bailyn, l’une des grandes figures de l’histoire coloniale nord-américaine, à l’université d’Harvard. Depuis 1995, grâce au soutien de la Andrew W. Mellon Foundation, cette prestigieuse université américaine réunit chaque année un groupe différent de jeunes historiens, originaires en majorité des États-Unis mais aussi du reste du monde et qui sont en train de rédiger ou viennent d’achever leur thèse, autour d’un thème particulier relatif à l’histoire du monde atlantique . Le choix de se concentrer principalement sur les doctorants et les jeunes docteurs – plus de 250 au total au cours de la première décennie du séminaire – à la recherche d’un premier emploi et sur le point de rédiger leur premier livre, pour lesquels le patronage de Bernard Bailyn n’est pas sans importance, explique certainement en grande partie la vitesse avec laquelle la nouvelle histoire atlantique s’est répandue.



Non seulement les travaux tant empiriques que théoriques, les manifestations scientifiques et les publications relevant de ce nouveau courant historiographique se sont multipliés, mais celui-ci s’est aussi très rapidement institutionnalisé : les cours sur le sujet sont devenus communs au niveau undergraduate et un premier textbook ou manuel vient de paraître ; certaines universités ont créé des chaires et développé de véritables programmes d’enseignement et de recherche en histoire atlantique à destination des étudiants en master et des doctorants ; plusieurs collections spécialisées et des prix récompensant les meilleurs ouvrages dans le domaine sont apparus ; enfin, une liste de diffusion et de discussion sur internet (H-Atlantic) a été mise en place. Cette institutionnalisation presque immédiate témoigne de l’extrême réactivité et souplesse des grandes universités américaines qui, en compétition les unes avec les autres, font la course à l’innovation et à l’excellence et sont extrêmement soucieuses d’adapter les cadres de la recherche et d’offrir des enseignements reflétant les tendances les plus récentes et les plus dynamiques de celle-ci, alors que l’inertie et la lenteur constituent souvent la seule réponse à l’émergence de nouveaux questionnements dans les universités françaises et européennes. Dans le contexte états-unien, le risque est, toutefois, la multiplication des modes intellectuelles auxquelles il est difficile de résister. L’histoire atlantique n’a pas échappé à ce travers, comme le révèle l’affirmation péremptoire de David Armitage qui déclarait dès 2002 : « Nous sommes tous des atlanticistes – du moins peut-on avoir cette impression au vu de l’intérêt croissant manifesté par les historiens d’Amérique du Nord et du Sud, des Caraïbes, d’Afrique et d’Europe de l’Ouest pour l’Atlantique et le monde atlantique comme objets d’étude . » De fait, la plupart des spécialistes états-uniens de ces aires culturelles se sentent dorénavant contraints d’adhérer au nouveau paradigme et de se positionner dans le champ, s’ils veulent obtenir poste, financement et considération, même s’ils se contentent parfois d’inclure l’expression « monde atlantique » dans les titres de leurs publications. Les prétentions hégémoniques de la nouvelle histoire atlantique et la façon dont elle est en voie de phagocyter totalement l’histoire coloniale de l’Amérique du Nord n’ont donc pas manqué d’entraîner des réticences et des discussions. Certes, le concept de monde atlantique et la manière dont se développe l’histoire afférente ne sont pas sans poser problème, mais toute critique ne doit pas pour autant conduire à invalider et à discréditer totalement le paradigme atlantique. S’il ne faut certainement pas attendre de celui-ci qu’il résolve toutes les questions, il n’en reste pas moins que l’histoire atlantique ouvre des perspectives nouvelles et prometteuses.



Sortir des cadres nationaux et impériaux de l’histoire



Quel est donc ce paradigme qui suscite globalement plus d’intérêt et d’enthousiasme que de critiques ? Comme l’a très bien mis en évidence Nicholas Canny, la nouvelle histoire atlantique découle, à l’origine, d’une reconfiguration de l’histoire coloniale de l’Amérique britannique . Au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe, la période coloniale était étudiée aux États-Unis principalement dans une perspective téléologique afin d’expliquer la Révolution et l’Indépendance américaines. Puis, sous l’effet de l’émergence de la nouvelle histoire sociale à partir des années 1960, les travaux sur les Treize Colonies se sont multipliés et ont commencé à ne plus être considérés comme de simples prolégomènes à l’histoire états-unienne. Trente ans plus tard, la nouvelle histoire atlantique représente une étape supplémentaire dans la remise en cause de l’exceptionnalisme américain et dans l’émancipation de l’histoire coloniale par rapport à l’histoire nationale. Elle se rattache en effet à l’histoire transnationale en plein essor aux États-Unis et représente, selon la définition d’Alison Games, une forme de world history appliquée à un espace et à une époque particuliers . En postulant que le monde atlantique constitue une unité d’analyse historique au sein de laquelle doivent être étudiées de manière privilégiée les relations transnationales et transimpériales entre les sociétés bordant l’océan Atlantique parce que celles-ci furent largement influencées et transformées par ces échanges, cette nouvelle histoire remet en cause les cadres nationaux et impériaux dans lesquels s’est pendant longtemps structurée l’histoire coloniale des Amériques. Elle participe donc au décloisonnement des historiographies relatives à l’Europe de l’Ouest, à l’Afrique et aux Amériques britannique, française, espagnole et portugaise, qui jusqu’à récemment se développaient, et continuent dans une large mesure à se développer, de manière indépendante. À une perspective diachronique a donc succédé une perspective synchronique : l’Amérique du Nord de la période coloniale n’est plus étudiée aux États-Unis en fonction des siècles ultérieurs, mais en relation et en comparaison avec les autres régions du monde atlantique à la même époque.



Malgré les importants efforts déjà réalisés pour définir de manière précise l’objet et les méthodes de la nouvelle histoire atlantique , les travaux qui s’en réclament se distinguent par leur très grande diversité et par la variété de leurs approches, ce qui contribue à obscurcir le débat sur le paradigme atlantique. Dans un souci de clarification, David Armitage a proposé une typologie des différentes manières de faire cette nouvelle histoire. Il appelle « Circum-Atlantic history » l’étude des échanges et connexions transnationales au sein du monde atlantique, « Cis-Atlantic history » celle d’une région particulière et de ses relations avec le reste du monde atlantique et enfin « Trans-Atlantic history » l’histoire comparée de différentes régions du monde atlantique . Cette classification est certes très utile, mais elle ne permet pas de rendre compte des divergences importantes entre les praticiens de l’histoire atlantique. La plupart s’accorde sur le fait que le paradigme au fondement de celle-ci consiste à considérer que les relations de toutes sortes animant l’espace atlantique jouèrent un rôle fondamental dans l’évolution des sociétés de part et d’autre de l’océan éponyme et donc que l’histoire atlantique « s’attache à expliquer les transformations, les expériences et les événements qui se déroulent à un endroit en fonction de conditions qui dérivent de sa situation dans un monde vaste, multiple et interconnecté . » Néanmoins, aucun consensus n’existe, bien sûr, sur les facteurs et les acteurs qui influèrent de manière déterminante sur ces sociétés, ni sur les modalités selon lesquelles celles-ci furent affectées et transformées par leurs relations avec le reste du monde atlantique ou par les circonstances locales, comme en témoigne la lecture que l’on peut faire de l’ouvrage de John Elliott, Empires of the Atlantic World: Britain and Spain in America 1492-1830.



Celui-ci appartient clairement à la troisième branche de l’histoire atlantique. Jusqu’alors, l’appel lancé en 1932 par Herbert Bolton, en tant que président de l’American Historical Association, en faveur d’une histoire comparée des Amériques à l’échelle hémisphérique avait été suivi de peu d’effets . Cela peut sembler paradoxal puisque l’histoire de l’esclavage au Nouveau Monde est l’un des champs historiques qui a été le plus précocement comparatif – dès 1947 paraissait ainsi l’ouvrage de Franck Tannenbaum – et qui le reste jusqu’à aujourd’hui. Cette démarche n’a cependant été que très peu étendue à l’étude de la colonisation et des sociétés coloniales. Il est vrai que la nécessaire maîtrise de plusieurs vastes historiographies rend une telle entreprise extrêmement périlleuse, en particulier pour un historien isolé. On ne peut donc qu’admirer la très grande ambition et érudition du livre de John Elliott qui compare les empires espagnol et britannique en Amérique. Le choix de cantonner la comparaison à ces deux empires s’explique en partie par le parcours professionnel de l’auteur. D’origine britannique, John Elliott est en effet un éminent historien moderniste, spécialiste de la Monarchie catholique , qui, après avoir enseigné de longues années à Princeton, a achevé sa carrière universitaire à Oxford. Peut-être a-t-il aussi été influencé par une certaine inclination des historiens états-uniens à privilégier cette comparaison au détriment de celle avec les empires portugais, français et hollandais : s’il faut abandonner l’exceptionnalisme américain et comparer les Treize Colonies à un autre empire, autant que cela soit avec le plus ancien et le plus vaste, qui s’étendait d’ailleurs sur une large partie du territoire actuel des États-Unis, dont les richesses minières fabuleuses ont fait rêver tous les Européens de la période moderne, qui a servi de modèle, attractif et répulsif, à toutes les entreprises coloniales concurrentes au Nouveau Monde, et qui enfin a subsisté le plus longtemps. Cet intérêt privilégié pour la comparaison entre Amériques britannique et espagnole s’explique aussi certainement par le désir de répondre à l’intrigante question des parcours divergents pris par ces empires après les indépendances et de l’inversion de leur position au sein de la géopolitique mondiale.



Renouveler l’histoire de la colonisation : comparer les empires



Ce faisant, l’entreprise de John Elliott peut apparaître comme quelque peu provocatrice puisqu’elle remet au coeur du monde atlantique la notion d’empire à un moment où, à l’instar d’Alison Games, certains « atlanticistes » prônent une histoire atlantique « débarrassée de toute perspective impériale . » Déjà, en 2005, Carole Shammas, dans son introduction à The Creation of the British Atlantic World, soulignait que la nouvelle histoire atlantique pouvait être suspectée de ne consister qu’en une remise au goût du jour de la vieille Imperial school de l’historiographie états-unienne . Il est vrai que, de manière paradoxale, elle a surtout adopté une perspective nationale et impériale et a pris la forme jusqu’à présent d’histoires distinctes des Atlantiques britannique, ibérique, français, etc. (de ce point de vue la comparaison entre deux empires que fait John Elliott constitue une avancée et une innovation fondamentale). Certes, l’Atlantique français, par exemple, ne se confondait pas avec l’Empire français, puisque les entreprises commerciales des négociants français au sein du monde atlantique n’étaient pas cantonnées aux comptoirs et colonies françaises, et qu’un Atlantique français reconfiguré survécut à la quasi-disparition de l’Empire français en Amérique après les cessions du traité de Paris en 1763 et l’indépendance de Saint-Domingue-Haïti en 1804. La tendance est cependant à la confusion des termes « Empire » et « Atlantique », qui sont trop souvent utilisés de manière interchangeable, bien qu’il semble impératif de davantage réfléchir à la différence entre les deux concepts. Le terme « Atlantique », dans les expressions « Atlantique français », « Atlantique noir » ou encore « Atlantique catholique », désigne en effet un espace ou réseau de relations, une configuration particulière d’échanges et d’interconnexions au sein du monde atlantique qui ne correspondaient que partiellement ou même transgressaient totalement les frontières impériales. Il reste que, dans le cas français, l’adoption d’une perspective atlantique et/ou impériale pour contester ou au contraire affirmer l’existence d’un véritable Empire français au sein du monde atlantique est très féconde et contribue à renouveler les études sur la colonisation française de la période moderne, alors que jusqu’à récemment les spécialistes du Canada, de la Louisiane et des Antilles françaises s’ignoraient la plupart du temps . En outre, comme l’a souligné John Elliott lui-même, si certaines thématiques (les migrations volontaires, la traite et l’esclavage) se prêtent particulièrement à un traitement panatlantique, d’autres (le pouvoir impérial, le commerce bilatéral, la construction des concepts de race, de classe et de genre) appellent des cadres nationaux et impériaux. Le monde atlantique connaissait en effet simultanément des tendances contradictoires à l’intégration et à la fragmentation, notamment en fonction de clivages impériaux . C’est pourquoi les études atlantiques gagneraient certainement beaucoup à combiner plus étroitement une perspective transimpériale et impériale.



Contrairement à la vieille histoire impériale qui était écrite du seul point de vue de la métropole, l’ouvrage de John Elliott est bien plus centré sur les sociétés coloniales américaines. Tous les effets de retour et les multiples influences qu’exercèrent les colonies sur les métropoles, tant dans les domaines politique et économique que socioculturel, ne sont presque jamais traités, quand bien même ces phénomènes auraient pu contribuer à expliquer les politiques impériales. Cela peut paraître étonnant dans la mesure où le développement de la nouvelle histoire atlantique aux États-Unis trouve une de ses origines dans le rapprochement opéré entre historiens britanniques et américains grâce au recrutement de nombreux historiens originaires de Grande-Bretagne dans les universités de l’Ivy League (John Elliott étant lui-même un exemple de ce phénomène) . Or, l’histoire britannique, sous l’impulsion initiale de J. G. A. Pocock, a pris de plus en plus une dimension impériale et intègre dans ses études l’ensemble de l’archipel des îles britanniques au nord-ouest de l’Europe, ainsi que les territoires extra-européens de l’Empire et du Commonwealth britannique . Dans ce contexte, de nombreux historiens ont démontré que la société, la culture et l’économie britannique ne peuvent être comprises sans tenir compte de l’Empire et que celui-ci avait en particulier joué un rôle croissant et déterminant dans la définition de l’identité nationale britannique aux XVIIIe et XIXe siècles . Dans cette perspective, John Elliott consacre de belles pages à l’adhésion des colons des Treize Colonies au nationalisme britannique en plein essor à partir des années 1740 et à l’affirmation de leur « Britishness », mais il ne s’intéresse pas à la manière dont la construction des catégories de race et de genre dans le contexte colonial et esclavagiste contribua à transformer les conceptions de l’identité nationale. Les travaux de Kathleen Wilson, par exemple, ont réussi à montrer la richesse d’une telle approche tout en mettant subrepticement en évidence l’une des limites de l’histoire atlantique . Certains historiens proposent en effet de promouvoir la world history plutôt que l’histoire atlantique parce que celle-ci tendrait à isoler l’espace atlantique du reste du monde et minimiserait le rôle des comptoirs et colonies dans l’océan Indien et dans le Pacifique .



Le livre de John Elliott comporte également très peu d’éléments sur les précédents coloniaux en Irlande, laquelle servit en quelque sorte de « laboratoire d’empire  », ou encore sur les milieux métropolitains impliqués dans ou préoccupés par l’entreprise coloniale américaine. Il n’aborde pas les nombreux débats métropolitains sur les projets impériaux concurrents et sur les conceptions divergentes que différents groupes avaient des relations que la métropole devait entretenir avec ses colonies, comme l’a bien souligné Steve Pincus. Selon cet historien européaniste, cette négligence est étroitement corrélée à la réponse finale que l’auteur apporte à la problématique au centre de son ouvrage . John Elliott cherche en effet à comparer le degré de cohésion des structures impériales de l’Espagne et de la Grande-Bretagne en Amérique. Il avance deux raisons à la faiblesse du contrôle impérial britannique. La première est l’absence de richesses minières à exploiter, ainsi que de larges populations amérindiennes à dominer et à intégrer ; la seconde réside dans les transformations politiques et sociales animant l’Angleterre des Stuarts. Il semble donc formuler une réponse nuancée à la question essentielle qu’il pose dans l’introduction : l’impact de la nature ou de la culture, le poids des circonstances locales ou du bagage culturel des colons, le rôle des facteurs internes ou externes dans la manière dont se forment et se développent les sociétés coloniales. Cependant, dans l’épilogue, il se prête à un exercice d’histoire fictionnelle en imaginant ce qu’il se serait passé si les Britanniques s’étaient emparés du Mexique et du Pérou à la place des Espagnols et conclut qu’ils auraient imposé eux aussi un strict contrôle impérial, ce qui laisse penser que les circonstances locales en Amérique primaient et que les événements métropolitains n’avaient aucune incidence . On peut toutefois objecter que les Français, qui se trouvaient exactement dans la même situation que les Britanniques en Amérique du Nord et aux Antilles, imposèrent un contrôle beaucoup plus étroit sur leurs colonies, leur système impérial se rapprochant en cela de celui des Espagnols.



Le second élément de différenciation des empires résidait, selon John Elliott, dans les fondements de leur unité : d’un côté, une uniformité administrative, judiciaire et religieuse dans le cas espagnol ; de l’autre, une culture politique et juridique commune à l’ensemble de l’Empire britannique. Cette notion de culture politique qui se trouve au coeur de l’ouvrage est fondamentale non seulement pour comprendre les voies différentes empruntées par les mouvements indépendantistes et les destinées ultérieures des anciens empires, mais aussi pour analyser les différences existant dans le fonctionnement des systèmes esclavagistes et des relations euro-amérindiennes au sein des différents empires. En fait, l’auteur, qui ne s’attarde pas longuement sur ces thématiques, semble adhérer, en ce qui concerne l’esclavage, à la thèse de Franck Tannenbaum et Stanley Elkins selon laquelle la loi et la religion rendaient les relations interethniques et interraciales beaucoup plus ouvertes et fluides en Amérique espagnole . Pourtant, depuis les années 1960-1970, cette thèse a largement été remise en cause et la plupart des historiens privilégie le matérialisme sur l’idéalisme, c’est-à-dire les facteurs démographiques et économiques sur les facteurs culturels pour expliquer les variations en la matière. Cependant, certains historiens et ethnohistoriens, tels que John D. Garrigus ou Gilles Havard, commencent maintenant à soutenir que les différences s’expliquent par une combinaison de tous ces facteurs et insistent sur l’importance de la culture politique des empires auxquels appartenaient les différentes sociétés coloniales .



La culture politique commune à l’ensemble des Treize Colonies unissait des sociétés qui différaient par ailleurs les unes des autres à maints égards. C’est la raison pour laquelle elles ont pendant longtemps été étudiées de manière séparée. Lorsque John Elliott choisit de considérer ensemble toutes les sociétés coloniales britanniques (et/ou espagnoles), il adopte la démarche intégratrice et inclusive de la nouvelle histoire atlantique. L’essor de ce nouveau courant historiographique constitue en effet également une réponse au sentiment d’éclatement du champ historique qui prévalait au sein de la communauté des historiens états-uniens dans les années 1980 et 1990. Tandis qu’on parlait de « crise de l’histoire » et d’« histoire en miettes » de ce côté-ci de l’Atlantique s’élevait aux États-Unis un concert de voix affirmant la « nécessité de synthèse » face à la fragmentation des études historiques . En histoire coloniale, celle-ci était le fruit de trois phénomènes. Respectant les frontières politiques de l’époque coloniale, les historiens de l’Amérique britannique se sont divisés en spécialistes de chacune des Treize Colonies. Ils se sont d’abord focalisés sur la Nouvelle-Angleterre, puis sur la Virginie, soit les deux colonies qui ont joué un rôle moteur dans la Révolution américaine et qui sont considérées comme étant à l’origine de l’identité américaine. Sous l’effet du multiculturalisme, leur intérêt s’est ensuite progressivement élargi aux colonies du Mid-Atlantic (New York, New Jersey et Pennsylvanie) et aux autres colonies du Sud. Ils ont également intégré dans leurs travaux non seulement les Antilles britanniques, mais aussi les colonies espagnoles et françaises situées sur le territoire actuel des États-Unis (Floride, Louisiane, Texas, Nouveau-Mexique, Californie). En outre, dans les années 1960-1980, l’étude des sociétés et cultures de l’Amérique britannique, influencée par le groupe de Cambridge et par l’école des Annales, a pris la forme privilégiée de monographies locales portant souvent sur de petites communautés à l’échelle d’une paroisse, d’un comté ou d’une ville. Enfin, sous cette même influence et suite à différents mouvements politiques et notamment au mouvement des droits civiques, les historiens états-uniens se sont mis de plus en plus à faire de l’histoire « from the bottom up » : ils ont commencé à s’intéresser aux classes populaires blanches, aux esclaves, aux Amérindiens et aux femmes. Or la multiplication des travaux sur les groupes « minoritaires » a encore contribué à cette tendance croissante au fractionnement et à l’hyper-spécialisation des études historiques . Après un premier effort de synthèse restreint à l’Amérique britannique , la nouvelle histoire atlantique remédie à ce risque de segmentation exponentielle en offrant un cadre interprétatif élargi, global et unifié, tout en intégrant les apports de l’histoire de la traite et de l’esclavage, de l’ethnohistoire et de l’histoire des femmes et du genre. Elle représente aussi une manière de faire de l’histoire qui se veut résolument multiculturelle, multiethnique et multiraciale, croisant les points de vue de tous les acteurs historiques, y compris des subalternes, sans pour autant minimiser les rapports de pouvoir et de domination au sein des sociétés coloniales américaines.



Élites blanches et Atlantique noir



Cette démarche prévaut non seulement à l’échelle hémisphérique, mais elle est aussi étendue à l’ensemble du monde atlantique. Si les tenants de l’histoire atlantique soulignent que ce sont les Européens qui sont à l’origine de la formation et de l’intégration croissante d’un monde atlantique entre le XVe et le XIXe siècle, ils sont nombreux à insister maintenant sur le fait que les Amérindiens et les Africains jouèrent également un rôle essentiel dans ce phénomène. Une telle position n’a, cependant, pas toujours été défendue, ce dont témoignent les généalogies multiples de l’histoire atlantique. En fait, celle-ci a commencé à se développer dans les années 1940-1950 dans le contexte de la seconde guerre mondiale, de l’alliance anglo-américaine et de la charte de l’Atlantique, puis de la guerre froide et de la création de l’OTAN. Les historiens se focalisaient alors sur « l’Atlantique blanc » et parlaient de « civilisation », de « culture » et de « communauté atlantique ». C’est durant cette période que Robert Palmer et Jacques Godechot ont élaboré le concept de « révolution atlantique » qui s’appliquait uniquement aux Révolutions américaine et française et n’incluait pas la Révolution haïtienne . À la même époque, sur le modèle braudelien, d’autres universitaires européens, tels que Pierre Chaunu avec son ouvrage monumental sur Séville et l’Atlantique, mettaient en avant les notions d’« espace » et d’« économie atlantique » . L’historien français élargissait de la sorte l’Atlantique des Européens du nord-ouest à celui des Ibériques, tout en demeurant dans le cadre d’un « Atlantique blanc ».



Une seconde impulsion au développement et à la transformation de l’histoire atlantique fut l’essor, à partir des années 1970, des travaux sur la traite, l’esclavage et la diaspora noire. La Johns Hopkins University participa de manière décisive à ce mouvement grâce à son Program in Atlantic History and Culture, fondé en 1971-1972 sous la houlette de Jack Greene, l’autre grande figure de l’histoire coloniale nord-américaine . Fruits de deux décennies de recherche, deux ouvrages paraissaient au début des années 1990 qui allaient jouer un rôle fondamental dans la prise en compte plus systématique de l’Afrique et des Africains au sein de l’histoire atlantique : le livre pionnier de John Thornton et celui de Paul Gilroy qui formula et popularisa le concept d’« Atlantique noir » . La nouvelle histoire atlantique, telle qu’elle émerge dans les années 1990, constitue donc une synthèse et une reconceptualisation de ces différentes histoires atlantiques. L’accent mis sur les empires et Atlantiques britannique, espagnol, français, etc. tend toutefois à perpétuer la prédominance de l’« Atlantique blanc » qui impose son cadre d’analyse à l’ensemble des études atlantiques, alors que, comme le soulignent de plus en plus de nombreux auteurs, il existait en réalité plusieurs Atlantiques « façonnés par la position, les expériences et la perspective de chaque individu » et de chaque groupe . À propos de l’ouvrage de David Armitage et de Michael J. Braddick, Kathleen Wilson écrivait ainsi : « nous avons encore à repenser l’histoire atlantique britannique en fonction des chronologies, des croyances et des pratiques éminemment divergentes des Créoles ou des non-Européens qui le peuplaient aussi. C’est une tâche de la première importance si l’on ne veut pas que l’histoire atlantique britannique se réduise à une simple variante de l’histoire impériale, ancienne ou nouvelle mode . »



À cet égard, John Elliott a fait un choix différent puisque l’emphase est mise sur les élites coloniales blanches au détriment du reste de la population blanche, des Indiens, des castas et des esclaves d’origine africaine, bien que l’ouvrage soit informé par la littérature la plus récente sur ces groupes et qu’il aborde ponctuellement la question des relations interethniques et interraciales. L’auteur justifie ce parti pris dans l’introduction en affirmant que ce qui l’intéresse en premier lieu c’est « le développement des sociétés coloniales et leurs relations avec leurs mères patries », tout en reconnaissant que les sociétés coloniales étaient également façonnées par les interactions constantes entre populations européennes et non européennes. On peut pourtant penser que le caractère multiethnique des sociétés coloniales et leur dépendance envers l’esclavage ou le travail forcé des populations non européennes influençaient également de manière considérable leurs rapports à la métropole. En outre, les Blancs ou ceux qui passaient pour blancs n’étaient pas les seuls à entretenir une relation particulière avec la métropole, comme en témoignent les cas emblématiques d’Olaudah Equiano ou de Julien Raimond . Ce dernier, par exemple, était un libre de couleur de Saint-Domingue, qui fit ses études en France, devint un planteur possesseur d’esclaves, épousa une libre de couleur, fille légitime d’un riche planteur, et qui se battit pour les droits des libres de couleur, tout en revendiquant sa francité. Julien Raimond était-il un colon ou un colonisé victime de discriminations raciales ? Peut-on vraiment séparer les colons du reste de la société coloniale ?



Le choix de se concentrer sur les élites coloniales blanches s’explique peut-être aussi par le fait que si l’ouvrage constitue une véritable histoire globale de chacun de ces empires dans une perspective comparative, l’intérêt principal est d’ordre politique. Sans qu’on puisse l’accuser de téléologisme, la synthèse semble avoir pour objectif premier d’expliquer les différences dans les processus d’accession à l’indépendance des empires britannique et espagnol et semble postuler que les élites furent les acteurs principaux des mouvements révolutionnaires et indépendantistes. Pourtant, lorsqu’on lit dans la troisième partie les développements sur la révolte de Tupac Amaru et sur les mouvements d’indépendance en Amérique espagnole, il est clair que les Indiens, les castas et les esclaves ne furent pas de simples spectateurs, mais des acteurs importants de ces phénomènes, et l’on aimerait pouvoir mieux comprendre leurs points de vue et leurs motivations. Dans le cas britannique, la focalisation sur les élites coloniales blanches pose aussi problème. Si le récit de la Révolution américaine et de la guerre d’Indépendance comporte quelques allusions aux Amérindiens, rien n’est dit de l’attitude des esclaves, si ce n’est que les insurgés, en particulier dans le Sud, ne cherchèrent pas à les intégrer dans l’armée continentale. Pourtant, les esclaves et les libres de couleur participèrent aux émeutes urbaines de la pré-Révolution ; ils présentèrent de multiples pétitions individuelles ou collectives, arguant parfois de l’universalité des droits naturels. Devant l’augmentation des complots d’esclaves dans le Sud, les Anglais eurent l’idée d’utiliser l’arme de l’esclavage contre les insurgés. Selon Sylvia Frey, « un mouvement de libération noir était au centre de la lutte révolutionnaire dans le Sud . » Dans cette région, le conflit ne se jouait pas entre insurgés contre Britanniques et loyalistes, mais comportait trois partis : les insurgés, les Britanniques et les loyalistes, ainsi que les esclaves. Ceux-ci choisirent massivement de s’enfuir, certains rejoignant l’armée britannique qui leur promettait la liberté, plutôt que de se révolter. Or, la question de l’absence de toute révolte servile d’envergure dans les Treize Colonies au moment de la Révolution américaine est une question importante, surtout lorsqu’on inclut dans la comparaison le cas français : la seconde colonie ou ensemble de colonies à devenir indépendante aux Amériques après les États-Unis ne fut pas les colonies espagnoles, mais Saint-Domingue, à la suite de la révolte des esclaves et de la Révolution haïtienne.



Sous souveraineté française, Saint-Domingue est exclue de l’ouvrage de John Elliott, mais de manière générale l’auteur accorde peu de place aux Antilles britanniques et espagnoles, alors que le bassin des Caraïbes fut une région d’interconnexions très importantes. Très récemment, Eliga Gould a proposé de faire de l’histoire croisée plutôt que de l’histoire comparée , c’est-à-dire d’étudier en priorité les interactions culturelles, en particulier dans les « régions frontalières » (borderlands), parce que, dans ces espaces situés en marge des empires, les populations colonisées, Indiens et esclaves, pouvaient tirer profit des rivalités territoriales et juridictionnelles impériales . Des interactions culturelles entre les empires espagnol et britannique se produisirent toutefois dans d’autres régions que les « régions frontalières ». John Elliott consacre d’ailleurs de longs passages sur la formation et l’intégration croissante au XVIIIe siècle des communautés atlantiques grâce à l’expansion du commerce transatlantique et intercolonial, légal ou illégal, mais il insiste peu sur les relations autres que commerciales qui se développèrent entre les sociétés coloniales des différents empires. Il soutient même qu’elles se connaissaient très mal. Pourtant, la mobilité des colons, esclaves et libres de couleur au sein du bassin des Caraïbes, par exemple, était extrêmement intense. Et tous ces migrants étaient autant de passeurs culturels. Cette mobilité et ces interactions culturelles à l’échelle antillaise ou hémisphérique sont des phénomènes qui ont encore été peu étudiés, mais ils pourraient modifier l’histoire comparée/croisée des sociétés coloniales américaines. Il serait aussi intéressant d’être attentif aux nombreuses colonies qui en Amérique changèrent à plusieurs reprises de souveraineté, parce qu’elles permettent de repenser les relations entre loi, société et culture dans un cadre colonial.



Pour autant, l’abandon d’une perspective comparatiste ne semble pas souhaitable, d’autant que celle-ci permet de mesurer les limites des transferts et interactions culturels. De surcroît, l’ouvrage de John Elliott démontre de façon magistrale l’intérêt et la richesse d’une telle démarche et devrait convaincre n’importe quel opposant à l’histoire comparée. On ne peut souhaiter que la multiplication de tels travaux comparatifs, surtout s’ils incluent les autres pouvoirs colonisateurs, les Portugais, les Hollandais et les Français. Il reste qu’il aurait fallu accorder davantage d’importance aux Antilles, région située à l’intersection de tous les empires. Dans le cas britannique, cela aurait été d’autant plus justifié que, comme le souligne l’auteur, les Antilles britanniques étaient le joyau de l’Empire et l’objet principal des préoccupations du centre impérial. Elles constituaient aussi un modèle pour les colonies continentales. Après tout, si Washington ne s’est jamais rendu en Europe, il a voyagé dans les Caraïbes. Enfin, les îles, tant anglaises qu’espagnoles, furent les colonies qui demeurèrent le plus longtemps dans le giron de leurs empires. La place des Antilles dans l’ouvrage de John Elliott ne rend donc pas justice à leur importance à l’époque.



Malgré certains choix discutables, Empires of the Atlantic World constitue une somme impressionnante et un véritable tour de force, non seulement pour les interprétations toujours stimulantes qu’il propose, mais aussi par son écriture qui mêle étroitement les récits sur les empires espagnol et britannique. Enfin, publié presque simultanément en anglais et en espagnol, il contribue grandement, et ce n’est pas le moindre de ses mérites, au nécessaire dialogue entre historiens nord-américanistes et latino-américanistes qui trop souvent se regardent comme s’ils travaillaient sur des mondes radicalement différents. C’est d’autant plus important que la nouvelle histoire atlantique, qui s’est d’abord focalisée sur l’Atlantique britannique, est parfois vue comme un nouvel impérialisme intellectuel états-unien dont pourraient très bien se passer les historiens de l’Amérique latine coloniale. On ne peut donc que louer l’impulsion que l’ouvrage est susceptible de donner à l’intégration des différentes histoires coloniales et atlantiques.





Cécile Vidal
Historienne, maître de conférences à l'EHESS, ses travaux portent sur l'histoire atlantique et l'histoire de la colonisation européenne en Amérique du Nord, en particulier en Louisiane française et espagnole au xviiie siècle. Elle est l'auteur, en collaboration avec Gilles Havard, de l'Histoire de l'Amérique française (Champs- Flammarion, Paris, 2005 [1re éd. : 2003]).
Pour citer cet article : Cécile Vidal, « La nouvelle histoire atlantique: nouvelles perspectives sur les relations entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques du xve au xixe siècle  », in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http://www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=120
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